Présenter les résultats d’une enquête qualitative en soins infirmiers : verbatims, thèmes, tableaux (2026)

Vos entretiens sont réalisés, retranscrits, codés. Reste le chapitre que beaucoup d’étudiants infirmiers redoutent : présenter les résultats d’une enquête qualitative. Combien de verbatims ? Faut-il compter les thèmes ? Où s’arrête la description et où commence la discussion ? Ce guide répond pas à pas pour un mémoire ou un travail de fin d’études en soins infirmiers : structure du chapitre, tableau de thèmes, choix et mise en forme des verbatims, usage des chiffres, figure de synthèse et paragraphes types. Il s’appuie sur deux grilles de rapport publiées dont les références ont été vérifiées, et sur des exemples entièrement fictifs.

Que doit faire le chapitre des résultats ?

Il décrit ce que vos données disent, organisé de façon lisible, sans encore l’expliquer ni la comparer à la littérature. C’est la discussion qui interprète. Cette séparation n’est pas toujours stricte dans une démarche qualitative, mais elle reste la règle la plus sûre pour un mémoire de formation : le jury veut voir d’abord vos données, ensuite ce que vous en faites. Chaque thème présenté doit être appuyé par des extraits d’entretiens et relié à l’un de vos objectifs. Si vous hésitez sur la manière de coder, consultez notre guide du codage des données qualitatives ; ici, nous partons d’un codage déjà réalisé.

Quelle structure donner au chapitre ?

  1. Le déroulement de l’enquête, en quelques lignes. Nombre d’entretiens, durée moyenne, lieu, mode d’enregistrement : un rappel, pas une redite de la méthode.
  2. La description de l’échantillon. Un tableau anonymisé des participants (code, fonction, service, ancienneté regroupée) permet au lecteur de situer chaque verbatim.
  3. Les thèmes, un par partie. Chaque thème fait l’objet d’une sous-partie : intitulé explicite, définition en une phrase, description, verbatims.
  4. Une synthèse. Un tableau récapitulatif ou une figure qui montre les relations entre thèmes.

L’ordre des thèmes doit suivre vos objectifs, pas l’ordre dans lequel vous les avez découverts. Pour justifier la taille de votre échantillon et la fin du recueil, voyez l’article sur la saturation théorique et celui sur l’échantillonnage en soins infirmiers.

Le tableau de thèmes : un outil indispensable

Le tableau thèmes, sous-thèmes, extraits est la pièce maîtresse du chapitre. Il montre au jury que vos thèmes sont ancrés dans les données. Voici un exemple fictif, pour un mémoire imaginaire sur la communication entre infirmiers et familles en service de soins de suite.

Thème Sous-thème Extrait illustratif (fictif) Participants concernés
Informer les familles Le moment de l’information « Je préfère les rencontrer en fin de matinée, quand les soins sont terminés. » Une partie des participants
Informer les familles Les mots choisis « J’évite le jargon, je reformule quand je vois qu’ils ne suivent plus. » La majorité
Gérer l’incertitude Les questions sans réponse « Parfois je dis simplement que je ne sais pas et que je vais demander. » Quelques participants

Les extraits ci-dessus sont inventés. Dans votre tableau, reportez des verbatims réels, avec le code du participant. La colonne des participants concernés est facultative, mais utile ; elle doit rester prudente, comme on le verra dans la section sur les chiffres.

Mur de notes adhésives groupées en colonnes, carnet et tasse de thé dans une salle d'étude
Un tableau de thèmes relie chaque catégorie à des extraits d’entretiens.

Comment introduire le chapitre ?

Une introduction de quelques lignes suffit. Elle rappelle la question de recherche, annonce le plan par thèmes et précise la convention de présentation des extraits : codes des participants, signes de coupure, mention des éventuelles adaptations. Elle indique aussi l’ordre de lecture : d’abord la description de l’échantillon, puis les thèmes, enfin la synthèse. Cet annoncé rassure le lecteur et vous oblige à vérifier que chaque partie répond bien à un objectif. Évitez de réécrire la méthode : un renvoi vers le chapitre correspondant suffit.

Comment choisir et présenter les verbatims ?

  • Choisissez des extraits qui illustrent, pas qui remplacent. Un verbatim ne prouve pas à lui seul ; il montre. Introduisez-le par une phrase qui annonce ce qu’il illustre, puis commentez-le.
  • Soyez bref. Quelques lignes suffisent. Les longs extraits peuvent aller en annexe.
  • Attribuez chaque extrait. Un code (E1, E2, E3), la fonction et, si utile, le service, sans élément qui identifie la personne ou l’établissement.
  • Signalez les coupures. Une coupure s’indique par des points de suspension entre crochets, et un mot ajouté pour la clarté entre crochets également.
  • Ne corrigez pas le sens. Vous pouvez supprimer des hésitations, à condition de l’annoncer dans la méthode.
  • Équilibrez. Citez des participants variés, pas toujours les mêmes, et présentez aussi les propos divergents.

Une retranscription fidèle et une anonymisation rigoureuse sont les conditions préalables d’une bonne présentation des extraits.

Peut-on utiliser des chiffres dans des résultats qualitatifs ?

Avec précaution. Indiquer que « quatre participants sur douze » ont évoqué un thème peut aider le lecteur à situer son importance, à condition de ne pas transformer l’analyse qualitative en statistique : votre échantillon n’est pas représentatif, et la fréquence d’un thème ne mesure pas sa pertinence. Une idée évoquée par un seul participant peut être décisive. Utilisez des formules comme « plusieurs participants », « une partie des participants » ou « un seul participant, mais de façon détaillée » plutôt que des pourcentages, et ne calculez jamais de pourcentage sur de petits effectifs. Si vous donnez un effectif, indiquez-le sur le total.

Un paragraphe de résultats type, entièrement fictif

Voici la construction d’un paragraphe : annonce du thème, description, verbatim, commentaire. « Le premier thème concerne le choix du moment pour informer les familles. Plusieurs participants disent organiser leurs échanges en fonction du rythme des soins. Un infirmier explique : “Je préfère les rencontrer en fin de matinée, quand les soins sont terminés” (E4, infirmier, soins de suite). Cette contrainte organisationnelle revient à plusieurs reprises, associée au souhait de disposer d’un temps sans interruption. » Remarquez ce que le paragraphe ne fait pas : il n’explique pas pourquoi, ne cite aucune théorie et ne compare pas à la littérature, ce qui revient à la discussion.

Que faire des propos qui contredisent votre hypothèse ?

Un cas déviant, c’est-à-dire un participant dont les propos vont à l’encontre du thème dominant, est une richesse. Présentez-le dans la même sous-partie que le thème qu’il nuance, avec la même mise en forme, et dites-le sans détour : « Un participant décrit une pratique différente… ». N’écartez pas les extraits gênants : un chapitre qui ne présente que des propos convergents laisse penser que l’analyse a été sélective. La discussion pourra ensuite examiner pourquoi cette personne s’écarte des autres : fonction différente, service différent, expérience particulière. Cette attention aux divergences est précisément ce que le jury cherche dans une démarche qualitative.

Des entretiens sur des sujets sensibles

En soins infirmiers, les entretiens portent souvent sur des situations difficiles : fin de vie, violence, erreur, épuisement. Vous devez alors redoubler de précautions dans la présentation des résultats. Évitez les détails qui permettraient de reconnaître une situation clinique précise, même sans nom : date, service, pathologie rare, configuration familiale particulière. Si un extrait contient de tels éléments, reformulez-le dans votre texte (en l’indiquant) ou renoncez à le citer. Rappelez dans la méthode les mesures d’anonymisation prises et la façon dont les données ont été conservées. Si votre sujet touche à l’accompagnement de personnes en soins palliatifs, notre article sur l’accès au terrain en soins palliatifs développe ces questions.

Préparer la transition vers la discussion

La fin du chapitre de résultats doit annoncer ce que la discussion va traiter, sans l’anticiper. Une phrase de transition par thème suffit : « Ce thème sera mis en relation avec les travaux sur l’information des familles dans la discussion. » Dressez aussi une liste de trois ou quatre constats que vous retrouverez dans la discussion, en renvoyant à la sous-partie correspondante. Cette liste sert de fil conducteur et vous évite de découvrir, au moment d’écrire la discussion, que certains résultats n’ont pas été présentés avec assez de précision pour être exploités. Elle aide aussi le jury à vérifier que chaque conclusion repose sur un résultat décrit.

Montrer la rigueur : deux grilles de rapport

Deux grilles publiées aident à vérifier que vous rapportez l’essentiel. La première, le COREQ, a été publiée en 2007 par Allison Tong, Peter Sainsbury et Jonathan Craig dans l’International Journal for Quality in Health Care (volume 19, numéro 6, pages 349 à 357). Elle compte 32 items pour les entretiens individuels et les groupes de discussion, regroupés en trois domaines : l’équipe de recherche et la réflexivité, la conception de l’étude, l’analyse et le rapport des données. Les auteurs l’ont construite à partir de 76 items issus de 22 grilles existantes. La seconde, la grille SRQR, a été publiée en 2014 par Bridget O’Brien et ses collègues dans Academic Medicine (volume 89, numéro 9, pages 1245 à 1251) ; elle comprend 21 items pour l’ensemble des recherches qualitatives. Notre article sur les grilles de rédaction COREQ, STROBE et CONSORT explique comment choisir celle de votre design. Les items les plus fréquents dans les grilles que les auteurs du COREQ ont recensées concernent le mode d’échantillonnage, le lieu de recueil, la méthode de recueil, la validation des résultats par les répondants, le mode d’enregistrement, la description de la dérivation des thèmes et l’inclusion de citations à l’appui.

Main tenant une tablette avec une carte de cinq cercles reliés
Une carte thématique montre les liens entre thèmes et aide à passer du résultat à la discussion.

Une figure de synthèse pour clore la partie

Terminez le chapitre par une synthèse visuelle : un schéma qui place vos thèmes et leurs relations observées, ou un tableau récapitulatif. La figure ne doit contenir que ce que vos données montrent, pas des liens supposés. Légendez-la, numérotez-la et commentez-la en quelques lignes qui préparent la discussion : « Les thèmes 1 et 2 apparaissent liés dans les propos de plusieurs participants ; ce lien sera examiné dans la discussion. »

Les erreurs fréquentes dans un chapitre de résultats qualitatifs

  • Interpréter trop tôt. Les explications et les comparaisons à la littérature relèvent de la discussion.
  • Juxtaposer des verbatims. Chaque extrait doit être introduit et commenté.
  • Surcompter. Des pourcentages sur douze entretiens donnent une fausse précision.
  • Identifier les personnes. Un extrait avec le service, la ville et l’ancienneté peut suffire à reconnaître quelqu’un.
  • Oublier les propos divergents. Un résultat qui contredit votre hypothèse mérite sa place.

Pour la structure d’ensemble d’un travail de fin d’études, retrouvez les attendus dans notre guide du mémoire infirmier en IFSI.

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Foire aux questions

Combien de verbatims mettre par thème ?

Il n’existe pas de nombre officiel. Un ou deux extraits courts et bien choisis par sous-thème suffisent généralement, les extraits plus longs allant en annexe.

Faut-il corriger les verbatims ?

Vous pouvez retirer les hésitations et les répétitions pour la lisibilité, à condition de ne pas modifier le sens, de signaler les coupures entre crochets et de l’annoncer dans la méthode.

Peut-on donner des pourcentages dans un mémoire qualitatif ?

C’est déconseillé sur de petits effectifs. Préférez des formules comme « plusieurs participants » ou indiquez l’effectif sur le total en rappelant que la fréquence ne mesure pas la pertinence.

Où mettre l’interprétation des résultats ?

Dans la discussion. Le chapitre de résultats décrit les thèmes et illustre par des extraits, la discussion les explique et les confronte à la littérature.

Que contient le COREQ ?

Une liste de 32 items pour les entretiens individuels et les groupes de discussion, en trois domaines : équipe de recherche et réflexivité, conception de l’étude, analyse et rapport des données (Tong, Sainsbury et Craig, 2007).

Quelle différence entre COREQ et SRQR ?

Le COREQ vise les entretiens et les groupes de discussion avec 32 items ; la SRQR, publiée en 2014 avec 21 items, couvre l’ensemble des recherches qualitatives.

Comment anonymiser un verbatim ?

Remplacez le nom par un code, retirez les éléments qui identifient une personne ou un lieu et regroupez les caractéristiques (fonction plutôt qu’âge exact, type de service plutôt que nom).

Faut-il présenter un tableau de l’échantillon ?

Oui, un tableau anonymisé des participants permet de situer chaque extrait et fait partie des informations que les grilles de rapport recommandent.

En résumé

Pour présenter des résultats qualitatifs en soins infirmiers, décrivez l’échantillon, organisez les thèmes selon vos objectifs, appuyez chaque thème sur des verbatims brefs, attribués et anonymisés, évitez les pourcentages et réservez l’interprétation à la discussion. Un tableau de thèmes et une figure de synthèse rendent le chapitre lisible, et une grille comme le COREQ ou la SRQR vérifie que l’essentiel est rapporté.

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