Financement des thèses de doctorat en France : en 2026, obtenir un financement de thèse est à la fois une condition de réussite et un indicateur de qualité du projet doctoral. Les données disponibles montrent que 67 % des doctorants français sont financés. Ce taux est supérieur à la moyenne européenne, mais il cache de grandes disparités entre disciplines et établissements. Pour les candidats au doctorat, comprendre ce marché du financement est indispensable.
Cette analyse compile les chiffres clés sur les contrats doctoraux, les conventions CIFRE, les bourses et les conditions salariales des doctorants en France. Elle propose aussi une grille de lecture pour interpréter ces statistiques et préparer une candidature.
Taux de financement par discipline
Le taux de financement varie considérablement selon les domaines d’étude. Cette disparité est l’une des causes majeures d’inégalités dans l’accès au doctorat : à niveau de master équivalent, un candidat en sciences exactes a statistiquement bien plus de chances de démarrer sa thèse avec un salaire qu’un candidat en lettres.
| Discipline | Taux de financement | Source principale |
|---|---|---|
| Sciences exactes et naturelles | 91 % | Contrats ANR, CNRS |
| Informatique et numérique | 88 % | CIFRE + contrats Inria |
| Ingénierie et technologie | 85 % | CIFRE majoritaire |
| Sciences médicales | 79 % | INSERM, APHP |
| Sciences sociales | 58 % | Contrats doctoraux MEN |
| Droit et sciences politiques | 52 % | Contrats doctoraux |
| Lettres et arts | 41 % | Financements mixtes |
| Sciences humaines | 44 % | Financements mixtes |
Source : Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), Note d’information 2025.
Deux facteurs structurels expliquent ces écarts. D’une part, les sciences expérimentales s’appuient sur des laboratoires adossés à des organismes de recherche et à des appels à projets qui intègrent directement des salaires de doctorants. D’autre part, les disciplines appliquées (informatique, ingénierie) bénéficient d’un lien fort avec les entreprises, ce qui ouvre la voie aux conventions CIFRE. En lettres, en sciences humaines et en droit, le financement repose davantage sur les contrats des écoles doctorales, dont le nombre est limité, et sur des solutions mixtes moins stables.

Le contrat doctoral : chiffres clés
Le contrat doctoral est le dispositif principal de financement des thèses en France. Il a été profondément réformé en 2023.
- Nombre de contrats attribués annuellement : environ 10 500 nouveaux contrats par an
- Salaire brut depuis novembre 2023 : 2 300 €/mois (contre 1 866 € auparavant)
- Salaire net mensuel : environ 1 880 €
- Durée : 3 ans renouvelable une fois pour 1 an maximum
- Missions complémentaires : jusqu’à 64 h de TD par an (rémunérées en supplément)
- Part des établissements publics : 78 % des contrats, 22 % via des industriels (CIFRE)
Le contrat doctoral est un véritable contrat de travail de droit public : il ouvre des droits à la protection sociale, aux congés payés et à l’assurance chômage en fin de contrat. Cette dimension est souvent sous-estimée par les candidats, qui comparent uniquement les montants. Or un financement sans statut salarié, comme certaines bourses, n’offre pas les mêmes garanties, ce qui pèse sur la sécurité du parcours doctoral.
Conventions CIFRE : statistiques
Le dispositif CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) est géré par l’ANRT (Association Nationale Recherche Technologie). Il permet à une entreprise de financer une thèse en échange d’un travail de recherche appliquée.
| Indicateur CIFRE | Chiffre 2025 |
|---|---|
| Nombre de CIFRE actives | 4 200 |
| Nouvelles conventions par an | 1 600 |
| Salaire brut minimum CIFRE | 2 631 €/mois |
| Subvention ANRT à l’entreprise | 14 000 €/an |
| Taux d’emploi à 3 ans post-thèse | 97 % |
| Secteur dominant | Numérique (31 %) |
Le taux d’insertion professionnelle des docteurs CIFRE est remarquable : 97 % sont en emploi 3 ans après leur soutenance, contre 79 % pour l’ensemble des docteurs. La CIFRE n’est pas réservée aux sciences de l’ingénieur : des thèses en gestion, en ressources humaines ou en sciences sociales sont aussi conventionnées, à condition que le projet réponde à une question utile pour l’entreprise. Un projet convaincant commence par une problématique bien délimitée ; la méthode pour identifier une lacune de recherche en gestion s’applique directement à la construction d’un projet CIFRE.
L’équilibre entre attentes de l’entreprise et exigences académiques constitue le principal point de vigilance. Le doctorant partage son temps entre le laboratoire et la structure d’accueil, et doit produire une thèse évaluée selon les critères universitaires, indépendamment des livrables opérationnels.

Autres types de financement
Au-delà des contrats doctoraux et des CIFRE, plusieurs dispositifs complémentaires existent :
- Bourses régionales : Les régions (Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie…) financent environ 400 thèses par an pour un montant moyen de 1 500-1 800 €/mois.
- Bourses européennes (ERC, Marie Curie) : 280 doctorants français en bénéficient annuellement. Montant moyen : 2 800-3 200 €/mois.
- Bourses de fondations privées : Fondation L’Oréal, Fondation Bettencourt, IDEX… environ 350 attributions par an.
- Autofinancement : 33 % des doctorants n’ont aucun financement dédié. Ils exercent souvent des activités parallèles (ATER, vacations, emploi privé).
La situation des doctorants non financés est préoccupante : ils mettent en moyenne 5,8 ans pour soutenir leur thèse (contre 3,9 ans pour les financés) et présentent des taux d’épuisement professionnel bien plus élevés. Le cumul d’un emploi et d’un travail de recherche réduit le temps disponible pour la collecte de données, la lecture et la rédaction, ce qui allonge mécaniquement la durée de la thèse.
Les bourses régionales et les financements de fondations sont souvent fléchés vers des thématiques prioritaires : transition écologique, santé, numérique, territoires. Un projet qui s’appuie sur des données publiques mobilisables rapidement est un atout dans ces appels. Les jeux de données présentés dans notre guide des sources de données ouvertes en environnement ou celui consacré aux données de santé publique et d’épidémiologie illustrent les ressources sur lesquelles un projet peut s’appuyer dès la candidature.
Conditions de travail et revenus
Le doctorat est officiellement reconnu comme une expérience professionnelle depuis 2017 (arrêté du 25 mai 2016). Les données sur les conditions réelles de travail révèlent cependant des tensions persistantes.
- Durée hebdomadaire de travail : 47 h en moyenne (enquête Confédération des jeunes chercheurs, 2024), soit 17 h de plus que le temps légal.
- Prise de congés : 42 % des doctorants déclarent ne pas avoir pris de congés complets en 2024.
- Relation avec le directeur de thèse : 68 % la qualifient de « bonne » ou « très bonne », mais 18 % décrivent des tensions ou un manque de disponibilité.
- Satisfaction globale : 71 % des doctorants se déclarent globalement satisfaits de leur expérience, malgré les difficultés.
Pour mieux gérer la charge de rédaction, de nombreux doctorants utilisent désormais des outils comme Tesify, qui aide à structurer et à rédiger des textes académiques longs. La gestion des références est un autre poste chronophage : une thèse mobilise plusieurs centaines de sources, et la bibliographie automatique de Tesify permet de formater les citations selon la norme attendue sans ressaisie manuelle.
Comparaison internationale
| Pays | Salaire mensuel brut | Taux de financement |
|---|---|---|
| Suisse | 3 800-4 200 CHF | 98 % |
| Allemagne | 1 900-2 800 € | 82 % |
| France | 2 300 € | 67 % |
| Royaume-Uni | 1 800-2 100 £ | 73 % |
| Espagne | 1 650 € | 55 % |
| Italie | 1 200-1 400 € | 48 % |
Ces montants doivent être interprétés avec prudence : ils sont exprimés en brut, dans des devises différentes, et ne tiennent pas compte du coût de la vie ni des systèmes de cotisations sociales. La France se situe dans une position intermédiaire : plus généreuse que l’Europe du Sud, mais en retrait par rapport à la Suisse et aux pays germaniques en termes de taux de financement.
Comment lire ces statistiques
Les chiffres sur le financement des thèses proviennent de sources hétérogènes : enquêtes ministérielles, données de l’ANRT, enquêtes associatives auprès des doctorants. Avant de les citer dans un mémoire ou un dossier, plusieurs précautions s’imposent :
- Vérifier la population étudiée : un taux calculé sur les doctorants de première année n’est pas comparable à un taux calculé sur l’ensemble des inscrits, qui inclut les thèses longues souvent non financées.
- Distinguer financement et contrat : certaines statistiques comptent comme « financé » un doctorant salarié dans un emploi sans lien avec sa thèse.
- Repérer le mode de collecte : une enquête déclarative en ligne repose sur des répondants volontaires, ce qui peut surreprésenter les doctorants les plus impliqués ou les plus en difficulté.
- Contrôler la date de référence : les montants antérieurs à novembre 2023 ne reflètent pas la revalorisation du contrat doctoral.
Ces réflexes de critique des sources rejoignent les exigences de rigueur méthodologique attendues dans tout travail de recherche, notamment en matière de crédibilité et de transférabilité des résultats. Pour les économistes, la question du financement doctoral peut aussi s’analyser comme un investissement éducatif, dans le prolongement de la théorie du capital humain de Becker.
Préparer une candidature financée
Au vu de ces statistiques, la stratégie la plus sûre consiste à anticiper la recherche de financement dès la première année de master. Les étapes clés sont les suivantes :
- Identifier un directeur de thèse et un laboratoire dont les thématiques correspondent au projet, et échanger avec eux plusieurs mois avant les concours.
- Rédiger un projet de recherche structuré : contexte, problématique, état de l’art, méthodologie, calendrier prévisionnel et résultats attendus.
- Multiplier les candidatures : contrat de l’école doctorale, appels régionaux, offres de thèse financées publiées par les laboratoires et, le cas échéant, recherche d’une entreprise partenaire pour une CIFRE.
- Soigner le mémoire de master, qui sert souvent de preuve de la capacité à mener une recherche autonome.
- Préparer l’audition devant le jury de l’école doctorale, en sachant présenter le projet de manière synthétique et justifier sa faisabilité en trois ans.
Dans les disciplines où le taux de financement est le plus faible, la qualité du projet et la cohérence du parcours font la différence. Un candidat qui présente une question de recherche claire, une méthode réaliste et une bibliographie maîtrisée maximise ses chances face à une concurrence forte.
FAQ — Financement des thèses en France
Quel est le salaire d’un doctorant avec contrat doctoral en France en 2026 ?
Depuis la revalorisation de novembre 2023, le salaire brut d’un contrat doctoral est de 2 300 €/mois, soit environ 1 880 € nets. Ce montant peut être complété par des heures d’enseignement (jusqu’à 64h de TD par an) rémunérées séparément.
Qu’est-ce qu’une CIFRE et combien paie-t-elle ?
Une CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) est un contrat de thèse entre une entreprise, un laboratoire et un doctorant. Le salaire brut minimum est de 2 631 €/mois (2025). L’ANRT verse une subvention de 14 000 €/an à l’entreprise. Environ 1 600 nouvelles CIFRE sont signées chaque année en France.
Quel pourcentage de doctorants français sont financés ?
67 % des doctorants inscrits en France bénéficient d’un financement, selon les données du MESR 2025. Ce taux varie fortement selon la discipline : 91 % en sciences exactes contre 41 % en lettres et arts.
Comment obtenir un contrat doctoral en France ?
Les contrats doctoraux sont attribués par les écoles doctorales via des concours annuels (généralement en mai-juin). Pour postuler, il faut avoir un directeur de thèse pressenti, un projet de recherche solide et généralement un excellent dossier de master. Les résultats publiés sur HAL ou dans des revues à comité de lecture sont un avantage décisif.
Peut-on faire une thèse sans financement en France ?
Oui, 33 % des doctorants n’ont pas de financement dédié. Cependant, les statistiques montrent qu’ils mettent en moyenne 5,8 ans à soutenir (contre 3,9 ans pour les financés) et ont des taux d’abandon bien plus élevés. Il est fortement conseillé de candidater aux contrats doctoraux avant de s’engager dans une thèse non financée.
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