Un mémoire de santé publique peut vite s’arrêter à mi-chemin sur ses données : l’étudiant sait que l’Assurance Maladie publie de l’open data pour les questions de système de soins, mais ignore que la surveillance épidémiologique, elle, relève d’un tout autre circuit. Santé publique France, la Drees et l’Insee ne mesurent pas la même chose que le portail de l’Assurance Maladie, et confondre les deux fait perdre un temps précieux à qui cherche le bon indicateur. Ce guide se concentre précisément sur ces sources de santé publique et d’épidémiologie — la surveillance des maladies, les déterminants de santé, les inégalités territoriales de mortalité et de morbidité — pour compléter, sans le redire, ce qui existe déjà sur les données de l’Assurance Maladie.
Santé publique et système de soins : deux familles de données à ne pas confondre
Un mémoire qui pose une question de système de soins (accès aux soins, dépenses, démographie des professionnels, remboursements) trouvera l’essentiel de sa matière dans les données ouvertes de l’Assurance Maladie, déjà détaillées avec leur volumétrie exacte dans l’article sur les données de santé ouvertes et le portail Ameli. Un mémoire qui pose une question de santé publique au sens strict — surveillance d’une pathologie, facteurs de risque comportementaux, couverture vaccinale, disparités territoriales de mortalité — doit en revanche se tourner vers Santé publique France, la Drees dans son volet épidémiologique, et les données de cadrage de l’Insee. Les deux familles se recoupent parfois (une même pathologie peut être documentée sous l’angle du recours aux soins ET sous l’angle de sa prévalence), mais elles ne répondent pas à la même question ni ne viennent de la même source primaire. Trancher ce point avant de chercher évite d’ouvrir le mauvais portail.
Santé publique France et son portail open data Odissé
Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, diffuse ses données de surveillance épidémiologique via Odissé (odisse.santepubliquefrance.fr), le portail open data présenté par l’agence en décembre 2025 et qui remplace Géodes, l’observatoire cartographique lancé en 2019. Selon l’agence, Odissé donne accès à des indicateurs couvrant 90 maladies ou déterminants de santé, en France métropolitaine et dans les outre-mer, issus de plus de 70 systèmes de surveillance, d’enquêtes et d’expertises de l’agence ; les données sont proposées aux niveaux national, régional et départemental, parfois jusqu’à l’échelle intercommunale (EPCI), avec des outils de recherche et d’export et une interface de programmation (API). C’est la source à privilégier pour un mémoire qui pose une question de santé publique proprement dite (surveillance d’une pathologie, disparités territoriales, évaluation d’une politique de prévention). Santé publique France publie également des enquêtes de comportement (baromètres santé) qui documentent des déterminants comme le tabagisme, l’alimentation ou l’activité physique — utiles pour un mémoire orienté prévention ou promotion de la santé, un terrain que le seul portail Ameli ne couvre pas puisqu’il ne mesure que des actes remboursés, pas des comportements déclarés. Si vous trouvez encore des références à Géodes dans des mémoires ou des articles plus anciens, cherchez l’indicateur équivalent sur Odissé et citez le portail que vous avez réellement consulté.

La Drees : la démographie médicale et le versant épidémiologique
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) est le service statistique ministériel rattaché aux ministères sociaux et de la santé. Au-delà de ses enquêtes sur l’offre de soins et les établissements, elle produit aussi des travaux à visée de santé publique : démographie des professions de santé par territoire, état de santé de la population, recours aux soins des publics vulnérables. Chaque publication est accompagnée d’un encadré méthodologique précisant le champ, la période et les limites de l’enquête — un paragraphe à lire avant de citer le moindre chiffre, et à mentionner dans le mémoire pour montrer une lecture critique de la source. Pour un exemple concret de mobilisation d’une publication Drees dans un mémoire, avec ses trois précautions de citation, l’article sur les chiffres Drees des formations de santé détaille la méthode, transposable à n’importe quelle autre série de la Drees.
Insee, Eurostat et le cadrage démographique
Les enquêtes de l’Insee (recensement, enquête Emploi, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie) fournissent le cadrage démographique et socio-économique indispensable pour contextualiser une problématique de santé publique : structure par âge d’un territoire, taux de pauvreté, catégories socioprofessionnelles. Ces variables sont souvent les déterminants sociaux que l’on met en regard des indicateurs sanitaires de Santé publique France. Au niveau européen, Eurostat permet de replacer un indicateur français dans une comparaison internationale (espérance de vie, dépenses de santé en part du PIB, taux de couverture vaccinale), utile pour justifier l’intérêt d’un sujet en introduction ou pour discuter les résultats en conclusion.
Les observatoires régionaux et les sources spécialisées
Selon le thème du mémoire, d’autres sources complètent ce socle national : les Observatoires régionaux de santé (ORS), fédérés au sein de la Fnors, produisent des diagnostics territoriaux souvent plus fins que les données nationales et permettent de descendre à l’échelle du bassin de vie ; l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) publie des études sur l’accès aux soins et les inégalités de santé ; l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) documente la pharmacovigilance. Ces sources se prêtent particulièrement bien à un mémoire qui compare plusieurs territoires ou qui cherche à documenter un déterminant social de la santé plutôt qu’une consommation de soins. Un mémoire peut aussi croiser ces diagnostics régionaux avec les contrats locaux de santé signés entre une agence régionale de santé et une collectivité, qui fixent souvent des priorités de santé publique propres au territoire étudié et donnent un point d’entrée supplémentaire pour justifier le choix d’un terrain.
Une méthode en quatre étapes pour organiser la recherche de données
Face à cette multiplicité de portails, une démarche méthodique évite de s’éparpiller. Première étape : identifier si la question relève de la santé publique (surveillance, prévention, déterminants) ou du système de soins (accès, dépenses, professionnels), ce qui oriente d’emblée vers Santé publique France/Insee ou vers l’Assurance Maladie. Deuxième étape : pour chaque source retenue, ouvrir la publication ou le jeu de données et lire l’encadré méthodologique avant de relever le moindre chiffre, afin de savoir exactement ce qui est mesuré, sur quelle période et sur quel périmètre. Troisième étape : consigner chaque donnée dans un tableau de bord personnel (source, année, indicateur, valeur, lien) au fur et à mesure de la lecture. Quatrième étape : croiser au moins deux sources indépendantes sur un même point quand c’est possible, ce qui permet de repérer les écarts de définition avant qu’un membre du jury ne le fasse à la soutenance.

Accéder concrètement à ces portails
En pratique, l’accès à ces sources ne demande ni compte ni autorisation particulière pour une exploitation de données déjà agrégées et publiées. Odissé se consulte directement en ligne : il suffit de rechercher l’indicateur de santé souhaité (par exemple une couverture vaccinale ou un taux de mortalité prématurée), de choisir la maille géographique, puis d’exporter la série ou de l’interroger via l’API si vous travaillez avec R ou Python. Les publications de la Drees sont classées par thème sur son site (« Études et Résultats », dossiers thématiques) et beaucoup sont accompagnées d’un fichier de données en libre téléchargement. Les données Insee se consultent sur son portail statistique, avec des requêtes personnalisables par indicateur et par zone géographique. Les sites des ORS varient d’une région à l’autre, mais la fédération Fnors centralise les liens vers chacun d’eux. Aucune de ces démarches ne relève du régime d’autorisation lourd qui s’applique aux données individuelles de santé (SNDS) : c’est précisément ce qui rend ces sources compatibles avec le calendrier resserré d’un mémoire de master.
Trois sujets de mémoire que ces sources permettent de cadrer
Pour rendre ces sources plus concrètes, voici trois exemples de cadrage, à visée illustrative et non exhaustive. Un mémoire sur les inégalités territoriales de dépistage d’une pathologie chronique pourrait croiser un indicateur Odissé de dépistage par région avec un indicateur Insee de revenu médian par territoire, afin de documenter un gradient social. Un mémoire sur l’évolution d’un comportement à risque (tabagisme, consommation d’alcool) pourrait s’appuyer sur les séries des baromètres santé de Santé publique France, en comparant plusieurs vagues d’enquête pour documenter une tendance plutôt qu’une photographie isolée. Un mémoire comparant la France à ses voisins européens sur un indicateur de santé publique (espérance de vie en bonne santé, couverture vaccinale) mobiliserait Eurostat en complément des sources nationales, pour situer le cas français dans un cadre comparatif. Dans les trois cas, le chiffre officiel sert à cadrer l’introduction et à justifier le sujet ; le travail du mémoire consiste ensuite à expliquer ce que le chiffre national ne peut pas dire à lui seul.
Comment citer ces sources dans un mémoire
Trois réflexes évitent les erreurs les plus fréquentes. D’abord, toujours remonter à la publication ou au jeu de données d’origine plutôt que de citer un chiffre relayé par un article de presse : la source primaire porte la méthodologie, la source secondaire non. Ensuite, noter systématiquement l’année de référence des données, pas l’année de consultation du site : un chiffre Drees ou Odissé de 2023 publié en 2025 doit être daté 2023 dans le texte. Enfin, mentionner le champ exact de l’enquête (population couverte, périmètre géographique) pour ne pas généraliser abusivement un résultat régional à l’ensemble du territoire, ou l’inverse. Une note de bas de page du type « Santé publique France, Odissé, [année], champ : France métropolitaine » suffit à satisfaire l’exigence de traçabilité qu’attend un jury de mémoire.
Ce que ces données ne disent pas
Aucune de ces sources n’est exhaustive, et le savoir fait partie de la rigueur méthodologique attendue. Les enquêtes déclaratives (baromètres santé, enquêtes Insee) sont sujettes à des biais de déclaration, en particulier sur des sujets sensibles comme les consommations à risque. Les diagnostics territoriaux des ORS varient en qualité et en fréquence de mise à jour d’une région à l’autre, ce qui rend délicate une comparaison stricte entre deux territoires suivis par deux ORS différents. Signaler ces limites dans le chapitre méthode ou dans la discussion, plutôt que de les ignorer, distingue un mémoire qui maîtrise ses sources d’un mémoire qui les juxtapose. Un jury de santé publique connaît ces limites méthodologiques ; les nommer explicitement, plutôt que d’espérer qu’elles passent inaperçues, montre une vraie maturité méthodologique plutôt qu’un aveu de faiblesse.
Questions fréquentes
Dois-je utiliser les données de l’Assurance Maladie ou celles de Santé publique France ?
Cela dépend de la question. Les données de l’Assurance Maladie (portail Ameli) documentent le recours aux soins et les dépenses ; Santé publique France documente la surveillance épidémiologique et les déterminants de santé. Beaucoup de mémoires de santé publique ont besoin des deux, sur des sections différentes.
Quelle est la différence entre les données de la Drees et celles de Santé publique France ?
La Drees couvre le système de santé et social au sens large et une partie des données démographiques de santé, tandis que Santé publique France est centrée sur la surveillance épidémiologique proprement dite. Un même sujet peut nécessiter de croiser les deux.
Les diagnostics des ORS remplacent-ils les données nationales ?
Non, ils les complètent : un ORS descend souvent à une échelle territoriale plus fine que les enquêtes nationales, mais sa méthodologie et sa fréquence de mise à jour varient d’une région à l’autre, ce qui doit être précisé si le mémoire compare plusieurs territoires.
Puis-je combiner plusieurs de ces sources dans un même mémoire ?
Oui, et c’est souvent le design le plus solide : Odissé ou la Drees pour cadrer le problème à l’échelle nationale ou régionale, l’Insee pour le contexte socio-économique, et éventuellement un diagnostic d’ORS pour descendre à l’échelle locale. Précisez simplement, pour chaque chiffre, sa source exacte et son année, afin que le lecteur puisse distinguer ce qui vient de quelle publication.
Le portail Géodes existe-t-il encore ?
Santé publique France présente Odissé comme le portail qui remplace Géodes, son ancien observatoire cartographique. Pour un mémoire rédigé aujourd’hui, consultez et citez Odissé ; si un travail plus ancien cite un indicateur Géodes, retrouvez son équivalent sur Odissé avant de le reprendre.
Une fois les sources identifiées, l’étape suivante consiste à transformer chaque indicateur retenu en variable opérationnalisée pour l’analyse. La démarche d’opérationnalisation des variables détaille cette étape, et le tableau d’orientation par question de mémoire permet de vérifier rapidement quelle source publique correspond à votre problématique, tous champs confondus.
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