Beaucoup de mémoires en santé, en soins infirmiers ou en santé publique butent au même endroit : l’étudiant a une bonne question, aucun terrain, et il découvre que les grandes bases nationales ne s’ouvrent pas sur simple demande. La conclusion qu’il en tire est presque toujours fausse. Il existe, à côté des bases sous autorisation, un gisement entièrement ouvert — et il est plus gros qu’on ne l’imagine.
Voici ce qu’il contient exactement, compté à la source.
Deux portes, et une seule est ouverte

La Plateforme des données de santé décrit trois voies pour accéder à des données de santé en France.
- La recherche interne, qui n’appelle aucune formalité auprès de la CNIL.
- Les procédures simplifiées, qui dispensent d’une autorisation de la CNIL lorsque la recherche envisagée remplit certaines conditions fixées par les textes : c’est le domaine des méthodologies de référence et de l’accès simplifié aux données du SNDS.
- L’autorisation de la CNIL dans les autres cas, appuyée sur l’avis du CESREES lorsqu’il s’agit de réutiliser des données déjà collectées, ou sur un comité de protection des personnes dans le cas contraire.
Traduisez cela en calendrier d’étudiant. Un mémoire de master se prépare sur quelques mois, entre les cours et le stage. Monter un dossier, obtenir un avis du CESREES puis une autorisation de la CNIL n’entre pas dans ce format — ces procédures existent pour des équipes de recherche, pas pour un travail de fin d’études. Sauf si vous vous greffez sur un projet déjà autorisé de votre service ou de votre laboratoire, considérez le SNDS lui-même comme hors de portée.
Ce n’est pas un obstacle si vous savez qu’une seconde porte existe, et qu’elle n’a pas de serrure.
Le portail ouvert, compté ligne par ligne
Le portail de données ouvertes de l’Assurance Maladie publie des jeux dérivés, agrégés, réutilisables immédiatement, sans compte, sans dossier et sans autorisation. Voici l’état exact du catalogue relevé le 11 août 2026 par interrogation directe de son interface de programmation.
- 32 jeux de données au catalogue ;
- 11 505 229 lignes au total, tous jeux confondus.
La répartition thématique se décompose ainsi : accès aux soins 16 jeux, professionnels de santé libéraux 8, datavisualisation 4, pathologies 3, référentiels 1. Soit 16 + 8 + 4 + 3 + 1 = 32 — l’énumération est complète, aucun jeu n’échappe au classement.
Trois fichiers portent 91 % du volume

Le catalogue est très déséquilibré, et c’est une information utile : elle vous dit où chercher en premier.
- Effectif de patients par pathologie, sexe, classe d’âge et territoire — 5 796 000 lignes, mis à jour le 6 juillet 2026 ;
- Effectifs et densités de professionnels de santé libéraux — 3 456 960 lignes, mis à jour le 15 décembre 2025 ;
- Montants détaillés des honoraires — 1 267 200 lignes, mis à jour le 15 décembre 2025.
Ces trois fichiers totalisent 10 520 160 lignes, soit 91,4 % des 11 505 229 lignes du portail (proportion calculée). Le premier à lui seul en représente 50,4 %. Viennent ensuite les prescriptions (420 120 lignes), les effectifs par secteur conventionnel (177 720), par type d’exercice libéral (132 960), les comorbidités associées à chaque pathologie (44 690), la patientèle par territoire (40 560) et les dépenses remboursées par pathologie (24 800).
Une précision qui évite une perte de temps : cinq des trente-deux jeux sont des tables d’appui — référentiels des régions, des départements, des professions, des pathologies, et formes géographiques pour la cartographie. Elles ne contiennent aucune donnée de santé exploitable en soi ; elles servent à joindre et à cartographier les autres. Il reste donc 27 jeux substantiels, et là encore l’énumération se réconcilie : 4 jeux de datavisualisation + 1 référentiel = 5.
Ce que ces données permettent de démontrer
Le format commande le sujet. Ces fichiers sont agrégés : chaque ligne décrit un croisement (une pathologie × un sexe × une classe d’âge × un territoire), jamais une personne. Cela ferme une famille de sujets et en ouvre une autre.
Ce qui devient possible
- Les inégalités territoriales : comparer densités de professionnels, recours aux soins ou prévalences entre départements ou régions. C’est le sujet le mieux servi par ce portail, et de loin.
- Les évolutions dans le temps, quand le jeu couvre plusieurs années — installation des médecins généralistes, adhésion aux dispositifs conventionnels, couverture par le service d’accès aux soins.
- Les gradients par âge et par sexe sur une pathologie donnée, à partir du fichier des effectifs.
- Le chiffrage économique d’un problème de santé, à partir des dépenses remboursées par pathologie — un cadrage qui donne du poids à une introduction et que peu de mémoires prennent la peine de faire.
Ce qui reste impossible
- Tout parcours individuel de soins. Il n’y a pas de patient dans ces fichiers, seulement des agrégats.
- Tout appariement entre deux sources au niveau de la personne.
- Toute analyse causale au niveau individuel. Sur données agrégées, conclure d’une corrélation territoriale à un effet individuel est une erreur d’inférence classique — nommez-la et évitez-la plutôt que de la commettre.
Si votre question exige vraiment le niveau individuel, ce n’est pas ce portail qu’il vous faut : il faut alors soit rejoindre un projet déjà autorisé, soit reformuler la question. Reformuler est presque toujours le bon choix en master.
Ouvrez votre mémoire dans Tesify et transformez ce cadrage chiffré en introduction, en problématique et en plan — la structure vous suit, chaque phrase reste la vôtre.
Ne confondez pas deux questions réglementaires distinctes
C’est la confusion la plus fréquente dès qu’on parle de « données de santé » et de RGPD dans un mémoire, et elle brouille des méthodologies entières.
Première question : je collecte moi-même des données auprès de personnes. Questionnaires, entretiens, observations en service. C’est là qu’interviennent le consentement, les méthodologies de référence de la CNIL, et parfois un comité. Le sujet est traité en détail dans l’article sur le comité d’éthique pour un mémoire de master et, pour un terrain hospitalier, dans le cadre légal du mémoire en stage hospitalier.
Seconde question : je réutilise une base qui existe déjà. C’est le cas ici. Quand la base est publiée en open data sous forme agrégée, il n’y a plus de donnée personnelle en jeu, donc plus de formalité. Vous téléchargez, vous analysez, vous citez.
Un mémoire qui traite ces deux situations comme une seule s’inflige des développements réglementaires inutiles — ou, plus grave, en omet là où il en fallait.
Trois précautions avant de télécharger
- Notez la date de consultation et la date de mise à jour du jeu. Elles diffèrent d’un fichier à l’autre : les jeux « pathologies » ont été actualisés le 6 juillet 2026, ceux sur les professionnels libéraux le 15 décembre 2025, et plusieurs jeux « accès aux soins » remontent au 28 janvier 2025. Un mémoire qui annonce des « données 2026 » sans distinguer se trompe sur une partie de son corpus.
- Vérifiez la granularité territoriale avant de bâtir votre plan. Certains jeux descendent au département, d’autres s’arrêtent à la région, d’autres encore existent en version annuelle et infra-annuelle. Choisir sa maille après avoir écrit ses hypothèses oblige à réécrire les hypothèses.
- Récupérez les référentiels en même temps que les données. Les tables de régions, de départements, de professions et de pathologies sont ce qui rendra vos jointures propres et vos libellés lisibles. Les oublier, c’est passer une soirée à recoder des identifiants à la main.
Pour la conduite d’ensemble d’un travail bâti sur des données que vous n’avez pas produites, voyez la méthode du mémoire sur données secondaires. Et si votre discipline n’est pas la santé, le panorama des jeux de données ouvertes par discipline vous orientera vers le bon entrepôt.
Questions fréquentes
Un étudiant en master peut-il obtenir un accès au SNDS pour son mémoire ?
En pratique, non, sauf à s’inscrire dans un projet déjà autorisé porté par un service ou un laboratoire. Les voies d’accès reposent soit sur une procédure simplifiée encadrée par les textes, soit sur une autorisation de la CNIL appuyée sur l’avis du CESREES. Ces circuits sont dimensionnés pour des équipes de recherche et pour des calendriers qui dépassent celui d’un mémoire.
Faut-il créer un compte pour télécharger les données ouvertes de l’Assurance Maladie ?
Non. Les jeux publiés en open data sont téléchargeables directement, et une interface de programmation permet de les interroger sans inscription. C’est précisément ce qui rend ce gisement compatible avec le calendrier d’un mémoire.
Ces données sont-elles suffisantes pour un mémoire quantitatif complet ?
Oui, à condition d’accepter le niveau agrégé. Un mémoire comparant des territoires, décrivant un gradient d’âge ou chiffrant un coût est parfaitement défendable sur ces seules données. Un mémoire prétendant expliquer des comportements individuels ne l’est pas.
Comment citer un jeu de données dans la bibliographie ?
Traitez-le comme une source à part entière : producteur, titre exact du jeu, version ou date de mise à jour, date de consultation et adresse. La date de consultation n’est pas optionnelle sur un portail actualisé en continu — sans elle, votre extraction n’est pas reproductible.
Puis-je combiner ces données avec mon propre questionnaire ?
Oui, et c’est souvent le design le plus solide en master : les données ouvertes cadrent le problème à l’échelle nationale ou régionale dans l’introduction, votre enquête de terrain apporte le matériau original. Les deux volets relèvent alors de régimes réglementaires différents, et il faut le dire dans la méthodologie.
Le nombre de jeux et de lignes va-t-il changer ?
Oui. Le catalogue évolue et les fichiers sont réactualisés à des rythmes différents. Les chiffres donnés ici — 32 jeux, 11 505 229 lignes — ont été relevés le 11 août 2026 par interrogation directe du catalogue. Refaites le comptage à votre date et citez la vôtre.
Vous avez une source, un volume et une limite claire. Commencez la rédaction avec Tesify — plan, chapitres et cohérence d’un bout à l’autre, écrits par vous.
