Commander des données d’enquête pour son mémoire (2026) : la procédure Quetelet-Progedo étape par étape

Un étudiant en sociologie, en économie, en sciences politiques ou en sciences de l’éducation qui veut travailler sur des données quantitatives se heurte presque toujours au même mur : monter soi-même une enquête représentative est impossible en un semestre, et il croit que les grandes enquêtes nationales sont réservées aux laboratoires.

C’est faux, et le règlement de diffusion le dit en toutes lettres.

Vous y avez droit, et c’est gratuit

Le texte est sans ambiguïté : « Les données diffusées par Progedo sont accessibles, gratuitement, aux chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants (français et étrangers), rattachés à un organisme de recherche ou d’enseignement. »

Vous n’avez donc pas à être doctorant. Il suffit d’être inscrit dans une université, une école ou un établissement d’enseignement, et de demander les données dans une finalité de recherche.

Cette finalité est définie, elle aussi : « Les critères d’une finalité de recherche sont la production ou reproduction dans un but de validation de connaissances nouvelles de portée générale. Les résultats sont publics et libres de diffusion, la finalité est désintéressée et ne sert pas les intérêts particuliers d’institutions publiques ou privées. »

Un mémoire de master entre dans ce cadre. Une étude commandée par votre entreprise d’alternance pour son usage interne, non — et c’est le seul point sur lequel une demande d’étudiant se fait refuser pour un motif de fond.

Le règlement de diffusion a été établi par le Comité interministériel de Concertation pour les Données en Sciences Humaines et Sociales, sur avis de son Conseil scientifique.

Ce que vous pouvez demander

Le catalogue couvre dix domaines : éducation et formation, travail et emploi, salaires et revenus, conditions de vie et société, santé et protection sociale, population et démographie, opinions, entreprises, données localisées et données historiques.

S’y ajoutent les grandes enquêtes internationales relayées par la même infrastructure — SHARE sur la santé et le vieillissement, l’European Social Survey, l’European Values Study, le Generations and Gender Programme, l’International Social Survey Programme — ainsi que l’accès au catalogue européen CESSDA.

Autrement dit : des enquêtes construites par l’INSEE et les grands producteurs publics, avec des échantillons que vous ne pourriez jamais atteindre seul, et des questionnaires déjà validés.

Deux types de fichiers, deux procédures

Trois niveaux de finesse de fichiers d'enquête, du plus agrégé au plus détaillé et le plus encadré
Plus le fichier est fin, plus la porte est étroite — et le niveau intermédiaire vous est ouvert.

Depuis juillet 2019, la procédure d’accès diffère selon la nature du fichier.

Les fichiers standards sont anonymisés et plus agrégés. La procédure est la plus légère.

Les fichiers production recherche (FPR) occupent un niveau intermédiaire : plus détaillés que les fichiers standards, moins que les données confidentielles. Ce changement fait suite à la Loi pour une République Numérique et à l’avis du Comité du Secret Statistique du 14 décembre 2018.

Au-delà, les données confidentielles les plus détaillées passent par le CASD, dont les services sont payants — hors périmètre d’un mémoire, sauf adossement à un projet financé.

Dans tous les cas, deux constantes : le demandeur doit être rattaché à un organisme de recherche ou d’enseignement (EPST, universités, écoles), et l’acceptation d’une demande est toujours conditionnée par la signature d’un formulaire individuel par lequel il s’engage à respecter la finalité de recherche et les autres conditions énoncées. Les demandes passent par le portail de commande de Quetelet-Progedo.

L’habilitation FPR : une fois, puis plus jamais

Une habilitation obtenue une seule fois puis réutilisée pour toutes les demandes suivantes
La formalité lourde n’a lieu qu’au premier accès ; les demandes suivantes s’y adossent.

C’est l’étape que les étudiants redoutent, et elle est plus simple qu’il n’y paraît.

Pour accéder à des sources FPR pour la première fois, l’utilisateur doit signer et retourner un engagement de confidentialité conformément à l’avis du Comité du Secret Statistique. Les deux conditions d’habilitation sont d’être chercheur, enseignant-chercheur, doctorant ou étudiant, au sein d’une unité de recherche ou d’enseignement figurant à l’annexe 2 de l’avis du CSS. L’habilitation ouvre alors l’accès à l’ensemble des sources FPR listées à l’annexe 1 du même avis.

Le point décisif pour un étudiant qui envisage une thèse ensuite : « Une fois obtenue, l’habilitation individuelle et personnelle reste valable pour toutes les demandes de données suivantes et sans limite de temps, sous réserve que l’utilisateur soit toujours rattaché à un établissement habilité. »

Vous ne refaites donc cette démarche qu’une seule fois dans votre parcours. Progedo se réserve par ailleurs le droit de demander toute précision jugée nécessaire et de soumettre les cas litigieux à son Conseil scientifique.

Les onze engagements que vous signez

Lisez-les avant de commander, pas après : deux d’entre eux ont des conséquences directes sur la manière dont vous rédigerez et archiverez votre mémoire. En signant, vous vous engagez à :

  1. utiliser les données exclusivement dans une finalité de recherche, toute autre utilisation, commerciale ou non, étant strictement interdite ;
  2. ne pas céder ces données, sous quelque forme que ce soit, à un tiers, à titre gratuit ou onéreux ;
  3. traiter ces données conformément aux règles communes ainsi qu’à celles du secret statistique ;
  4. respecter l’intégrité des données ;
  5. mentionner la source dans vos communications et publications, conformément au modèle de citation ;
  6. informer le diffuseur de vos communications et publications et lui en faire parvenir les références ;
  7. l’informer de vos constats sur la qualité des données ou leur difficulté d’utilisation ;
  8. l’informer de toute réutilisation des données pour une autre recherche que celle spécifiée dans la demande ;
  9. stocker les données sur un serveur sécurisé ou dans un espace crypté pendant le travail de recherche ;
  10. respecter la réglementation en matière de protection des données personnelles ;
  11. faire inscrire votre recherche au registre de déclaration de traitement des données de votre établissement.

Deux conséquences pratiques. Le point 2 interdit de joindre le fichier de données en annexe de votre mémoire ou de le partager avec un camarade : votre annexe contiendra votre code et vos tableaux, jamais les données brutes. Le point 9 exclut le stockage sur une clé USB non chiffrée ou un service de partage grand public — prévoyez l’espace sécurisé avant de commander, pas le jour de la livraison.

Le producteur et le diffuseur ne sont par ailleurs pas responsables des interprétations ou déductions faites à partir des données : ce que vous en concluez n’engage que vous, ce qui est aussi la définition d’un mémoire.

Le calendrier réaliste

Aucun délai n’est garanti, et c’est la raison pour laquelle cette démarche doit être lancée tôt. Trois conseils tirés de la structure même de la procédure.

Repérez le fichier avant de rédiger votre projet. Explorez le catalogue en ligne, lisez la documentation de l’enquête, vérifiez que les variables dont vous avez besoin existent réellement et dans les millésimes utiles. Une problématique écrite avant cette vérification est une problématique à réécrire.

Vérifiez que votre établissement figure bien à l’annexe 2 si vous visez un fichier production recherche. C’est le seul point qui peut bloquer une demande par elle-même recevable.

Prévenez votre directeur de mémoire. Le formulaire individuel engage votre responsabilité, mais l’inscription au registre des traitements de l’établissement suppose de savoir à qui s’adresser — souvent le délégué à la protection des données de votre université.

Pendant que la demande chemine, écrivez : revue de littérature, cadre théorique, hypothèses. Ouvrez votre mémoire dans Tesify et avancez sur tout ce qui ne dépend pas des données — vous récupérerez des semaines.

Est-ce vraiment la bonne voie pour vous ?

Non, si vos questions se satisfont de données agrégées. Un travail comparant des territoires ou décrivant des tendances peut souvent se faire sans aucune formalité — voyez le panorama des jeux de données ouvertes par discipline et, pour la santé, l’état exact des données de santé ouvertes sans démarche.

Oui, si votre question exige le niveau individuel : croiser diplôme et salaire, isoler un effet de génération, construire une typologie de trajectoires. Aucune donnée agrégée ne le permet, et c’est précisément ce que ces fichiers apportent.

Pour la conduite d’ensemble d’un travail bâti sur des données que vous n’avez pas produites, voyez la méthode du mémoire sur données secondaires. Et si vous hésitez encore entre données existantes et enquête personnelle, la méthodologie quantitative par questionnaire vous donnera le point de comparaison — notamment sur ce que coûte réellement la construction d’un échantillon défendable.

Questions fréquentes

Un étudiant de master 1 peut-il faire une demande ?

Oui. Le règlement vise les étudiants rattachés à un organisme de recherche ou d’enseignement, sans distinguer le niveau. Ce qui est examiné, c’est la finalité de recherche de la demande, pas votre année d’inscription.

Faut-il payer quelque chose ?

Non pour les données diffusées par Progedo, explicitement gratuites pour les publics visés. En revanche, les services du CASD, qui donnent accès aux données confidentielles les plus détaillées, sont payants — c’est une autre voie, et elle dépasse le cadre d’un mémoire.

Puis-je mettre les données en annexe de mon mémoire ?

Non. Vous vous engagez à ne céder les données à personne, sous quelque forme que ce soit. Mettez en annexe votre code, vos tableaux de résultats et la documentation de l’enquête, jamais le fichier lui-même.

Mon établissement n’est pas dans la liste des unités habilitées. Que faire ?

Cela ne bloque que l’accès aux fichiers production recherche. Les fichiers standards suivent une procédure distincte. Adressez-vous d’abord à votre directeur de mémoire ou à votre laboratoire de rattachement : un étudiant est souvent rattachable à une unité qui figure bien à l’annexe.

Dois-je refaire l’habilitation pour ma thèse ?

Non. L’habilitation est individuelle, personnelle et valable sans limite de temps pour toutes vos demandes ultérieures, tant que vous restez rattaché à un établissement habilité. C’est un argument sérieux pour la demander dès le master.

Comment citer les données dans le mémoire ?

En suivant le modèle de citation fourni par le diffuseur, ce à quoi vous vous engagez explicitement. Mentionnez le producteur de l’enquête, le diffuseur, le millésime et la version du fichier. Et informez le diffuseur de votre travail une fois soutenu : c’est le sixième engagement, et il est rarement respecté.

Lancez la demande, puis écrivez pendant qu’elle chemine. Rédigez votre mémoire avec Tesify — la structure tient, les mots sont les vôtres.

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