Annuaire 2026 des anglicismes et calques de l’anglais à corriger dans un mémoire

Vous lisez vos sources en anglais. Vous suivez des cours dont la moitié du vocabulaire technique est anglophone. Vous rédigez en français. Le résultat est prévisible : votre mémoire contient un nombre d’anglicismes que vous ne voyez plus, parce qu’ils vous sont devenus transparents à force de lecture.

Certains sont anodins et personne ne vous en tiendra rigueur. D’autres — les faux amis et les calques syntaxiques — changent le sens de vos phrases sans que vous vous en aperceviez, et ce sont ceux-là que les correcteurs relèvent. Cet annuaire recense les anglicismes qui apparaissent réellement dans les mémoires français, classés par type, avec l’équivalent à employer et la raison pour laquelle il vaut mieux.

Précision utile : il ne s’agit pas de purisme. Un anglicisme installé dans le vocabulaire d’une discipline se garde. Le critère retenu ici est le suivant : un anglicisme est à corriger quand il rend la phrase moins précise, pas quand il est simplement d’origine anglaise.

1. Les faux amis de sens — les plus coûteux

Ce sont les plus graves parce qu’ils produisent des phrases parfaitement françaises qui disent autre chose que ce que vous vouliez dire. Un correcteur ne peut pas deviner votre intention : il lit ce qui est écrit.

Ce que vous écrivez Ce que ça veut dire en français Ce que vous vouliez dire
« résultat consistant » épais, solide au toucher cohérent, constant, concordant
« échantillon éventuel » hypothétique, possible final, définitif (eventual)
« évidence empirique » caractère de ce qui s’impose à l’esprit données probantes, éléments de preuve
« ces résultats sont significatifs » (hors test) statistiquement significatifs importants, notables, substantiels
« supporter une hypothèse » endurer, tolérer appuyer, corroborer, étayer
« adresser une question » envoyer à un destinataire aborder, traiter, examiner
« réaliser que » accomplir, mener à bien se rendre compte, constater
« opportunité » (au sens de possibilité) caractère opportun d’une décision occasion, possibilité
« une audience de lecteurs » séance d’un tribunal public, lectorat, auditoire
« librairie de références » commerce de livres bibliothèque, base, corpus
« compréhensif » (au sens d’exhaustif) indulgent, bienveillant exhaustif, complet
« actuellement » (au sens de « en réalité ») en ce moment en réalité, de fait (actually)

Les deux premières lignes méritent une attention particulière : « consistant » et « évidence » sont d’un usage si répandu dans les mémoires que beaucoup d’étudiants ignorent qu’il s’agit d’erreurs. « L’évidence suggère que » n’est pas du français ; écrivez « les données suggèrent que » ou « les éléments disponibles suggèrent que ». La quatrième ligne est la plus dangereuse dans un mémoire quantitatif : employer « significatif » au sens ordinaire dans un texte qui contient des tests statistiques crée une ambiguïté réelle sur ce que vous affirmez, un problème qui rejoint le choix des verbes de citation et du degré d’engagement.

2. Les calques syntaxiques

Plus discrets que les faux amis, ils ne produisent pas de contresens mais un français qui « sonne » traduit. Un jury ne saura pas toujours dire pourquoi, mais il percevra un texte moins maîtrisé.

Calque Formulation française
« Basé sur ces résultats, nous concluons… » « À partir de ces résultats… », « Ces résultats conduisent à… »
« Il est important de noter que X est… » « X est notamment… » (supprimez la formule)
« Cette étude vise à investiguer… » « Cette étude examine / analyse / porte sur… »
« Dans le but de tester… » « Pour tester… »
« En termes de motivation, les résultats… » « Du point de vue de la motivation… », « Quant à la motivation… »
« Un nombre de participants ont… » « Plusieurs participants ont… », « Certains participants… »
« Le fait que X soit élevé est dû à… » « X est élevé parce que… »
« Ce papier présente… » « Ce mémoire présente… », « Cet article présente… »
« Nous avons conduit une analyse » « Nous avons mené / effectué / réalisé une analyse »
« Les données ont été analysées en utilisant SPSS » « … analysées sous SPSS », « … à l’aide de SPSS »
« Différent que » « Différent de » reste la seule forme correcte
« Adresser le problème de la non-réponse » « Traiter le problème de la non-réponse »

« Basé sur » mérite un commentaire : la tournure est aujourd’hui admise par beaucoup d’usages, mais reste critiquée en contexte académique soutenu, surtout en tête de phrase. Le remplacement coûte trois mots et supprime le risque. Quant à « ce papier », c’est un calque de this paper qui détonne particulièrement dans un mémoire français, où l’on écrit « ce mémoire », « ce travail » ou « la présente étude ».

3. Le vocabulaire de recherche : garder ou traduire ?

Tous les emprunts ne sont pas à corriger. Voici la ligne de partage que suivent les revues francophones.

Terme anglais Statut Usage recommandé
design (de recherche) Installé Acceptable ; « devis de recherche » au Québec, « plan de recherche » en France
focus group Installé Acceptable ; « entretien collectif » ou « groupe de discussion » à la première occurrence
pattern À traduire « configuration », « régularité », « schéma »
gap (de littérature) À traduire « lacune », « angle mort », « manque dans la littérature »
insight À traduire « éclairage », « enseignement », « apport »
background À traduire « contexte », « arrière-plan », « antécédents »
framework À traduire « cadre conceptuel », « cadre d’analyse »
item (d’échelle) Installé Acceptable, terme technique standard
biais Français Aucun problème
benchmark À traduire « référence », « étalon », « point de comparaison »
timing À traduire « calendrier », « moment », « chronologie »
challenge À traduire « enjeu », « difficulté », « défi »

La règle de décision pratique : si le terme figure dans le vocabulaire technique publié de votre discipline en français, gardez-le ; sinon, traduisez-le et donnez l’anglais entre parenthèses à la première occurrence. Écrire « nous avons identifié une lacune (gap) dans la littérature » à la première apparition, puis « lacune » ensuite, est irréprochable.

Attention à un cas particulier : les termes techniques que vous conservez en anglais s’écrivent en italique s’ils ne sont pas lexicalisés en français, et sans italique s’ils le sont. Les conventions applicables sont détaillées dans notre guide de la ponctuation, des italiques, des guillemets et des abréviations.

4. Les sigles anglais dans un texte français

Trois règles simples et souvent enfreintes :

  • Développez à la première occurrence, dans les deux langues si le sigle est anglais. « … selon les critères STROBE (Strengthening the Reporting of Observational Studies in Epidemiology) ».
  • Ne francisez pas un sigle établi à moitié. On écrit RCT ou ECR selon la discipline, mais pas les deux dans le même mémoire — choisissez et tenez.
  • Accordez l’article au genre du mot-noyau français. « Une IRM » (imagerie), « un ECR » (essai). Le genre suit le terme français développé, pas l’anglais.

Si vous employez plus d’une dizaine de sigles, la liste des abréviations devient obligatoire en pratique, même quand le règlement ne l’exige pas ; notre guide du glossaire et de la liste des abréviations en donne le format.

5. Le cas particulier de la traduction automatique

Une source d’anglicismes que les guides ignorent : les passages traduits d’un article anglophone par un outil automatique, puis intégrés au mémoire. La traduction est fluide et grammaticalement correcte, ce qui la rend indétectable à la relecture rapide — mais elle conserve la structure de phrase anglaise, avec ses propositions courtes juxtaposées et sa préférence pour la voix passive.

Le symptôme reconnaissable est une rupture de rythme : trois pages de français ample, puis un paragraphe de phrases brèves et régulières. Si vous traduisez, réécrivez systématiquement le passage dans votre propre syntaxe après traduction. C’est aussi une garantie sur le plan du plagiat, puisqu’une traduction non retravaillée d’un passage source reste une reprise.

La passe de correction, en pratique

  1. Recherchez les faux amis nommément. Utilisez la fonction de recherche de votre traitement de texte sur « consistant », « évidence », « supporte », « adresse », « réalise », « éventuel » : cinq minutes, et la moitié du problème est réglée.
  2. Recherchez « basé sur », « en termes de », « il est important de noter ». Ces trois chaînes signalent les calques les plus fréquents.
  3. Vérifiez la cohérence des termes conservés en anglais. Un terme gardé doit l’être partout, avec la même graphie et la même mise en italique.
  4. Lisez à voix haute les passages traduits. Le calque syntaxique s’entend beaucoup mieux qu’il ne se voit.

Cette passe se place naturellement avec les autres vérifications linguistiques, comme le décrit notre checklist de relecture en six passes.

Écrire en français académique sans interférence

Le problème n’est pas votre niveau de français : c’est que vous pensez votre sujet dans un vocabulaire majoritairement anglophone. Tesify rédige directement en français académique, choisit l’équivalent français quand il existe et conserve le terme anglais quand la discipline le fait — avec l’italique et le développement à la première occurrence.

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Questions fréquentes

Les anglicismes font-ils vraiment perdre des points dans un mémoire ?

Les emprunts installés dans le vocabulaire d’une discipline ne posent aucun problème. En revanche, les faux amis changent le sens de vos phrases — « résultat consistant » ne dit pas « résultat cohérent » — et les calques syntaxiques donnent l’impression d’un texte traduit. Ce sont ces deux catégories que les correcteurs relèvent, pas l’origine anglaise d’un terme en soi.

Peut-on écrire « basé sur ces résultats » dans un mémoire ?

La tournure est aujourd’hui largement admise mais reste critiquée en contexte académique soutenu, particulièrement en tête de phrase. « À partir de ces résultats » ou « ces résultats conduisent à » coûtent trois mots de plus et suppriment le risque. C’est un arbitrage sans inconvénient : autant l’éviter.

Faut-il traduire des termes comme « framework », « gap » ou « insight » ?

Oui : « cadre conceptuel », « lacune » et « éclairage » sont les équivalents standards en français académique. La règle générale est simple : si le terme figure dans le vocabulaire technique publié de votre discipline en français, gardez-le ; sinon, traduisez-le et donnez l’anglais entre parenthèses à la première occurrence seulement.

Pourquoi « évidence empirique » est-il une erreur ?

Parce qu’en français « évidence » désigne le caractère de ce qui s’impose immédiatement à l’esprit, alors que l’anglais evidence signifie « preuve » ou « données probantes ». « L’évidence suggère que » est donc contradictoire : ce qui est évident n’a pas besoin d’être suggéré. Écrivez « les données suggèrent que » ou « les éléments de preuve disponibles indiquent que ».

Comment écrire un sigle anglais dans un texte français ?

Développez-le à la première occurrence, en anglais et si possible avec sa traduction. Ne mélangez pas les versions française et anglaise d’un même sigle dans un seul mémoire : choisissez-en une et tenez-la. Enfin, accordez l’article au genre du terme français développé, pas à l’anglais.

Comment repérer rapidement les anglicismes de son manuscrit ?

Faites une recherche textuelle sur les faux amis les plus fréquents — consistant, évidence, supporte, adresse, réalise, éventuel — puis sur les trois chaînes qui signalent les calques : « basé sur », « en termes de », « il est important de noter ». Dix minutes suffisent à traiter l’essentiel. Relisez ensuite à voix haute les passages traduits, car le calque syntaxique s’entend mieux qu’il ne se voit.

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