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Rédiger les résultats et la discussion d’un mémoire en travail social : exemples rédigés (2026)

Le blocage arrive presque toujours au même endroit. Vous avez mené sept entretiens, retranscrit une centaine de pages, surligné une soixantaine de passages qui vous ont marqué — et devant le document vide intitulé « Analyse des résultats », rien ne vient. Non par manque de matériau, mais parce qu’en travail social, ce chapitre demande une opération contre-intuitive : mettre à distance ce que vous savez déjà par la pratique.

Cet article traite les deux chapitres ensemble parce qu’ils forment une chaîne : un chapitre résultats mal découpé rend la discussion impossible à écrire. Les cinq exemples sont donnés en version faible puis en version attendue, sur des situations typiques de mémoires de DEASS, de DEES, de CAFERUIS ou de master d’intervention sociale.

Les trois causes du blocage, et ce qu’elles produisent

Première cause : la posture professionnelle qui parle à la place du chercheur. Vous avez un avis sur l’accompagnement décrit par la professionnelle interviewée. Cet avis s’infiltre dans la phrase et transforme le résultat en jugement. Le jury le repère à un mot : « malheureusement », « seulement », « il aurait fallu ».

Deuxième cause : le récit d’entretien à la place de l’analyse. Vous racontez ce que chaque personne a dit, dans l’ordre de l’entretien, sous sept sous-titres portant sept prénoms. C’est le défaut le plus fréquent et le plus lourdement sanctionné, parce qu’il produit un compte rendu là où on attend une construction.

Troisième cause : la discussion qui répète les résultats. Faute de savoir quoi mettre dans le second chapitre, on y reformule le premier avec d’autres mots. La discussion perd alors sa seule fonction : confronter ce que vous avez trouvé à ce que la littérature annonçait.

La règle qui débloque tout : deux colonnes avant d’écrire

Avant de rédiger une ligne, prenez une feuille et tracez deux colonnes. À gauche, « ce que les personnes ont dit ou fait » ; à droite, « ce que j’en pense ». Tout ce qui va dans la colonne de gauche appartient au chapitre résultats. Tout ce qui va à droite appartient à la discussion, et pas une phrase plus tôt.

Cet exercice de dix minutes règle 80 % des reprises demandées par les directeurs de mémoire en travail social. Il rend visible ce que la rédaction au fil de la plume mélange inévitablement.

Structurer le chapitre résultats : par thème, jamais par personne

Le découpage se fait selon les catégories issues de votre analyse thématique, elles-mêmes reliées aux axes de votre cadre conceptuel. Un mémoire de travail social comporte typiquement trois à cinq thèmes, chacun développé sur trois à cinq pages.

Chaque thème suit la même architecture interne : une phrase d’annonce qui énonce le constat, deux à quatre extraits d’entretien qui l’illustrent et l’attribuent, une reformulation analytique qui dégage ce que ces extraits ont en commun, puis la nuance ou la divergence apportée par les autres participants. La méthode de construction de ces catégories à partir des retranscriptions est détaillée dans notre guide sur le passage des verbatims au chapitre résultats.

Exemple 1 — annoncer un thème

Version faible : « Dans cette partie, nous allons voir ce que les professionnels m’ont dit sur la question du secret professionnel, qui est un sujet important dans le travail social. »

Version attendue : « Les six professionnelles interrogées décrivent le partage d’informations en réunion pluridisciplinaire comme une zone d’incertitude permanente, arbitrée au cas par cas plutôt que selon une règle stable. Trois configurations d’arbitrage apparaissent dans le corpus. »

La seconde version annonce un résultat, dit combien de personnes le portent, et annonce le découpage qui suit. Elle est plus courte que la première.

Citer un verbatim : les six règles

  1. Attribuez systématiquement avec un code stable défini en début de chapitre : ASS 3, ES 1, cadre 2. Jamais de prénom, même modifié, jamais « une professionnelle a dit ».
  2. Coupez court. Deux à quatre lignes suffisent. Un verbatim de quinze lignes signifie que vous n’avez pas identifié ce qui, dedans, fait résultat.
  3. Signalez les coupes par des crochets, et n’y modifiez jamais la syntaxe orale. Les hésitations et les reprises font partie du matériau.
  4. N’enchaînez pas trois verbatims sans texte entre eux. Un bloc de citations n’est pas une analyse.
  5. Anonymisez au-delà du prénom : nom du service, de la commune, du dispositif local, ancienneté trop précise. Une professionnelle du secteur reconnaîtra une collègue à trois détails.
  6. Vérifiez la proportion. Au-delà d’un tiers de la page occupé par des citations, votre chapitre devient un florilège.

Exemple 2 — présenter une divergence

Version faible : « ASS 2 pense qu’il faut tout dire en réunion. ASS 5 pense le contraire. Les avis sont donc partagés. »

Version attendue : « Le corpus fait apparaître deux logiques opposées de justification, qui ne se distinguent pas par l’ancienneté mais par le cadre institutionnel d’exercice. Les professionnelles exerçant en établissement rattachent le partage à la continuité de l’accompagnement : « si je ne dis rien, c’est l’enfant qui repart à zéro à chaque relais » (ES 2). Celles qui interviennent à domicile le rattachent au lien de confiance individuel : « ce qu’elle me dit dans sa cuisine, ça reste dans sa cuisine, sinon je ne remets plus les pieds chez elle » (ASS 5). La divergence porte donc moins sur la règle déontologique que sur l’unité qu’elle est censée protéger — le parcours ou la relation. »

La divergence est ici expliquée par une variable, pas seulement constatée. C’est ce mouvement qui distingue une analyse d’un relevé d’opinions.

Ce que les résultats ne doivent pas contenir

Aucune référence bibliographique nouvelle — elles appartiennent à la discussion. Aucune préconisation, aucun conditionnel évaluatif, aucune projection sur votre pratique future. Et surtout, aucun élément qui n’a pas été recueilli : le savoir issu de vos stages ne peut pas alimenter le chapitre résultats, même s’il est juste. Il ira dans la discussion, présenté comme tel.

La discussion en cinq mouvements

Le chapitre discussion d’un mémoire de travail social se construit toujours de la même manière, dans cet ordre :

  1. Rappel des résultats saillants — un paragraphe, trois ou quatre constats, sans verbatim.
  2. Confrontation à la littérature — ce qui converge avec les auteurs de votre cadre conceptuel, et surtout ce qui diverge. C’est le cœur du chapitre.
  3. Interprétation — pourquoi vos résultats se présentent ainsi, en mobilisant vos concepts.
  4. Limites — trois ou quatre, argumentées et bornées.
  5. Perspectives et préconisations — ce que cela change pour la pratique et pour la recherche.

Exemple 3 — confronter un résultat à la littérature

Version faible : « Nos résultats montrent que les professionnels sont en difficulté, ce qui rejoint ce que dit la littérature sur les tensions du travail social. »

Version attendue : « La littérature sur les dilemmes éthiques du travail social décrit majoritairement un conflit entre l’obligation déontologique et la demande institutionnelle. Nos résultats ne contredisent pas ce cadre mais en déplacent le point d’application : les professionnelles interrogées ne décrivent pas une pression hiérarchique explicite, mais une incertitude sur ce que leurs partenaires feront de l’information transmise. Le dilemme se joue donc horizontalement, entre pairs de champs professionnels distincts, davantage que verticalement. Cette configuration est peu documentée dans les travaux mobilisés, qui prennent le plus souvent l’établissement comme unité d’analyse. »

Ce paragraphe fait ce qu’on attend d’une discussion : il situe, il nuance, et il identifie l’apport propre du mémoire — même modeste, même limité à sept entretiens.

Exemple 4 — écrire une limite sans se saborder

Version faible : « Mon échantillon est trop petit et pas représentatif, donc mes résultats ne valent pas grand-chose. »

Version attendue : « Les sept entretiens ont été menés auprès de professionnelles d’un même département, toutes volontaires. Cette homogénéité territoriale limite la portée des constats : les modalités locales de coordination entre services, propres à ce territoire, ont probablement structuré les réponses. Le corpus ne permet donc pas de généraliser, mais il documente finement une configuration institutionnelle donnée, ce qui était l’objet de la démarche compréhensive retenue. »

Une limite se nomme, s’explique, et se replace dans la logique du devis choisi. Elle ne s’excuse pas.

Exemple 5 — formuler une préconisation

C’est le piège spécifique aux mémoires professionnels du secteur social : la préconisation généreuse et invérifiable. « Il faudrait davantage de temps d’échange entre professionnels » n’engage personne et ne découle d’aucun résultat.

Version attendue : « Le constat d’une incertitude portant sur l’usage fait de l’information par les partenaires, plutôt que sur la légitimité de la transmettre, oriente vers un objet de travail précis : la formalisation, au sein des instances de coordination existantes, de ce qui est consigné et de qui y accède. Cette piste relève du niveau de l’encadrement intermédiaire, ce que la composition de notre échantillon ne permettait pas d’explorer et qui constituerait un prolongement de ce travail. »

Une préconisation utile désigne un objet, un niveau de responsabilité et une limite. Si votre diplôme attend explicitement des préconisations opérationnelles — c’est le cas pour l’encadrement — les attendus diffèrent, comme le montre notre comparatif CAFDES ou DEIS, deux mémoires très différents.

La question de votre implication

En travail social, vous êtes rarement extérieur à votre objet. Vous avez été stagiaire dans le service, vous connaissez certains interlocuteurs, vous avez vécu des situations comparables. Cette proximité est une ressource pour l’accès au terrain et un risque pour l’analyse.

La solution n’est pas de la taire mais de l’objectiver, dans un encadré ou un paragraphe dédié en début de discussion : ce que votre position vous a permis d’entendre, ce qu’elle a probablement empêché les personnes de dire, et les précautions prises. Un jury de mémoire professionnel valorise cette lucidité — les attentes selon le diplôme sont comparées dans notre article sur les jurys de mémoires professionnels et leurs seuils.

Le calendrier de ces deux chapitres

Comptez trois semaines pour les résultats et une semaine et demie pour la discussion, à condition que le codage soit terminé. L’erreur classique consiste à commencer la rédaction avec un codage à moitié fait : vous réécrirez alors le premier thème trois fois. Terminez le codage de l’intégralité du corpus, stabilisez vos catégories, puis rédigez.

La règle générale de rédaction d’un chapitre discussion, applicable au-delà du travail social, est détaillée dans notre guide sur la rédaction de la discussion d’un mémoire de master.

Ce que Tesify change concrètement sur ces deux chapitres

Le problème n’est jamais le manque de matériau, c’est le passage du matériau à la page. Tesify travaille exactement sur ce passage : vous lui fournissez vos catégories d’analyse et vos extraits anonymisés, il propose le découpage thématique du chapitre, rédige les phrases d’annonce et les reformulations analytiques dans le registre attendu, et signale les passages où vous avez glissé de la description au jugement — le défaut qui coûte le plus de reprises en travail social.

Sur la discussion, il met vos constats en regard des auteurs de votre cadre conceptuel et formule les paragraphes de convergence et de divergence, que vous corrigez ensuite avec votre connaissance du terrain. Les étudiants qui l’utilisent sur ces deux chapitres décrivent le même effet : ils passent de trois semaines de blocage à quelques jours d’allers-retours sur un texte qui existe déjà.

Rédiger vos résultats et votre discussion avec Tesify

Si vous préparez le diplôme d’éducateur spécialisé, les attendus spécifiques du mémoire de pratique professionnelle sont traités dans notre article dédié au mémoire du DEES.

Questions fréquentes

Faut-il séparer les résultats et la discussion en deux chapitres ?

C’est le format le plus sûr et le plus courant en travail social. Certains référentiels acceptent une « analyse-discussion » fusionnée, mais elle demande une maîtrise du va-et-vient entre description et interprétation que peu de mémoires atteignent. Vérifiez le plan imposé par votre centre de formation.

Combien de verbatims faut-il citer par thème ?

Deux à quatre extraits courts par thème, issus de participants différents. Citer six fois la même personne signale que le thème repose sur un cas isolé, ce qui doit alors être dit explicitement plutôt que masqué par l’accumulation.

Peut-on utiliser des chiffres dans un mémoire qualitatif ?

Oui, sous forme de dénombrement du corpus : « cinq des sept professionnelles évoquent spontanément… ». En revanche, pas de pourcentages sur sept entretiens, ni de test statistique : ces formes suggèrent une représentativité que le devis ne permet pas.

Que faire si les résultats contredisent l’hypothèse de départ ?

C’est un bon mémoire, pas un problème. Le rôle de la discussion est précisément d’expliquer pourquoi le terrain ne se comporte pas comme la littérature ou votre expérience le laissait attendre. Une hypothèse infirmée et sérieusement discutée vaut mieux qu’une hypothèse confirmée sans surprise.

Doit-on écrire à la première personne ?

Les mémoires professionnels du travail social l’acceptent généralement, en particulier dans les passages où votre position est en jeu. Restez cohérent d’un bout à l’autre du document et réservez le « je » aux moments d’objectivation, plutôt que de l’employer dans la présentation des constats.

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