En France, un diplôme n’est pas délivré par « l’État » en général : il l’est par un ministère précis, ou par une profession. Le ministère chargé de l’agriculture, celui chargé des sports, celui du travail, celui de la culture, celui de la justice et celui de l’enseignement supérieur délivrent chacun des diplômes selon des logiques différentes — et c’est de là que vient l’écart déroutant entre ce qu’on demande à votre voisin de promotion et ce qu’on vous demande à vous.
Cette question paraît administrative. Elle est en réalité la plus utile à se poser en début de formation, parce qu’elle détermine trois choses d’un coup : où trouver la règle, ce que vous devez rendre, et devant qui vous le défendrez.
Pourquoi cette question vaut la peine
Prenons deux personnes qui disent toutes les deux « je prépare un diplôme d’État de niveau 7 » et qui rendent toutes les deux un travail écrit.
La première prépare un CAFDES. Son écrit fait 60 pages avec une tolérance de 15 %, hors bibliographie et annexes. La seconde prépare un DEIS. Son écrit fait 90 à 120 pages — et elle doit en outre produire un rapport collectif et un article individuel évalué en double correction anonyme. Même niveau, même secteur, même année : deux charges de travail sans commune mesure, parce que ce sont deux textes différents.
Le mécanisme est général. La question « quel ministère ? » est celle qui range tout le reste.
Six autorités, six logiques
| Autorité | Exemples de diplômes | Logique dominante | Où se trouve la règle |
|---|---|---|---|
| Enseignement supérieur | Licence, master, doctorat, BUT, DES de médecine | Crédits ECTS, semestres, compensation | Arrêtés nationaux + règlement des études de l’établissement |
| Travail | Titre professionnel | Mise en situation professionnelle observée | Arrêté du 22 décembre 2015 + référentiel du certificateur |
| Sports et jeunesse | BPJEPS, DEJEPS, DESJEPS | Unités capitalisables acquises définitivement | Code du sport + arrêté de votre mention |
| Agriculture | BP REA, BTSA, diplômes d’ingénieur et vétérinaire | Unités capitalisables évaluées en situation | Arrêtés du ministère + référentiels DGER |
| Culture | Diplôme d’État d’architecte, HMONP, DNSEP | Épreuves à crédits non compensables | Arrêtés spécifiques + règlement de l’école |
| Justice | Diplôme d’études supérieures de notariat | Périodes de formation + stage + soutenance | Arrêté du 5 juillet 2023 |
| Professions (hors ministère) | DEC, mémoire d’actuariat | Jury de la profession, admission au tableau | Arrêtés spécifiques ou recommandations de l’ordre |
Notez la dernière ligne : pour l’expertise comptable et l’actuariat, l’instance qui valide n’est pas un ministère mais la profession elle-même. C’est ce qui explique que ces deux filières publient des cahiers des charges beaucoup plus précis que la moyenne — un ordre professionnel a intérêt à standardiser ce qu’il évalue.

Trois logiques d’évaluation, et ce qu’elles changent pour vous
Au-delà des noms, il n’existe que trois grandes mécaniques. Savoir laquelle vous concerne vaut mieux que n’importe quel conseil de rédaction.
1. La compensation
Une moyenne rachète une faiblesse. C’est la logique universitaire classique, et celle du DEIS où l’écrit compte coefficient 3 et la soutenance coefficient 2 pour un seuil global. Stratégie : répartir l’effort, sécuriser la moyenne.
2. Le seuil non compensable
Une épreuve verrouille le diplôme, quelle que soit la performance ailleurs. Le mémoire du DEC est éliminatoire en dessous de 10 sur 20 — alors que les deux écrits du même diplôme n’éliminent qu’en dessous de 6. En architecture, le mémoire vaut 8 crédits et la soutenance du projet de fin d’études 10, tous non compensables. Stratégie : sécuriser le minimum sur l’épreuve verrou avant de viser l’excellence ailleurs.
3. La capitalisation
Chaque unité s’obtient séparément et reste acquise. En Jeunesse et Sports, les unités capitalisables sont acquises à titre définitif, et le diplôme est délivré dès que vous les possédez toutes, quel que soit leur mode d’acquisition. Le BP REA fonctionne de même, chaque unité correspondant à une capacité du référentiel. Stratégie : avancer unité par unité ; un échec ne coûte que cette unité, et une interruption ne détruit rien.
La troisième logique est de loin la plus favorable à un adulte qui se forme en travaillant — et c’est précisément celle qu’on trouve dans les ministères que personne ne pense à consulter.
Le vocabulaire ne vous aidera pas
Un piège traverse tout ce paysage : le même mot ne désigne pas la même chose selon l’autorité.
- « PFE » désigne en école d’ingénieur un travail écrit de résolution d’un problème technique, et en école d’architecture un projet architectural ou urbain accompagné d’un rapport de présentation. Deux exercices sans rapport.
- « Mémoire » désigne tantôt un travail de recherche, tantôt un écrit professionnel, tantôt un portfolio — la maquette du DES de médecine générale définit le mémoire comme « le portfolio complet des 3 phases ».
- Et parfois le mot n’existe pas : l’arrêté qui organise la HMONP n’emploie jamais le terme « mémoire ». Il demande au candidat de présenter « tous les éléments nécessaires à sa démonstration ».
C’est pour cette raison que chercher « comment rédiger un mémoire » ne mène nulle part tant qu’on n’a pas identifié son autorité de rattachement. Notre comparatif des travaux de fin d’études aide à nommer votre livrable, et notre annuaire des textes officiels indique à quel niveau chercher la règle une fois qu’il est nommé.

Le point le plus dangereux : ces textes changent, et le web ne suit pas
En préparant les guides de ce site sur une quinzaine de diplômes professionnels, un constat s’est imposé : presque tous ont été réécrits ces quatre dernières années, et dans presque tous les cas les premiers résultats de recherche décrivent encore le régime précédent.
| Diplôme | Texte en vigueur | Ce que décrit encore l’essentiel du web |
|---|---|---|
| CAFDES | Décret et arrêté du 27 août 2022 | L’architecture antérieure à 2022 |
| Notariat | Arrêté du 5 juillet 2023 | L’arrêté du 28 avril 2008, abrogé |
| DEIS | Arrêté de 2006 modifié le 17 juin 2024 | Le texte de 2006 |
| DEC | Arrêté de 2019 modifié le 23 avril 2026 | Le texte de 2019 |
| BUT | Annexe 1 de l’arrêté du 15 avril 2022 | Le texte de mai 2021 |
Deux de ces réformes ont même changé le nom du diplôme : le diplôme supérieur de notariat est devenu le diplôme d’études supérieures de notariat, et le BP « responsable d’exploitation agricole » est devenu le BP « responsable d’entreprise agricole ». Conséquence désagréable : chercher l’ancien nom renvoie vers des pages abondantes et périmées, et ne fait pas remonter les pages à jour.
La règle de sécurité tient en une phrase : trouvez le texte, regardez sa date, et vérifiez s’il a été modifié. Sur Légifrance, la version consolidée porte cette information.
Les quatre questions à poser en début de formation
- Quelle autorité délivre mon diplôme ? Un ministère — lequel — ou une profession.
- Quel est le texte de référence, et de quand date sa dernière modification ?
- Quelle mécanique d’évaluation s’applique ? Compensation, seuil non compensable, ou capitalisation.
- Qui siège au jury ? La réponse dit ce qui sera vérifié — notre comparatif des jurys et de leurs seuils détaille huit compositions.
Ces quatre réponses tiennent sur une demi-page et se demandent au secrétariat pédagogique. Elles vous éviteront l’erreur la plus coûteuse de toutes : appliquer les codes d’une autorité à un diplôme qui relève d’une autre.
Ce que Tesify ne fait pas
- Tesify ne détermine pas votre autorité de rattachement ni ne récupère votre règlement : ces informations viennent de votre établissement.
- Tesify ne promet pas de « passer » un détecteur de plagiat ou d’IA. La promesse est vide. Le contrôle n’est pas le problème : c’est le travail personnel manquant qui l’est. Et dans la plupart des filières décrites ici, le jury comprend des praticiens qui vérifient en direct.
- Tesify ne vous dispense pas d’être l’auteur.
Ce que l’outil fait, une fois le cadre identifié : construire un plan conforme aux attendus de votre livrable, tenir le registre correspondant — académique, professionnel ou technique — et vérifier que chaque exigence de votre référentiel trouve une réponse identifiable dans le texte.
Cadrez votre travail avec Tesify — après avoir identifié qui délivre votre diplôme.
FAQ — L’autorité qui délivre votre diplôme
Pourquoi les règles diffèrent-elles autant d’un diplôme à l’autre ?
Parce que les diplômes ne sont pas délivrés par la même autorité. Les ministères chargés de l’enseignement supérieur, du travail, des sports, de l’agriculture, de la culture et de la justice délivrent chacun des diplômes selon des logiques d’évaluation distinctes, et certaines certifications relèvent d’une profession plutôt que d’un ministère.
Quelles sont les grandes mécaniques d’évaluation ?
Trois. La compensation, où une moyenne rachète une faiblesse. Le seuil non compensable, où une épreuve verrouille le diplôme indépendamment du reste. Et la capitalisation, où chaque unité s’obtient séparément et reste acquise. Identifier la sienne oriente toute la stratégie de préparation.
Deux diplômes de même niveau demandent-ils le même travail ?
Pas nécessairement. Le CAFDES et le DEIS sont tous deux des diplômes d’État de niveau 7 du travail social : le premier demande un mémoire de 60 pages avec une tolérance de 15 %, le second un mémoire de 90 à 120 pages plus deux autres écrits certifiants. Le niveau ne dit rien de la charge d’écriture.
Pourquoi le même mot désigne-t-il des travaux différents ?
Parce que le vocabulaire n’est pas normalisé entre autorités. « PFE » désigne un travail écrit en école d’ingénieur et un projet architectural accompagné d’un rapport en école d’architecture. « Mémoire » peut désigner un travail de recherche, un écrit professionnel ou un portfolio. Certains textes, comme celui de la HMONP, n’emploient même pas le mot.
Comment vérifier que je lis un texte à jour ?
En consultant la version consolidée sur Légifrance, qui indique les modifications successives. Plusieurs diplômes professionnels ont été réécrits entre 2022 et 2026, et deux ont changé de nom à cette occasion, si bien que les pages les mieux référencées décrivent souvent un régime abrogé.
Quelles questions poser en début de formation ?
Quelle autorité délivre le diplôme, quel est le texte de référence et sa date de dernière modification, quelle mécanique d’évaluation s’applique, et qui siège au jury. Ces quatre réponses se demandent au secrétariat pédagogique et évitent l’erreur la plus coûteuse : appliquer les codes d’une autorité à un diplôme qui relève d’une autre.
