Mon Master en chiffres : 2,6 millions de candidatures, 258 289 candidats, 144 885 acceptations — ce que les données officielles disent vraiment (2026)

Chaque printemps, les mêmes gros titres : « des millions de candidatures sur Mon Master », « la plateforme saturée ». Et chaque printemps, la même confusion entre trois nombres qui ne mesurent pas la même chose. Le ministère de l’Enseignement supérieur publie pourtant un jeu de données officiel — fr-esr-mon_master, sur son portail open data — qui permet de savoir exactement de quoi on parle. Nous l’avons interrogé (données des campagnes 2024 et 2025, dernière mise à jour du jeu : 4 décembre 2025). Voici les chiffres, leurs évolutions, et les pièges de lecture.

Les chiffres officiels, session par session

Session 2024 Session 2025
Candidats (ayant confirmé au moins une candidature) 234 513 258 289
Formations proposées 8 090 8 167
Candidatures en phase principale 2 266 706 2 643 131
Candidatures en phase complémentaire 163 751 185 361
Acceptations d’une proposition sur la plateforme 139 563 144 885

Les quatre premières lignes sont les totaux annoncés par la documentation officielle du jeu de données ; la dernière est la somme des acceptations enregistrées formation par formation dans le fichier — notre calcul, dont le total se recoupe avec les données publiées ligne à ligne.

Entonnoir entre les millions de candidatures Mon Master et les acceptations finales
2,6 millions de candidatures, 258 289 candidats, 144 885 acceptations : trois étages d’un même entonnoir.

La confusion n° 1 : candidatures ≠ candidats

2 643 131 candidatures en phase principale 2025, ce n’est pas 2,6 millions d’étudiants : c’est 258 289 candidats qui ont déposé en moyenne une dizaine de candidatures chacun (10,2 en 2025, contre 9,7 en 2024 — notre calcul à partir des totaux officiels). Le chiffre spectaculaire mesure d’abord le fonctionnement de la plateforme — candidater à plusieurs formations est la norme — pas une « demande » multipliée. Toute phrase du type « 2,6 millions d’étudiants veulent un master » est fausse d’un facteur dix.

La confusion n° 2 : acceptation sur la plateforme ≠ inscription en master

144 885 acceptations en 2025 ne signifie pas que seuls 144 885 candidats ont poursuivi en master. Le jeu de données décrit ce qui se passe sur la plateforme : des candidats acceptent une proposition puis s’inscrivent ailleurs, d’autres entrent en master par des voies hors plateforme, d’autres encore renoncent après acceptation. À l’inverse, un candidat sans proposition en phase principale a pu aboutir en phase complémentaire — 185 361 candidatures y ont été déposées en 2025, en hausse de 13 % sur 2024. La donnée mesure le processus d’admission, pas les effectifs de rentrée : pour les effectifs, c’est une autre source (les inscriptions universitaires) qu’il faut citer.

La confusion n° 3 : la moyenne nationale ≠ votre mention

En rapportant les acceptations aux candidats, on obtient un ordre de grandeur national — mais le jeu de données montre surtout d’énormes écarts entre formations : il détaille, pour chacune des 8 167 formations, le nombre de candidats, de classés, de propositions et d’acceptations, le rang du dernier appelé, la part de candidats venant de licence générale ou professionnelle. Deux mentions du même nom dans deux universités peuvent vivre deux réalités sans rapport. Si vous préparez une candidature, la seule lecture utile est celle de vos formations cibles, ligne à ligne.

Étudiant comparant les données de deux sessions de candidature en master
La moyenne nationale rassure ou effraie ; la ligne de votre formation informe.

Comment lire une ligne du fichier

Chaque ligne du jeu de données décrit une formation pour une session, à travers une chaîne de variables qui raconte l’entonnoir complet. D’abord l’identité : établissement, académie, région, mention, parcours, discipline, alternance ou non. Puis la demande : nombre de candidats en phase principale et complémentaire, avec leur origine — licence générale, licence professionnelle, BUT, déjà titulaires d’un master, non-inscrits dans le supérieur l’année précédente — et la part de femmes à chaque étape. Puis la décision : candidats classés, propositions envoyées, rang du dernier appelé par phase. Enfin l’issue : acceptations, ventilées selon les mêmes origines.

Cette granularité permet des questions fines que les gros titres écrasent : dans telle mention, les diplômés de licence professionnelle sont-ils classés à proportion de leur présence parmi les candidats ? Le rang du dernier appelé s’est-il allongé entre 2024 et 2025 — signe de désistements en chaîne ? La part de femmes se déforme-t-elle entre candidature et acceptation ? Chacune de ces questions se traite en quelques filtres, sans une ligne de code.

Ce que les évolutions 2024 → 2025 disent

D’une session à l’autre : +23 776 candidats (+10 %), +77 formations, +376 425 candidatures en phase principale (+17 %), +5 322 acceptations (+4 %). La demande croît plus vite que l’offre et que les admissions — chaque candidat dépose davantage de vœux, et la sélectivité apparente augmente mécaniquement. Pour un candidat 2026, la conséquence pratique n’est pas « c’est perdu », mais « la stratégie de liste compte » : diversifier réellement les formations visées, et anticiper la phase complémentaire comme une phase à part entière plutôt qu’une session de rattrapage — son fonctionnement est détaillé dans le fonctionnement de Mon Master et ses alternatives, son calendrier dans le calendrier Mon Master 2026-2027, et les recours après refus dans les recours en phase complémentaire.

Utiliser ce jeu de données dans un mémoire ou un dossier

Le fichier est ouvert, documenté et interrogeable en ligne : 16 257 lignes (une par formation et par session), des dizaines de variables, téléchargeables ou requêtables par l’API du portail — la méthode pour compter sans programmer est dans l’interrogation d’un jeu de données par l’URL. Trois usages solides : documenter la sélectivité d’un champ disciplinaire (les variables détaillent candidats et acceptations par discipline), étudier les écarts territoriaux (académie et région figurent dans le fichier), suivre une mention dans le temps entre 2024 et 2025. Et une règle transversale : datez votre extraction et distinguez chiffre publié et calcul personnel — le réflexe de tout travail sur source vivante, détaillé dans le tableau d’orientation des sources publiques.

Ouvrez votre mémoire dans Tesify si ces données deviennent votre matériau : le cadrage chiffré en introduction, vos calculs en méthode — et chaque phrase reste la vôtre.

Questions fréquentes

Où se trouve le jeu de données exactement ?

Sur le portail open data du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (data.enseignementsup-recherche.gouv.fr), sous l’identifiant fr-esr-mon_master : « MonMaster 2024 & 2025 — vœux de poursuite d’études et de réorientation en master et réponses des établissements ». Il est téléchargeable et interrogeable sans compte.

Les chiffres de la session 2026 sont-ils disponibles ?

Pas encore dans ce jeu de données à la date où nous écrivons (12 août 2026) : il couvre les campagnes 2024 et 2025, avec une dernière mise à jour le 4 décembre 2025. Les données 2026 y seront vraisemblablement ajoutées après la clôture complète de la campagne — vérifiez la date de mise à jour du jeu avant de citer.

Combien de vœux par candidat en moyenne ?

En rapportant les candidatures de phase principale aux candidats : environ 10,2 en 2025 et 9,7 en 2024 (nos calculs à partir des totaux officiels). La hausse du volume de candidatures tient donc autant au comportement de candidature qu’au nombre de candidats.

Peut-on connaître le « taux d’admission » d’une formation précise ?

Le fichier donne, par formation : candidats, classés, propositions, acceptations et rang du dernier appelé. Vous pouvez en tirer des ratios — en gardant à l’esprit qu’une acceptation sur la plateforme n’est pas une inscription, et que le rang du dernier appelé dépend des désistements. Citez la variable exacte que vous utilisez.

Ces données disent-elles quelles formations sont « les meilleures » ?

Non. La sélectivité mesure la rareté des places rapportée à la demande, pas la qualité pédagogique ni l’insertion professionnelle. Pour l’insertion, le ministère publie d’autres jeux (enquêtes d’insertion des diplômés de master) — ne faites pas dire à un fichier d’admission ce qu’il ne mesure pas.

Lisez la ligne de vos formations, datez vos chiffres, distinguez les trois étages de l’entonnoir — et si ce fichier devient votre terrain de mémoire, rédigez-le avec Tesify, avec vos propres mots.

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