Si votre mémoire touche à la prévention, à l’éducation thérapeutique, à l’addictologie ou à l’accompagnement au changement — arrêt du tabac, activité physique, observance, alimentation — un modèle s’impose presque de lui-même : le modèle transthéorique de Prochaska et DiClemente, dit « des stades de changement ». Il a un avantage rare pour un travail en français : la Haute Autorité de santé l’a formalisé dans un outil officiel, ce qui vous donne une source institutionnelle française à citer à côté des articles fondateurs. Voici les stades dans la formulation de la HAS, ce que le modèle affirme vraiment, et la méthode pour qu’il travaille dans votre mémoire.
Ce que le modèle affirme
L’idée centrale : le changement de comportement n’est pas une décision binaire mais un processus par étapes. Une personne ne passe pas de « fumeur sans intention d’arrêter » à « abstinent » en un saut ; elle traverse une série de stades de motivation, et — c’est le point décisif — l’intervention efficace n’est pas la même à chaque stade. La HAS le résume ainsi : pour accompagner une personne dans son désir de changement, il faut tenir compte du stade où elle se trouve ; à chaque étape correspondent des modes d’intervention adaptés.

Les stades, dans la formulation de la HAS
L’outil publié par la HAS en octobre 2014, en annexe de sa recommandation de bonne pratique sur l’arrêt du tabac, décrit les étapes ainsi — dans le contexte du sevrage tabagique, transposables à d’autres comportements :
- La pré-intention : le sujet n’a aucune pensée de changement — il ne se sent pas concerné.
- L’intention : il pense à changer, sans échéance concrète.
- La préparation : la décision est prise, il planifie le passage à l’acte.
- L’action : il est activement engagé dans le changement.
- Le maintien : le changement est accompli, mais la vigilance reste nécessaire face à la rechute — jusqu’à la sortie durable du cycle.
La rechute n’est pas un stade honteux hors du modèle : elle fait partie du cycle. Le schéma de la HAS la représente comme un retour possible vers les stades antérieurs, d’où l’image de la « roue » de Prochaska. Pour un mémoire, ce point change l’interprétation des données : une rechute observée chez un participant n’est pas un échec de l’accompagnement, c’est un mouvement dans le cycle — qui appelle une intervention de re-mobilisation, pas la même qu’en préparation.
Les références fondatrices à citer à côté de la source HAS : les travaux de Prochaska et collaborateurs des années 1990 (notamment 1992 et 1997), que la HAS mentionne explicitement comme assise de son outil.
Du stade à l’intervention : la logique d’appariement
Le cœur opérationnel du modèle tient dans l’appariement stade-intervention, et c’est lui que votre mémoire doit mettre à l’épreuve. Face à une personne en pré-intention, l’intervention pertinente n’est pas le plan d’action mais l’information et la prise de conscience : proposer un calendrier d’arrêt à quelqu’un qui ne se sent pas concerné produit du rejet, pas du changement. En intention, le travail porte sur la balance décisionnelle — faire pencher les bénéfices perçus. En préparation, on co-construit le plan concret : date, moyens, soutiens. En action, on soutient et on outille ; en maintien, on prévient la rechute en repérant les situations à risque.
Cette logique donne à votre mémoire un critère d’évaluation immédiat : l’adéquation. Un dispositif, une consultation, une campagne peuvent être jugés non pas dans l’absolu, mais sur leur capacité à proposer à chaque personne l’intervention de son stade. C’est une grille d’analyse exigeante et facile à défendre, parce qu’elle découle du modèle lui-même et non de votre opinion.
Ce que le modèle change concrètement dans un mémoire
1. Il transforme votre question. « Pourquoi les patients ne suivent-ils pas les conseils ? » devient « à quel stade se trouvent-ils, et l’intervention proposée est-elle adaptée à ce stade ? ». C’est une question de mémoire infiniment plus productive : elle se décline en variables, en grille d’entretien, en critères d’analyse.
2. Il structure le recueil. En quantitatif, le stade devient une variable de classement des répondants. En qualitatif, le guide d’entretien explore les marqueurs de stade (perception du problème, échéance, tentatives passées) avant d’explorer le vécu — le guide de l’entretien semi-directif donne la mécanique, le modèle donne le contenu.
3. Il structure l’analyse. Vos résultats se lisent stade par stade : que disent les personnes en pré-intention ? En quoi leurs freins diffèrent-ils de ceux des personnes en préparation ? Les actions du dispositif étudié visent-elles le stade réellement majoritaire dans le public touché ? Beaucoup de mémoires découvrent ici leur résultat principal : un dispositif calibré pour « l’action » qui s’adresse à un public massivement en pré-intention.

Ouvrez votre mémoire dans Tesify et déclinez les stades en sections d’analyse : le vocabulaire du modèle traverse le cadre théorique, la méthode et la discussion — et chaque phrase reste la vôtre.
Les contresens qui coûtent des points
Le modèle-escalier. Présenter les stades comme une progression linéaire obligatoire trahit le modèle : le cycle admet les allers-retours, et la rechute en fait partie. Si votre schéma est une flèche montante, votre jury corrigera.
Le classement sauvage. Assigner un stade à vos enquêtés « à l’intuition » fragilise tout le reste. Explicitez vos critères de classement — idéalement à partir des définitions de la HAS ou d’un algorithme publié — et assumez les cas ambigus dans vos limites.
Le modèle décoratif. Si les stades n’apparaissent ni dans votre guide d’entretien, ni dans votre analyse, le modèle n’était pas votre cadre. Le test — supprimez le nom du modèle : vos résultats changent-ils ? — et la parade sont détaillés dans le choix d’un modèle théorique utilisable.
L’oubli du périmètre. Le modèle décrit le changement de comportements individuels. Si votre question porte sur l’implantation d’un dispositif dans une organisation, le cadre pertinent est ailleurs — voyez le cadre CFIR ; si elle porte sur la portée d’une action de prévention, c’est RE-AIM.
Exemples de problématiques par filière
- IFSI / TFE : en quoi l’entretien infirmier d’accueil repère-t-il le stade de changement du patient tabagique hospitalisé, et avec quels effets sur le conseil délivré ?
- Éducation thérapeutique : les ateliers d’un programme ETP diabète s’adressent-ils au stade réel des participants, mesuré à l’inclusion ?
- STAPS / activité physique adaptée : quels marqueurs de passage de l’intention à la préparation chez des patients en réhabilitation cardiaque ?
- Travail social / addictologie : comment les professionnels d’un CSAPA ajustent-ils leur accompagnement au stade perçu — et ce stade perçu correspond-il au stade déclaré par l’usager ?
Questions fréquentes
Combien de stades faut-il citer : cinq ou six ?
Les présentations varient : l’outil de la HAS décrit cinq étapes (pré-intention, intention, préparation, action, maintien) avec la rechute figurée dans le cycle, et certaines versions du modèle ajoutent la sortie définitive (« terminaison »). Choisissez une présentation, citez sa source, et tenez-la dans tout le mémoire.
Existe-t-il un questionnaire validé pour mesurer le stade ?
Des algorithmes de classement et des échelles existent dans la littérature, souvent spécifiques à un comportement (tabac, activité physique). Si vous en utilisez un, citez l’étude de validation — et si vous classez à partir d’entretiens, expliquez vos critères. Ne bricolez pas un score maison sans le dire ; les règles de réutilisation d’un instrument sont détaillées dans l’adoption d’une échelle validée.
Le modèle est-il critiqué ?
Oui, comme tout modèle très utilisé : la littérature discute la validité des frontières entre stades et l’efficacité comparée des interventions « sur mesure ». Mentionner ces débats en une ou deux références dans votre discussion renforce le mémoire — l’ignorer l’affaiblit.
Puis-je l’utiliser hors santé ?
Le modèle est né en tabacologie mais décrit un mécanisme générique de changement de comportement individuel : il s’applique en éducation, en environnement (tri, mobilité), en management du changement individuel. Gardez la prudence d’usage : plus vous vous éloignez des terrains validés, plus votre discussion doit le signaler.
Quelle est la meilleure source française à citer ?
L’outil « Modèle transthéorique des changements de comportements de Prochaska et DiClemente » publié par la HAS (octobre 2014) en annexe de sa recommandation sur l’arrêt du tabac : c’est une formalisation institutionnelle, courte, datée et citable — le complément idéal des articles originaux de Prochaska et collaborateurs.
Repérez le stade, adaptez l’intervention, documentez le cycle — et rédigez votre mémoire avec Tesify : la structure suit le modèle, les mots restent les vôtres.
