Méthodologie d’une thèse en volcanologie, biodiversité ou santé tropicale à La Réunion (2026)
Préparer une thèse de doctorat en sciences naturelles à La Réunion offre un cadre de recherche exceptionnel : un volcan bouclier parmi les plus actifs de la planète, une biodiversité endémique dense, et des pathogènes tropicaux qui font l’objet d’une surveillance épidémiologique de niveau international. Mais la méthodologie d’une thèse en volcanologie, biodiversité ou santé tropicale à La Réunion ne s’improvise pas. Elle s’inscrit dans des laboratoires aux protocoles établis, des structures fédératives de recherche, et un cadre réglementaire strict — autorisations de terrain, comités d’éthique, déclarations RGPD pour les données médicales.
Ce guide présente les trois grandes filières de recherche scientifique à l’UR et les spécificités méthodologiques de chacune, pour aider les futurs doctorants à anticiper les démarches dès leur candidature.
1. Architecture de la recherche scientifique à l’UR
L’Université de La Réunion organise sa recherche scientifique autour de plusieurs structures fédératives et unités mixtes de recherche (UMR) qui mutualisent les équipements, les financements et les partenariats institutionnels.
L’OSU-Réunion (Observatoire des Sciences de l’Univers de La Réunion) est la structure fédérative qui regroupe plusieurs laboratoires autour des sciences de la Terre, de l’atmosphère et de l’océan. Il est scientifiquement associé à l’IPGP (Institut de Physique du Globe de Paris) pour ce qui concerne la surveillance volcanique.
Les thèses en sciences naturelles à l’UR sont majoritairement inscrites à l’École Doctorale Sciences, Technologies, Santé (ED 543), qui couvre la physique, la chimie, les sciences de la Terre, les sciences du vivant et la santé. Les thèses en SHS relèvent de l’ED 541.
2. Volcanologie et géosciences : le LGSR et l’OVPF
Le Laboratoire GéoSciences Réunion (LGSR) est intégré dans l’UMR 7154 de l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP). Il a été créé en 1984, lors de la fondation de l’Université de La Réunion, et est situé sur le campus universitaire de Saint-Denis. Ses axes de recherche couvrent :
- Volcanologie : structure, histoire éruptive et risques des volcans boucliers — le Piton de la Fournaise constitue le terrain d’étude principal.
- Géophysique / sismologie : dynamique du point chaud de La Réunion et imagerie des profondeurs.
- Hydrogéologie : cycle de l’eau en milieu volcanique insulaire et tropical.
Spécificités méthodologiques
Une thèse en volcanologie à La Réunion mobilise des méthodes de terrain et d’instrumentation précises :
- Mesures géophysiques in situ : sismomètres, inclinomètres, GPS différentiel, capteurs de déformation, relevés gravimètriques.
- Cartographie de lave et morphologie éruptive : drones, LiDAR, télédétection satellitaire (Sentinel, COSMO-SkyMed).
- Géochimie des gaz et des roches : prélèvements en zone éruptive, analyses en laboratoire (spectrométrie de masse, fluorescence X).
L’accès aux zones actives du Piton de la Fournaise est coordonné avec l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), antenne réunionnaise de l’IPGP. Toute activité de terrain en zone à risque nécessite une autorisation préfectorale et une coordination avec l’OVPF, qui gère la surveillance en temps réel de l’activité volcanique. Les protocoles de sécurité terrain doivent figurer explicitement dans le chapitre méthodologique de la thèse.
Pour des informations à jour sur les accès de terrain, consulter directement le site du LGSR à l’UFR Sciences et Technologies.
3. Biodiversité et bioagresseurs tropicaux : l’UMR PVBMT
L’UMR PVBMT (Peuplements Végétaux et Bioagresseurs en Milieu Tropical) est une unité mixte de recherche CIRAD / Université de La Réunion fondée en 2003. Elle est localisée au Centre de Protection des Plantes (3P) à Saint-Pierre, dans le Sud de l’île. Son périmètre couvre :
- La protection des cultures tropicales contre les ravageurs, maladies et adventices.
- La conservation des forêts natives et la gestion des espèces invasives.
- La génomique et l’épidémiologie des agents pathogènes émergents des agrosystèmes tropicaux.
Spécificités méthodologiques
Les thèses au PVBMT combinent généralement :
- Prospections de terrain : collecte d’insectes, de champignons pathogènes, d’échantillons végétaux selon des protocoles d’échantillonnage stricts.
- Analyses moléculaires : séquençage ADN/ARN, phylogénétique, barcoding moléculaire.
- Modélisation spatiale : cartographie des distributions d’espèces, modèles de distribution potentielle (MaxEnt, BioMod).
- Expérimentations en conditions contrôlées : serres, cages d’élevage d’insectes, inoculations contrôlées.
Les collectes d’espèces protégées ou dans des zones du Parc National de La Réunion nécessitent des autorisations spécifiques délivrées par la DREAL Réunion (Direction Régionale de l’Environnement) ou le Parc National. Ces démarches peuvent prendre plusieurs semaines et doivent être anticipées dès la rédaction du projet de thèse.
Pour des informations sur les axes de recherche actuels, consulter la page PVBMT à l’UFR Sciences et Technologies.
4. Santé tropicale et maladies infectieuses : l’UMR PIMIT
L’UMR PIMIT (Processus Infectieux en Milieu Insulaire Tropical) est une unité multi-tutelles associant l’Université de La Réunion, l’INSERM (U1187), le CNRS (9192) et l’IRD (249). Créée en 2015, elle résulte de la fusion du GIS CRVOI (Centre de Recherche et de Veille sur les Maladies Émergentes dans l’Océan Indien, lui-même né en 2007 en réponse à l’épidémie explosive de chikungunya de 2006) et de l’équipe EA4517 GRI. Elle est localisée sur la plateforme CYROI à Saint-Denis.
Ses axes de recherche portent sur :
| Domaine | Maladies / Agents étudiés |
|---|---|
| Arboviroses | Chikungunya, dengue, Zika, virus transmis par Aedes albopictus |
| Infections zoonotiques | Leptospirose, maladies à tiques et puces |
| Infections respiratoires | Infections à potentiel épidémique en contexte insulaire |
| Immunopathologie | Réponses immunitaires aux infections tropicales |
Spécificités méthodologiques
Les thèses au PIMIT mobilisent :
- Surveillance épidémiologique : données de sentinelle, Cire OI (Cellule d’Intervention en Région de Santé Publique France Océan Indien), cohortes de patients.
- Entomologie médicale : piégeage, comptage et analyses de compétence vectorielle des moustiques.
- Biologie moléculaire et immunologie : ELISA, PCR, neutralisation virale, cytométrie de flux.
- Modélisation épidémiologique : modèles compartimentaux (SIR, SEIR), analyse spatiale des foyers.
Pour l’historique complet du laboratoire et sa présentation officielle, voir la page PIMIT — Historique.
- LGSR — Laboratoire GéoSciences Réunion (UMR 7154/IPGP) — volcanologie, géophysique, hydrogéologie ; terrain principal : Piton de la Fournaise.
- PVBMT — Peuplements Végétaux et Bioagresseurs en Milieu Tropical (UMR CIRAD/UR) — biodiversité tropicale, protection des cultures, espèces invasives ; basé à Saint-Pierre (3P).
- PIMIT — Processus Infectieux en Milieu Insulaire Tropical (INSERM U1187/CNRS 9192/IRD 249/UR) — arboviroses (chikungunya, dengue, Zika), leptospirose, immunopathologie ; plateforme CYROI, Saint-Denis.
5. Éthique et réglementation pour les thèses scientifiques
Les obligations éthiques varient selon la discipline et le type de données collectées.
Recherche médicale impliquant des personnes (PIMIT)
Toute recherche portant sur des personnes humaines à des fins biomédicales est soumise à la loi Jardé (2012) et nécessite un avis préalable du Comité de Protection des Personnes (CPP), même pour les études observationnelles non interventionnelles. Le CHU de La Réunion est le partenaire hospitalier principal pour les cohortes et les prélèvements cliniques.
Les données médicales collectées sont soumises au RGPD (article 9 : données sensibles relatives à la santé). La déclaration au DPD de l’UR est obligatoire avant toute collecte. Pour les aspects éthiques et RGPD détaillés, voir le guide sur l’éthique de la recherche outre-mer et RGPD.
Terrain en zone naturelle protégée (PVBMT, LGSR)
Les collectes en zones du Parc National de La Réunion, les prélèvements de roches dans les zones actives du Piton de la Fournaise et les captures d’espèces faisant l’objet d’une protection nationale ou européenne requièrent des autorisations administratives spécifiques. Ces démarches doivent être intégrées dans le calendrier de la thèse dès la première année.
Données RGPD dans les thèses scientifiques
Même dans les disciplines dites « dures », les données de terrain peuvent impliquer des personnes (enquêtes sur les comportements de santé, données d’élevage avec identifiants d’exploitants). Le principe de minimisation des données (ne collecter que ce qui est nécessaire) et la pseudonymisation s’appliquent. Pour les questions méthodologiques liées aux enquêtes en contexte réunionnais, voir l’article sur la méthodologie en contexte créole et insulaire.
6. Rédiger le chapitre méthodologique d’une thèse scientifique
Le chapitre méthodologique d’une thèse en sciences naturelles à La Réunion doit impérativement décrire :
- Le cadre institutionnel : laboratoire d’accueil, partenariats, financements (ANR, collectivités, contrats CIRAD).
- Les sites de terrain : localisation précise, conditions d’accès, autorisations obtenues, protocoles de sécurité.
- Les protocoles d’échantillonnage ou de mesure : taille d’échantillon, réplication, périodicité, contrôles.
- Les instruments et techniques analytiques : marques, modèles, paramètres, étalonnage.
- Le traitement et l’analyse des données : logiciels (R, Python, MATLAB), tests statistiques, seuils de significativité.
- Les limites méthodologiques : biais potentiels, contraintes terrain (météo, accès saisonnier), limites de détection.
Cette structure diffère significativement du chapitre méthodologique d’une thèse en SHS, qui met davantage l’accent sur la posture épistémologique et la relation enquêteur-enquêté. Pour la construction globale d’un protocole de recherche, consultez le guide comment construire un protocole de recherche pour son mémoire.
Questions fréquentes
Quelle école doctorale accueille les thèses en sciences à l’Université de La Réunion ?
Les thèses en sciences naturelles, sciences de la vie et santé sont rattachées à l’École Doctorale Sciences, Technologies, Santé (ED 543). Les thèses en sciences humaines et sociales relèvent de l’ED 541 Sciences de l’Homme et de la Société. L’inscription se fait via l’UR pour les deux écoles doctorales.
Faut-il un avis CPP pour une thèse en santé tropicale à La Réunion ?
Oui, si la thèse implique des recherches sur des personnes humaines à des fins médicales. La loi Jardé (2012) impose un avis préalable du Comité de Protection des Personnes (CPP), y compris pour les études observationnelles non interventionnelles. Anticiper ce délai dès la première année de thèse.
Le Piton de la Fournaise est-il accessible librement pour des mesures de terrain ?
Non. L’accès aux zones péri-volcaniques est réglementé par la Préfecture de La Réunion et le Parc National selon le niveau d’activité. Les doctorants réalisant des mesures de terrain doivent obtenir des autorisations préfectorales et travailler en coordination avec l’OVPF (Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise, antenne de l’IPGP).
Quelles sont les contraintes éthiques spécifiques aux études sur les arboviroses à La Réunion ?
Les études impliquant des participants humains (cohortes, prélèvements biologiques) relèvent de la loi Jardé et nécessitent un avis CPP. L’anonymisation des données épidémiologiques est particulièrement critique dans des zones géographiques restreintes où un foyer d’infection peut identifier des domiciles précis. Les données de santé sont des données sensibles au sens de l’article 9 du RGPD.
Conclusion
La recherche scientifique à La Réunion offre des terrains d’exception — un volcan actif, une biodiversité insulaire unique, des arboviroses tropicales en évolution constante — mais elle exige une anticipation rigoureuse des protocoles de terrain, des autorisations administratives et des obligations éthiques et réglementaires. Identifier le bon laboratoire d’accueil (LGSR, PVBMT ou PIMIT) et construire un protocole méthodologique conforme dès le projet de thèse sont les deux conditions d’une thèse scientifique réussie à l’UR. Pour les aspects éthiques transversaux, consultez le guide sur l’éthique de la recherche outre-mer et RGPD.
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