MBI, CBI ou ProQOL : quel outil pour un mémoire sur l’épuisement professionnel des soignants ? (2026)

Quel outil choisir pour un mémoire sur l’épuisement professionnel des soignants ? Trois instruments reviennent presque toujours : le Maslach Burnout Inventory (MBI), le Copenhagen Burnout Inventory (CBI) et le ProQOL, qui mesure la qualité de vie professionnelle des aidants. Ils ne mesurent pas exactement la même chose, ne s’obtiennent pas aux mêmes conditions et n’ont pas la même histoire en français. Ce comparatif donne d’abord le tableau et la recommandation, puis le détail de chaque outil à partir de ses références publiées : les données ont été vérifiées dans les articles de validation, sur les pages officielles des instruments et dans la définition de l’Organisation mondiale de la santé.

Le tableau comparatif en un coup d’œil

Critère MBI CBI ProQOL 5
Référence principale Maslach et Jackson (1981), Journal of Organizational Behavior, 2(2), 99-113 Kristensen, Borritz, Villadsen et Christensen (2005), Work & Stress, 19(3), 192-207 Stamm, échelle de qualité de vie professionnelle, version 5
Ce qu’il mesure Trois dimensions : épuisement émotionnel, dépersonnalisation, accomplissement personnel (version services humains) Trois échelles : épuisement personnel, lié au travail, lié aux clients Satisfaction de compassion, burnout, stress traumatique secondaire
Version pour le personnel de santé MBI-HSS (MP), formulaire pour le personnel médical (Mind Garden) Validé auprès d’employés des services humains (étude PUMA) Destiné aux professionnels de l’aide
Version française Validation de Dion et Tessier (1994) auprès de travailleuses de garderie et d’infirmières québécoises Utilisé dans une étude de 2025 sur la population générale française Traduction française en PDF sur le site officiel
Accès Instrument sous licence, obtenu auprès de l’éditeur Mind Garden À vérifier auprès des auteurs avant usage Diffusé par ses auteurs sur le site officiel, copyright du Center for Victims of Torture

Notre recommandation en bref. Choisissez le MBI si votre université dispose d’une licence ou si vous souhaitez vous comparer à la littérature, qui l’utilise le plus. Choisissez le CBI si vous voulez distinguer l’épuisement lié au travail de celui lié aux patients. Choisissez le ProQOL si votre question porte sur la compassion et la souffrance liée au soin plutôt que sur l’épuisement seul.

D’abord, de quoi parle-t-on ? La définition à citer

Avant de comparer des outils, fixez le concept. L’Organisation mondiale de la santé, dans la onzième révision de la Classification internationale des maladies, définit le burn-out comme un syndrome conceptualisé comme résultant d’un stress chronique en milieu de travail qui n’a pas été géré avec succès. Elle lui associe trois dimensions : des sentiments d’épuisement de l’énergie, un accroissement de la distance mentale vis-à-vis de son travail ou des sentiments de négativisme ou de cynisme à son égard, et une efficacité professionnelle réduite. L’OMS précise que le terme ne doit pas être utilisé pour décrire des expériences dans d’autres domaines de la vie : il se rapporte au contexte professionnel.

Cette définition a une conséquence pour votre mémoire : un outil qui mesure l’épuisement « en général » ne suffit pas, il faut un outil dont les dimensions correspondent à celles que vous citez. Elle vous rappelle aussi qu’un questionnaire mesure des symptômes déclarés et qu’il ne pose pas un diagnostic médical. Pour les modèles qui expliquent les facteurs de risque, voyez notre comparatif Karasek ou Siegrist.

Le MBI : la référence historique, sous licence

Christina Maslach et Susan Jackson présentent leur échelle en 1981 dans le Journal of Organizational Behavior (volume 2, numéro 2, pages 99 à 113). Elle a été administrée à un large éventail de professionnels des services humains. Trois sous-échelles ressortent des analyses : épuisement émotionnel, dépersonnalisation et accomplissement personnel. Les auteurs concluent que l’échelle présente une fidélité et une validité élevées.

L’éditeur Mind Garden décrit plusieurs versions du MBI : la version pour les services humains (22 items), une version adaptée au personnel médical, qui parle de « patients » au lieu de « bénéficiaires », une version pour les enseignants (22 items) et une version générale de 16 items, dont les dimensions sont l’épuisement, le cynisme et l’efficacité professionnelle. Pour un mémoire en soins infirmiers, la version destinée au personnel médical est la plus pertinente. L’éditeur renvoie vers chaque formulaire pour les conditions d’achat et d’utilisation : renseignez-vous avant de bâtir votre protocole, car l’accès à l’instrument et le droit de le reproduire dans votre annexe en dépendent. Demandez à votre directeur si votre établissement dispose d’une licence.

Version française. Dion et Tessier ont publié en 1994, dans la Revue canadienne des sciences du comportement (volume 26, numéro 2, pages 210 à 227), la validation de la traduction française de l’inventaire auprès de deux échantillons, 260 travailleuses de garderie et 123 infirmières québécoises. Ils rapportent des indices de cohérence interne, de stabilité, de validité factorielle et de validité convergente favorables. Pour un mémoire francophone, c’est la référence à citer, en précisant qu’elle porte sur un contexte québécois.

Le CBI : pensé en réponse aux critiques du MBI

Kristensen et ses collègues constatent en 2005 que la grande majorité des études sur le burnout utilisent le MBI. Ils critiquent l’outil sur plusieurs points et proposent le Copenhagen Burnout Inventory, publié dans Work & Stress (volume 19, numéro 3, pages 192 à 207). Le CBI comprend trois échelles : épuisement personnel, épuisement lié au travail et épuisement lié aux clients, utilisables dans des domaines différents. La validation s’appuie sur l’étude prospective PUMA, menée auprès d’employés du secteur des services humains (1 914 personnes à l’inclusion). Les trois échelles montrent une fidélité interne très élevée, discriminent bien les groupes professionnels et prédisent plus tard l’absence pour maladie, les troubles du sommeil, la consommation d’antidouleurs et l’intention de quitter son emploi.

L’intérêt du CBI pour un mémoire infirmier est la sous-échelle liée aux clients, qui permet de distinguer l’épuisement que l’on attribue au travail en général de celui que l’on attribue aux patients. Pour la France, une étude de 2025, parue dans Mental Health Science (volume 3, numéro 2), compare le MBI et le CBI dans la population générale française : l’épuisement émotionnel du MBI est fortement associé aux dimensions du CBI, et la perception d’épuisement au travail est plus fortement corrélée au CBI qu’au MBI (r = 0,408 contre 0,296). Lisez l’article pour connaître la version française utilisée avant de choisir la vôtre, et vérifiez auprès des auteurs les conditions d’usage.

Soignante au repos dans un couloir d'hôpital
Trois instruments, trois conceptions de l’épuisement : le choix découle de votre question.

Le ProQOL : compassion, burnout et stress traumatique secondaire

Le ProQOL, ou Professional Quality of Life, est destiné aux professionnels de l’aide. Son site officiel indique que la version 5 est la plus récente et qu’elle est disponible sans achat de licence ; le copyright appartient au Center for Victims of Torture. Il y distingue la satisfaction de compassion, le burnout et le stress traumatique secondaire. La page officielle propose une trentaine de traductions, dont une version française de la version 5 au format PDF. Ces trois dimensions conviennent aux mémoires qui s’intéressent à des soignants exposés à la souffrance des patients (soins palliatifs, urgences, oncologie) : elles permettent de parler de ce que le travail apporte (la satisfaction de compassion) autant que de ce qu’il coûte.

Attention toutefois : le « burnout » du ProQOL est l’une de ses trois dimensions, et sa conception n’est pas identique à celle du MBI. Si votre mémoire porte précisément sur le burnout au sens de l’OMS, justifiez le choix d’un outil dont c’est une sous-échelle. Consultez la page officielle pour la version à jour et la procédure de citation.

Comment choisir selon votre question de recherche ?

  • Vous voulez comparer vos résultats à la littérature internationale : le MBI, parce que la majorité des études l’ont utilisé, d’après les auteurs du CBI.
  • Vous voulez isoler ce qui vient du travail et ce qui vient des patients : le CBI, grâce à ses trois échelles.
  • Vous étudiez la compassion et ses effets : le ProQOL.
  • Vous n’avez pas de budget de licence : examinez le ProQOL, accessible sur le site officiel, puis les conditions du CBI, en demandant l’avis de votre directeur.
  • Vous voulez une version française validée : pour le MBI, la référence est Dion et Tessier (1994) ; pour les deux autres, documentez la version que vous utilisez et ses limites.

Quel protocole pour un mémoire auprès de soignants ?

Un questionnaire d’épuisement est une démarche sensible : les répondants parlent de leur état et de leur service. Anticipez trois points.

  • Accès et autorisation. Obtenez l’accord de la direction des soins ou du cadre de santé avant toute diffusion, et décrivez-le dans la méthode.
  • Anonymat. Un petit service rend un répondant identifiable : n’exigez pas de variables qui permettent de le reconnaître (âge exact, ancienneté exacte, poste précis) et regroupez les modalités.
  • Population et échantillon. Précisez les critères d’inclusion (diplôme, ancienneté, type de service). Notre guide sur l’échantillonnage en soins infirmiers détaille la démarche.

Pour l’analyse, calculez un score par dimension, vérifiez la fidélité dans votre échantillon (voir l’alpha de Cronbach avec SPSS), puis décrivez et comparez : par service, par ancienneté, par type de garde. N’utilisez pas les seuils d’une étude étrangère pour déclarer qu’un soignant est « en burnout » : ces seuils dépendent de la population de référence. Dion et Tessier eux-mêmes comparent les seuils calculés sur des échantillons québécois aux normes américaines, ce qui montre que la question de la population de référence se pose. Pour les modèles du travail qui servent de cadre, voyez aussi la matrice d’opérationnalisation en soins infirmiers.

Exemples d’hypothèses, à titre illustratif

  • Les infirmiers de nuit déclarent un épuisement émotionnel plus élevé que les infirmiers de jour.
  • La satisfaction de compassion est négativement associée au stress traumatique secondaire dans un service de soins palliatifs.
  • L’épuisement lié aux patients diffère de l’épuisement lié au travail selon le service d’exercice.

Ces hypothèses sont fictives. Elles montrent qu’un outil se choisit après la question, pas avant.

Trois questionnaires posés côte à côte avec une batterie, un cœur et un bloc-notes
Un questionnaire d’épuisement mesure des symptômes déclarés, il ne remplace pas un diagnostic.

Cinq erreurs fréquentes

  • Recopier les items depuis un site tiers. Obtenez l’instrument auprès de l’éditeur ou des auteurs, comme l’explique notre article sur l’adoption d’une échelle validée.
  • Utiliser l’outil d’un autre public. Vérifiez que la version correspond au personnel de santé.
  • Parler de diagnostic. Vous décrivez des scores, pas des maladies.
  • Appliquer des seuils étrangers sans les discuter. Justifiez la population de référence.
  • Oublier l’éthique. Information, consentement, anonymat et conservation des données.

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Foire aux questions

Quel est le meilleur outil pour mesurer le burn-out des infirmiers dans un mémoire ?

Il n’y a pas de meilleur outil absolu : le MBI permet la comparaison avec la littérature, le CBI distingue l’épuisement lié au travail de celui lié aux patients, le ProQOL mesure aussi la satisfaction de compassion.

Le MBI est-il disponible en français ?

Une validation de la traduction française a été publiée par Dion et Tessier en 1994 auprès de travailleuses de garderie et d’infirmières québécoises. Obtenez l’instrument auprès de l’éditeur.

Le MBI est-il utilisable sans licence dans un mémoire ?

L’instrument est distribué par l’éditeur Mind Garden, qui renvoie vers chaque formulaire pour les conditions d’achat et d’utilisation. Vérifiez-les, et demandez à votre directeur si votre établissement possède une licence.

Quelles sont les trois échelles du CBI ?

L’épuisement personnel, l’épuisement lié au travail et l’épuisement lié aux clients, selon Kristensen et ses collègues (2005).

Que mesure le ProQOL ?

La satisfaction de compassion, le burnout et le stress traumatique secondaire. Sa version 5 et une traduction française figurent sur le site officiel, qui précise le copyright.

Un score élevé signifie-t-il qu’un soignant est en burnout ?

Non, un questionnaire mesure des symptômes déclarés et ne pose pas de diagnostic. Évitez d’appliquer des seuils étrangers sans justifier la population de référence.

Comment l’OMS définit-elle le burn-out ?

Comme un syndrome résultant d’un stress chronique en milieu de travail qui n’a pas été géré avec succès, avec trois dimensions : épuisement, distance mentale ou cynisme, efficacité professionnelle réduite.

Faut-il l’avis d’un comité d’éthique pour interroger des soignants ?

Cela dépend de l’établissement et du protocole. Interrogez votre directeur et l’institution avant le recueil, informez les répondants et garantissez l’anonymat.

En résumé

Pour un mémoire sur l’épuisement professionnel des soignants, le MBI offre la comparabilité, le CBI la distinction entre épuisement lié au travail et aux patients, et le ProQOL la prise en compte de la compassion. Fixez le concept avec la définition de l’OMS, choisissez l’outil après la question, vérifiez ses conditions d’accès et sa version française, puis analysez des scores par dimension sans prétendre poser un diagnostic.

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