Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) en France 2025 : 86 900 étudiants, sélectivité et admission aux concours
Avec 86 900 étudiants inscrits à la rentrée 2024-2025, les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) françaises atteignent leur niveau le plus élevé depuis leur création il y a deux siècles. Ce bond de +5,5 % en une seule année — soit 4 500 étudiants supplémentaires — marque la fin de cinq ans de repli consécutifs (2018-2022) et d’une stabilisation en 2023. Pour un lycéen qui envisage la prépa, pour un parent qui cherche à comprendre l’entonnoir vers les grandes écoles, ou pour un acteur de l’orientation, ces données officielles publiées par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR-SIES) dessinent un paysage en pleine transformation.
Cette analyse décrypte les effectifs 2024-2025 filière par filière, la répartition femmes-hommes, la géographie des CPGE, la structure du vivier et, surtout, les taux d’admission aux grands concours — de Polytechnique à HEC Paris, en passant par Centrale-Supélec et l’ESSEC — pour donner une image précise du degré de sélectivité réel de ce système.
1. 86 900 étudiants : le rebond historique de 2024-2025
Le chiffre est sans ambiguïté : les CPGE françaises n’avaient jamais accueilli autant d’étudiants depuis leur création. La rentrée 2024-2025 enregistre 86 900 inscrits, contre 82 400 en 2023-2024, soit un gain net de 4 500 étudiants en douze mois. Ce +5,5 % constitue la plus forte hausse annuelle observée depuis plus d’une décennie.
Pour comprendre l’ampleur du retournement, il faut le replacer dans sa trajectoire longue. Entre 2018 et 2022, les effectifs ont reculé chaque année, portés par la démographie du secondaire, la concurrence croissante des licences sélectives et des écoles de commerce post-bac, et l’incertitude liée à la réforme du baccalauréat. La stabilisation de 2023 annonçait une inflexion ; la rentrée 2024 la confirme avec éclat.
| Rentrée | Effectifs totaux | Variation annuelle |
|---|---|---|
| 2018-2019 | ~85 500 | — |
| 2022-2023 | ~80 500 | Fin du repli |
| 2023-2024 | 82 400 | Stabilisation |
| 2024-2025 | 86 900 | +5,5 % |
Sources : Note Flash SIES n° 03 — février 2025, MESR ; Campus France — synthèse CPGE 2024-2025.
Ce rebond s’inscrit dans un contexte où les grandes écoles continuent de jouir d’une prime salariale significative à l’embauche, où les concours communs rationalisent l’accès aux filières, et où Parcoursup a rendu la procédure d’admission en CPGE plus lisible. Pour en savoir plus sur les taux d’admission dans l’ensemble des filières sélectives, consultez notre analyse Parcoursup 2025 en chiffres : taux d’admission par filière, sélectivité et inégalités territoriales.
2. Répartition par filière : scientifique, économique, littéraire
La domination de la filière scientifique est structurelle : six étudiants sur dix en CPGE suivent une prépa scientifique. À la rentrée 2024-2025, le détail par grande famille est le suivant :
| Filière | Étudiants | Part du total | Variation 2023→2024 |
|---|---|---|---|
| Scientifique (MP, PC, PSI, PT, BCPST, TSI, MPI…) | 54 000 | 62 % | +5,5 % |
| Économique et commerciale (ECG, ECS…) | 19 900 | 23 % | +8,3 % |
| Littéraire (BL, A/L, HK…) | 13 000 | 15 % | +2,7 % |
| Total | 86 900 | 100 % | +5,5 % |
La filière économique et commerciale enregistre la hausse la plus forte (+8,3 %), portée notamment par la réforme de la prépa ECG (anciennement EC) qui a unifié en 2021 les voies générale et technologique et renforcé la place des mathématiques et des sciences sociales. Cette attractivité retrouvée reflète aussi l’intérêt croissant des bacheliers pour les formations en management, data et finance proposées par les écoles du programme Banque Commune d’Épreuves (BCE).
La filière littéraire progresse plus modestement (+2,7 %), avec 13 000 étudiants. Elle prépare aux ENS, aux IEP et à certaines écoles de commerce par voie littéraire. Le réseau des khâgnes et hypokhâgnes reste valorisé pour les profils pluridisciplinaires en lettres, philosophie, histoire et langues.
Côté filière scientifique, la filière MPI (Mathématiques, Physique, Informatique), créée à la rentrée 2021 pour répondre aux besoins en numérique, continue de monter en puissance et capte des bacheliers NSI qui auraient pu s’orienter autrement.
3. Parité et genre : 40 % de femmes, des écarts persistants
Les femmes représentent 40 % des 86 900 étudiants en CPGE en 2024-2025. Leur nombre a progressé de +6,1 % en première année et de +5,0 % en deuxième année, une croissance légèrement supérieure à la moyenne générale, signe d’une dynamique positive.
Mais derrière cette moyenne globale se cachent des disparités profondes selon la filière :
| Filière | Part des femmes |
|---|---|
| Littéraire | ~70 % |
| Économique et commerciale | ~45–47 % |
| Scientifique | ~30 % |
| Toutes filières | 40 % |
La filière scientifique reste donc très masculinisée, avec seulement 30 % de femmes. Ce chiffre est particulièrement bas si l’on sait que les filles représentent désormais plus de la moitié des bacheliers et obtiennent en moyenne de meilleures notes au baccalauréat. Les données Parcoursup précédentes montrent que les filles sont proportionnellement moins nombreuses à formuler un vœu en CPGE scientifique, même à niveau scolaire équivalent — ce phénomène dit de « autocensure » reste un sujet de politique publique active.
Dans la filière économique, la parité est quasi-atteinte, ce qui n’est pas sans lien avec la réforme ECG et la valorisation explicite des sciences sociales, disciplines traditionnellement moins marquées par les stéréotypes de genre en sciences.
4. Géographie des CPGE : l’Île-de-France concentre 32 % des effectifs
La distribution géographique des CPGE reproduit les inégalités territoriales classiques de l’enseignement supérieur français :
| Zone géographique | Étudiants | Part du total | Variation |
|---|---|---|---|
| Île-de-France | 28 200 | 32 % | +6,0 % |
| Autres métropoles régionales | 24 700 | 28 % | +4,1 % |
| Reste du territoire | 34 000 | 40 % | +6,2 % |
Avec 28 200 étudiants, l’Île-de-France abrite près d’un tiers des préparationnaires français. Les lycées parisiens de la rive gauche — Louis-le-Grand, Henri-IV, Fénelon, Saint-Louis — concentrent les classes les plus sélectives et affichent les taux d’intégration dans les écoles du groupe A+ les plus élevés. La croissance est cependant la plus forte dans le reste du territoire (+6,2 %) et en Île-de-France (+6,0 %), indiquant un dynamisme géographiquement diffus, pas seulement concentré dans les métropoles.
Ce tableau doit être lu avec l’article sur la crise du logement étudiant en France 2025 : intégrer une CPGE dans une autre ville implique souvent de loger dans une résidence CROUS ou en internat, deux ressources sous forte tension.
5. Statut des établissements : 98 % d’étudiants en CPGE publiques
La quasi-totalité des étudiants en CPGE suit sa formation dans un établissement public. À la rentrée 2024-2025 :
- Établissements publics : 85 200 étudiants (98 % du total), en hausse de +5,6 %.
- Établissements privés : environ 1 700 étudiants, en hausse de +7,7 %.
Cette répartition est une spécificité française : les CPGE sont intégrées aux lycées et sont pour l’essentiel financées par l’État. Les frais d’inscription sont les mêmes que ceux d’une université publique — très faibles par rapport aux écoles post-bac privées — ce qui constitue l’un des principaux arguments d’équité du système. Pour une comparaison détaillée des frais d’inscription à l’université française 2026-2027, le tableau complet avec les droits nationaux et les exonérations est disponible dans notre analyse dédiée.
Les CPGE privées (établissements sous contrat ou hors contrat) présentent des profils variés : certains visent des publics spécifiques ou offrent des préparations intensives pour les concours d’accès tardifs. Leur part reste marginale mais leur progression +7,7 % suggère une demande croissante pour des offres complémentaires.
6. Première et deuxième année : le rôle des redoublements
À la rentrée 2024, 43 400 étudiants ont intégré une CPGE pour la première fois en première année, un flux entrant en hausse de +4,9 %. La deuxième année progresse encore plus vite (+6,2 %), portée principalement par l’augmentation des redoublements :
- Plus de 6 500 étudiants ont redoublé leur deuxième année de CPGE en 2024-2025, soit +9,6 % par rapport à l’année précédente.
- La hausse des redoublements est asymétrique selon le genre : +12,2 % chez les hommes, +4,7 % chez les femmes.
Le redoublement de la deuxième année (dite « carré » en prépa scientifique) est une stratégie délibérée : elle permet de se représenter aux concours avec un meilleur dossier et de viser des écoles plus sélectives. La forte hausse des redoublements masculins peut indiquer une stratégie de montée en gamme dans le contexte d’un marché des grandes écoles perçu comme de plus en plus concurrentiel.
7. Sélectivité des concours : de Polytechnique à la BCE commerciale
La CPGE n’est pas une fin en soi : elle est un sas vers les grandes écoles, dont l’accès passe par des concours nationaux. Les taux d’admission réels sont souvent mal connus des futurs préparationnaires. En voici les données clés pour les principaux concours :
Filière scientifique
| École / Concours | Places offertes | Taux d’admission indicatif |
|---|---|---|
| École polytechnique (cycle ingénieur) | 431 | Très élevée (5–15 % des admissibles) |
| Centrale-Supélec (filière MP, PC, PSI…) | Plusieurs centaines par école | Variable selon l’école (5–30 %) |
| Lycée Louis-le-Grand filière MPI — taux d’intégrés | — | 85 % (top prépa MPI) |
| Admissibilité en filière scientifique (toutes prépas) | — | > 90 % dans chaque filière |
Il est important de distinguer le taux d’admissibilité (passage de l’écrit à l’oral) du taux d’admission définitive. Un taux d’admissibilité supérieur à 90 % dans une filière signifie que la plupart des candidats ont accès à une oral dans au moins une école ; mais l’admission définitive dans les écoles les plus prisées reste réservée à un vivier beaucoup plus restreint. Pour l’École polytechnique, seuls 431 étudiants français sont admis chaque année en cycle ingénieur, dans un pays qui compte plus de 54 000 préparationnaires scientifiques.
Source : Statistiques d’admission École polytechnique.
Filière économique et commerciale (BCE)
La Banque Commune d’Épreuves (BCE) centralise les admissions dans les grandes écoles de management (HEC Paris, ESSEC, ESCP, EM Lyon, EDHEC, Audencia, etc.) pour les filières commerciales. Les données 2024 donnent une image claire de la sélectivité :
| École | Places offertes | Taux d’admission / BCE |
|---|---|---|
| HEC Paris | 380 | 4 % |
| ESSEC Business School | 430 | 6 % |
| Centres de préparation ECG — taux d’admission définitif global | — | 87,1 % (2025, une intégration dans au moins 1 école) |
Ces chiffres illustrent un paradoxe apparent : 87 % des candidats à la BCE intègrent une école du programme, mais seulement 4 % accèdent à HEC Paris. La distribution très inégale des admissions au sein du groupe BCE reflète les hiérarchies institutionnelles réelles du marché du travail. Pour aller au-delà et comprendre comment les salaires et les perspectives d’insertion professionnelle se distribuent entre grandes écoles, notre dossier sur le classement des meilleurs masters en France 2026 offre des points de repère utiles.
8. Origine sociale : un enjeu de démocratisation toujours ouvert
Les CPGE restent le passage obligé vers les grandes écoles les plus sélectives, mais leur recrutement social pose question depuis plusieurs décennies. Voici ce que les données disponibles permettent d’établir avec certitude :
- Plus d’un étudiant en CPGE sur deux — dans toutes les filières (sauf économique, où c’est 47,6 %) — est issu d’une famille de cadres et professions intellectuelles supérieures (catégorie INSEE), selon les données pluriannuelles MESR.
- Les enfants d’ouvriers ne représentent que 7 % des effectifs CPGE, alors qu’ils constituent une part bien plus importante des lycéens bacheliers.
- En CPGE scientifique, la proportion de boursiers sur critères sociaux masculins est de 27 %. Les étudiants boursiers sont statistiquement moins enclins à choisir une prépa scientifique (6,9 %) que les non-boursiers (9,8 %), souvent pour des raisons liées à leur environnement scolaire et à la représentation de soi.
Ce déséquilibre social est au cœur des débats sur la réforme des grandes écoles. Des dispositifs existent — cordées de la réussite, classes prépa égalité des chances, bourses sur critères sociaux en CPGE — mais leur impact à grande échelle reste difficile à mesurer précisément. La question de la démocratisation de l’accès aux grandes écoles rejoint celle du financement des études supérieures : comprendre les aides financières disponibles pour les étudiants en France 2026-2027 (APL, CROUS, CSS) est une première étape concrète pour les familles concernées.
9. Après la CPGE : quelles débouchés au-delà des grandes écoles ?
La CPGE mène aux grandes écoles, mais pas exclusivement. Le système français offre plusieurs voies de sortie :
Intégration dans une grande école
C’est la voie reine. Selon la filière et le rang de l’étudiant dans les concours, il peut rejoindre une école d’ingénieurs (Polytechnique, Mines, Ponts, Centrale, INSA…), une école de management (HEC, ESSEC, ESCP…), une ENS (Paris, Lyon, Paris-Saclay, Rennes), ou une école de commerce régionale.
Admission en licence universitaire (Passerelles)
Un étudiant qui n’intègre pas d’école peut candidater en deuxième ou troisième année de licence à l’université via les procédures de passerelle. Cette voie est souvent sous-estimée : les compétences méthodologiques acquises en CPGE sont un atout réel dans un cursus universitaire sélectif. L’analyse de l’insertion professionnelle des docteurs en France 2024 montre que la voie universitaire longue (master + doctorat) peut offrir des perspectives comparables dans plusieurs disciplines.
Intégration en licence 2 ou 3 dans un IUT ou lycée technique
Possible pour certains profils de filière TSI ou PT, avec des passerelles vers des BTS ou des DUT complétés en un an.
Reconversion ou réorientation
La CPGE développe des compétences transversales — rigueur analytique, gestion de la charge de travail, expression écrite et orale — qui sont valorisées dans de nombreux contextes professionnels, bien au-delà des grandes écoles.
FAQ — Questions fréquentes sur les CPGE en France
Combien y a-t-il d’étudiants en CPGE en France en 2025 ?
À la rentrée 2024-2025, les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) accueillent 86 900 étudiants en France, selon la Note Flash SIES n° 03 publiée par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en février 2025. C’est le niveau le plus élevé jamais enregistré, en hausse de +5,5 % par rapport à la rentrée 2023-2024.
Quelles sont les trois grandes filières des CPGE ?
Les CPGE se divisent en trois filières principales : la filière scientifique (MP, PC, PSI, PT, BCPST, TSI, MPI…), qui regroupe 62 % des effectifs soit environ 54 000 étudiants ; la filière économique et commerciale (ECG, ECS), qui en représente 23 % soit 19 900 étudiants ; et la filière littéraire (BL, A/L, HK…), qui en représente 15 % soit 13 000 étudiants.
Quelle est la part des femmes dans les CPGE ?
Les femmes représentent 40 % des étudiants en CPGE en 2024-2025. Cette moyenne masque de fortes disparités : environ 70 % en filière littéraire, environ 45-47 % en filière économique et commerciale, et seulement environ 30 % en filière scientifique. Leur nombre a progressé de +6,1 % en première année, légèrement plus vite que la moyenne générale.
Quel est le taux d’admission à HEC Paris depuis une CPGE ?
HEC Paris admet environ 380 étudiants par an via la Banque Commune d’Épreuves (BCE), ce qui représente un taux d’admission de 4 % des candidats à la BCE. L’ESSEC Business School admet quant à elle environ 430 étudiants, soit un taux d’environ 6 %. En revanche, la très grande majorité des candidats (environ 87 %) intègre au moins une école du programme BCE, les places étant simplement réparties de façon très inégale selon le prestige des établissements.
Combien coûte une CPGE en France ?
Dans les établissements publics — qui accueillent 98 % des étudiants en CPGE — les frais de scolarité sont ceux de l’enseignement public, alignés sur les droits d’inscription universitaires nationaux (entre 170 € et 601 € par an selon le cycle, hors CVEC). La CPGE est donc l’une des formations les plus sélectives mais aussi les moins coûteuses de l’enseignement supérieur français, puisqu’elle est financée par l’État dans le cadre des lycées publics.
La CPGE est-elle accessible via Parcoursup ?
Oui. Depuis la réforme Parcoursup (ex-APB), toutes les formations post-bac dont les CPGE sont accessibles via la plateforme nationale. Les lycéens formulent des vœux pour des classes préparatoires spécifiques, et les lycées sélectionnent les candidats sur dossier (notes, avis du conseil de classe). Les taux d’acceptation varient très fortement selon la réputation du lycée et la filière visée.
Que devient-on après une CPGE sans intégrer une grande école ?
Un étudiant sorti de CPGE sans intégrer une grande école a plusieurs options : postuler en deuxième ou troisième année de licence à l’université via les passerelles (procédure possible dans de nombreuses universités), rejoindre un IUT ou un lycée technique en licence professionnelle, ou se réorienter vers d’autres formations. Les compétences analytiques et méthodologiques acquises en prépa sont reconnues et valorisées dans ces cursus.
Pourquoi les effectifs CPGE ont-ils rebondi en 2024 après cinq ans de baisse ?
Plusieurs facteurs expliquent ce rebond. La réforme de la filière ECG en 2021 a renforcé l’attractivité des prépas commerciales (+8,3 % en 2024-2025). La création de la filière MPI (Mathématiques-Physique-Informatique) a capté de nouveaux profils numériques. Plus généralement, la prime salariale des grandes écoles reste robuste sur le marché du travail, et Parcoursup a amélioré la lisibilité du processus d’admission. Ces dynamiques convergent pour expliquer le rebond historique de la rentrée 2024.
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