Coder un entretien à la main, c’est poser un surligneur sur une phrase de transcription et décider, en écrivant deux ou trois mots dans la marge, ce que cette phrase dit de votre question de recherche. Savoir comment coder des entretiens qualitatifs manuellement reste une compétence attendue en licence comme en master. Le jury veut constater que vous avez construit vos catégories vous-même, en restant au plus près de la parole des personnes interrogées.
La méthode n’a rien d’ésotérique. Elle s’appuie sur le guide en six phases publié en 2006 par Virginia Braun et Victoria Clarke dans la revue Qualitative Research in Psychology, complété par la typologie de codage en deux cycles de Johnny Saldaña. Ce tutoriel traduit ces références en gestes concrets, réalisables avec des transcriptions imprimées, quelques surligneurs et un simple tableur.
Chaque étape est rédigée pour être autonome : vous pouvez ouvrir directement celle qui correspond à l’endroit où vous en êtes, sans relire tout le guide.
Pour coder des entretiens manuellement, imprimez des transcriptions anonymisées aux lignes numérotées, lisez-les plusieurs fois, puis attribuez une étiquette courte (un code) à chaque segment porteur de sens. Regroupez ensuite les codes en thèmes, vérifiez-les sur l’ensemble du corpus, nommez-les précisément et consignez chaque décision dans un journal de mémos. C’est la logique des six phases de Braun et Clarke, appliquée avec du papier et un tableur.
Pourquoi coder ses entretiens à la main ?
Le codage manuel vous oblige à lire chaque ligne. Là où une recherche par mots-clés repère des occurrences, la lecture crayon en main repère les hésitations, les contradictions et tout ce qui est dit à demi-mot. C’est précisément ce qui rend l’exercice formateur : en codant, vous êtes déjà en train d’analyser.
Braun et Clarke ont d’ailleurs affiné leur vocabulaire dans des publications ultérieures, notamment en 2021-2022, en parlant d’« analyse thématique réflexive », comme le rappelle une synthèse accessible sur Cairn.info. L’idée centrale : les thèmes n’émergent pas tout seuls des données. Ils sont construits par un chercheur actif, dont la subjectivité est assumée et documentée, plutôt que neutralisée par une recherche mécanique de consensus entre plusieurs codeurs.
Concrètement, coder à la main implique trois exigences :
- Une lenteur assumée : chaque entretien sera lu plusieurs fois, et c’est voulu.
- Un va-et-vient permanent : vous reviendrez sur les premières transcriptions quand vos codes évolueront. Le codage n’est jamais linéaire.
- Une traçabilité écrite : chaque décision (fusionner deux codes, renommer un thème) doit laisser une trace datée.
Pour voir la méthode appliquée de bout en bout sur un corpus de terrain, consultez notre exemple d’analyse thématique de Braun et Clarke codé pas à pas dans un mémoire de travail social.
Les six phases de Braun et Clarke en un coup d’œil
Les huit étapes de ce guide découpent les six phases du cadre de 2006 en gestes plus fins, adaptés au travail sur papier.
| Phase de Braun et Clarke | Ce que vous faites concrètement | Étape de ce guide |
|---|---|---|
| 1. Familiarisation avec les données | Lire, relire, annoter ses premières impressions | Étapes 1 et 2 |
| 2. Génération des codes initiaux | Étiqueter systématiquement les segments signifiants | Étapes 3, 4 et 5 |
| 3. Recherche de thèmes | Regrouper les codes en thèmes candidats | Étape 6 |
| 4. Révision des thèmes | Vérifier la cohérence sur tout le corpus | Étape 7 |
| 5. Définition et dénomination | Clarifier et nommer chaque thème | Étape 7 |
| 6. Production du rapport | Articuler arguments analytiques et citations | Étape 8 |

Le matériel à préparer avant de commencer
Le codage manuel ne demande aucun logiciel spécialisé, mais il exige un matériel organisé dès le départ. Un désordre de feuilles volantes au troisième entretien vous coûtera des heures plus tard.
- Des transcriptions imprimées avec une large marge à droite pour écrire les codes.
- Des surligneurs de plusieurs couleurs, dont l’usage est fixé une fois pour toutes (par exemple une couleur par grande dimension de votre question).
- Des notes repositionnables pour l’étape de regroupement en thèmes.
- Un tableur avec des colonnes simples : identifiant de l’entretien, numéro de ligne, extrait, code, mémo.
- Un carnet de bord, papier ou numérique, réservé aux mémos analytiques et aux décisions de codage.
- Un fichier « livre de codes » qui contiendra la définition de chaque code au fil du travail.
Le codage reste votre travail, la rédaction peut être accompagnée. Une fois vos thèmes stabilisés, l’Éditeur IA de Tesify vous aide à transformer vos mémos en paragraphes analytiques clairs, à reformuler un passage trop oral, à corriger le registre académique et à obtenir un retour en temps réel sur la cohérence de votre texte. Il fonctionne directement dans le navigateur et exporte en PDF, Word ou LaTeX.
Comment coder des entretiens qualitatifs manuellement : les 8 étapes
Suivez les étapes dans l’ordre lors d’un premier passage, puis acceptez de revenir en arrière : c’est le fonctionnement normal de l’analyse qualitative.
Étape 1 : Préparer des transcriptions exploitables
Objectif : obtenir des documents que vous pourrez citer avec précision dans votre mémoire.
- Anonymisez chaque entretien : remplacez les noms par un identifiant (E1, E2, E3) ou un prénom fictif, et supprimez les lieux trop identifiants.
- Ajoutez un en-tête : identifiant, date, durée, contexte de l’entretien et profil général de la personne.
- Activez la numérotation des lignes dans votre traitement de texte, afin de pouvoir référencer un extrait sous la forme « E3, l. 15 ».
- Choisissez un interligne aéré et une marge droite large pour écrire vos codes.
- Imprimez en recto seul : vous pourrez découper ou étaler les pages sans perdre d’extrait.
Résultat attendu : un dossier par entretien, identique dans sa présentation, prêt à être annoté.
Étape 2 : Vous familiariser avec le corpus
Cette étape correspond à la première phase de Braun et Clarke. Elle consiste à lire avant de coder.
- Lisez chaque transcription en entier, sans surligneur, pour saisir la logique globale du discours.
- Relisez en réécoutant l’enregistrement si possible : le ton, les silences et les rires changent parfois le sens d’une phrase.
- Notez dans la marge gauche vos premières impressions, sous forme de questions plutôt que d’affirmations.
- Rédigez un court mémo de familiarisation par entretien : ce qui vous a frappé, ce qui vous a surpris, ce qui contredit vos attentes.
Ne sautez pas cette étape : coder dès la première lecture conduit à étiqueter ce que l’on cherchait, pas ce qui est dit.
Étape 3 : Choisir votre logique de codage
Deux logiques complémentaires existent. Le codage peut être inductif, c’est-à-dire guidé par les données, ou déductif, guidé par vos questions de recherche ou un cadre théorique, comme le résume la documentation méthodologique de MAXQDA.
- Approche inductive : les codes naissent des paroles des participants, sans grille préalable. Elle convient aux sujets exploratoires.
- Approche déductive : vous appliquez des catégories issues de votre cadre conceptuel. Elle convient quand vous testez ou précisez un modèle existant.
- Approche mixte : une grille déductive de départ, enrichie de codes inductifs quand les données débordent du cadre.
- Relisez votre question de recherche et vos hypothèses ou objectifs.
- Si votre mémoire repose sur un schéma théorique, transformez ses dimensions en codes de départ ; notre guide pour dessiner le modèle conceptuel de sa recherche vous aide à poser ces dimensions.
- Écrivez noir sur blanc, dans votre carnet de bord, la logique retenue et sa justification : elle figurera dans votre méthodologie.
Étape 4 : Réaliser le premier cycle de codage
Johnny Saldaña distingue un premier cycle, fait de méthodes élémentaires d’annotation, et un second cycle de regroupement, comme le présente une ressource méthodologique de Sorbonne Université. Pour le premier cycle, trois méthodes suffisent largement à un mémoire :
- Le codage in vivo : vous reprenez les mots exacts de la personne, entre guillemets (« on bricole »).
- Le codage descriptif : vous résumez le sujet du segment par un mot-clé ou une expression courte (« absence de formation »).
- Le codage de processus : vous notez une action avec un verbe (« se débrouiller seul », « anticiper la panne »).
- Délimitez un segment : une phrase ou un groupe de phrases qui porte une seule idée.
- Surlignez-le et inscrivez le code dans la marge droite, en lettres lisibles.
- Autorisez plusieurs codes sur un même segment quand il dit plusieurs choses.
- Codez aussi ce qui surprend ou ne rentre dans aucune case : ces passages deviennent souvent les plus intéressants.
- Reportez chaque code dans votre tableur avec l’identifiant et le numéro de ligne.
Étape 5 : Construire et stabiliser le livre de codes
Après les premiers entretiens, vos codes se multiplient et se chevauchent. Le livre de codes (ou dictionnaire des codes) vous évite de nommer la même idée de trois façons différentes.
| Nom du code | Définition | Quand l’appliquer | Quand ne pas l’appliquer | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| Autoformation | Apprentissage d’un outil sur l’initiative personnelle de l’enquêté | Tutoriels, essais personnels, entraide informelle | Formation proposée par l’employeur | « j’ai regardé des tutos le soir » |
- Fusionnez les codes synonymes et gardez le nom le plus précis.
- Rédigez pour chaque code une définition d’une ou deux phrases, avec ses limites d’application.
- Datez chaque nouvelle version du livre de codes.
- Recodez les premiers entretiens avec la version stabilisée : c’est la condition de la cohérence de votre analyse.
Étape 6 : Passer au second cycle et chercher des thèmes
Le second cycle de Saldaña, notamment le « pattern coding », consiste à agréger les codes du premier cycle en catégories explicatives. Il rejoint la troisième phase de Braun et Clarke : la recherche de thèmes.
- Écrivez chaque code sur une note repositionnable, avec le nombre d’entretiens où il apparaît.
- Étalez les notes sur une table ou un mur et rapprochez celles qui racontent une même histoire.
- Donnez un nom provisoire à chaque regroupement : c’est un thème candidat.
- Tracez les liens entre thèmes (cause, tension, condition) pour obtenir une carte thématique.
- Gardez une zone « divers » pour les codes orphelins : ne les supprimez pas trop tôt.
- Photographiez chaque version de la carte et collez la photo dans votre carnet de bord.
Étape 7 : Réviser, définir et nommer les thèmes
Cette étape couvre les phases 4 et 5 de Braun et Clarke. Un thème candidat n’est retenu que s’il résiste à deux vérifications.
- Cohérence interne : relisez tous les extraits rattachés au thème. Vont-ils réellement ensemble ? Sinon, scindez le thème.
- Cohérence externe : comparez les thèmes entre eux. Sont-ils bien distincts ? Leur ensemble rend-il compte du corpus entier ?
- Relisez une dernière fois chaque transcription en entier pour repérer les extraits oubliés.
- Rédigez pour chaque thème une définition de quelques phrases : ce qu’il recouvre, ce qu’il exclut, ce qu’il apporte à la question de recherche.
- Choisissez un nom parlant, qui exprime une idée plutôt qu’un simple sujet : « Une adoption bricolée » dit plus que « Les tablettes ».
Étape 8 : Tracer vos décisions et rédiger
La sixième phase de Braun et Clarke est la production du rapport. Elle repose sur la traçabilité accumulée tout au long du codage : sans mémos, impossible d’expliquer au jury comment vous êtes passé de la transcription au thème.
- Relisez votre carnet de bord et listez les décisions majeures : fusions, scissions, abandons de codes.
- Pour chaque thème, sélectionnez les extraits les plus représentatifs et au moins un cas nuancé ou contraire.
- Décrivez la démarche de codage dans votre chapitre méthodologique ; notre guide pour rédiger la méthodologie d’un mémoire à partir d’entretiens propose une structure réutilisable dans d’autres disciplines.
- Conservez votre tableur et vos versions du livre de codes : ils peuvent figurer en annexe.

Exemple : un extrait d’entretien codé à la main
Voici un extrait fictif, construit pour l’exemple, issu d’un mémoire imaginaire en sciences de l’éducation sur l’usage des tablettes au collège. L’enquêtée, E3, est enseignante.
l. 12 « Au début, on nous a livré les tablettes sans formation, on s’est débrouillés.
l. 13 Moi j’ai regardé des tutos le soir, chez moi, sur mon temps.
l. 14 Maintenant je m’en sers pour les exercices différenciés, ça marche bien avec les élèves en difficulté.
l. 15 Mais dès que le wifi lâche, c’est la panique, je garde toujours une version papier.
l. 16 Franchement, on bricole. »
| Ligne | Code in vivo | Code descriptif | Code de processus |
|---|---|---|---|
| l. 12 | « on s’est débrouillés » | Absence de formation institutionnelle | Se débrouiller seul |
| l. 13 | « sur mon temps » | Autoformation hors temps de travail | S’autoformer |
| l. 14 | « ça marche bien » | Usage pour la différenciation | Adapter son enseignement |
| l. 15 | « c’est la panique » | Fragilité technique | Anticiper la panne |
| l. 16 | « on bricole » | Rapport pragmatique à l’outil | Bricoler |
Au second cycle, les codes « absence de formation institutionnelle », « autoformation hors temps de travail », « se débrouiller seul » et « on bricole » se regroupent dans une catégorie explicative : compenser seul les manques de l’institution. Les codes « fragilité technique » et « anticiper la panne » dessinent une autre catégorie : une confiance prudente envers l’outil. Le code « usage pour la différenciation » signale un bénéfice perçu qui nuance l’ensemble.
Mémo analytique associé : « E3 décrit une adoption réelle mais construite à ses frais. Le terme ‘bricoler’ revient-il chez d’autres enquêtés ? Vérifier E1 et E5. Piste de thème candidat : une adoption bricolée, entre bénéfice pédagogique et fragilité. »
Ce mémo illustre la non-linéarité du codage : il renvoie à d’autres entretiens et prépare la révision des thèmes de l’étape 7.
Les erreurs qui fragilisent un codage manuel
- Coder trop large : un code qui résume un paragraphe entier devient une paraphrase et ne sert plus à comparer.
- Coder trop fin : un code par mot produit une liste ingérable et masque le sens global.
- Confondre code et thème : le code étiquette un segment, le thème exprime une idée transversale construite à partir de plusieurs codes.
- Reprendre les questions de la grille d’entretien comme thèmes : vous obtenez un résumé des réponses, pas une analyse.
- Oublier de recoder les premiers entretiens après l’évolution du livre de codes.
- Écarter les cas contraires : ils renforcent votre analyse au lieu de l’affaiblir, à condition de les expliquer.
- Ne pas dater les mémos : vous ne pourrez plus reconstituer le chemin de vos décisions.
Du codage à la rédaction du chapitre résultats
Une fois les thèmes définis, le chapitre des résultats se construit presque tout seul, thème par thème. Pour chacun, suivez la même structure :
- Annoncez le thème et sa définition en une ou deux phrases.
- Développez l’analyse en articulant votre interprétation et les extraits, référencés sous la forme « E3, l. 16 ».
- Présentez les variations entre participants, y compris les cas qui s’écartent du schéma dominant.
- Réservez la confrontation avec la littérature pour la discussion, sauf consigne contraire de votre direction.
Les temps verbaux changent entre la description des données et leur interprétation : notre tableau des temps verbaux chapitre par chapitre vous évite les incohérences les plus fréquentes. Pensez aussi à présenter honnêtement les limites d’un codage réalisé seul, notamment le rôle de votre subjectivité ; notre article sur les limites, biais et recommandations d’un mémoire montre comment les formuler sans dévaloriser votre travail.
Enfin, citez correctement vos références méthodologiques : Braun et Clarke pour l’analyse thématique, Saldaña pour les cycles de codage. La bibliographie automatique de Tesify génère ces références en APA, MLA, Chicago ou Vancouver et les classe dans votre mémoire. Pour la mise en forme des paragraphes d’analyse, l’Éditeur IA de Tesify vous aide à passer du mémo brut à une prose académique fluide, tout en conservant votre interprétation intacte.
Savoir comment coder des entretiens qualitatifs manuellement, c’est finalement disposer d’une méthode transparente que vous pourrez défendre ligne par ligne devant le jury : transcriptions numérotées, livre de codes daté, carte thématique photographiée et mémos à l’appui.
Vos thèmes sont prêts, passez à la rédaction. Tesify réunit un éditeur avec assistance IA, une bibliographie automatique, une vérification anti-plagiat comparant votre texte avec HAL, TEL, Cairn.info et des millions de sources académiques, des modèles professionnels et l’export en PDF, Word et LaTeX. Inscription gratuite, sans carte bancaire.
Questions fréquentes
À quel moment faut-il commencer à coder ses entretiens ?
Commencez dès que les premières transcriptions sont prêtes, sans attendre la fin du terrain. Coder tôt permet d’ajuster la grille d’entretien et de repérer les pistes à approfondir. Vous recoderez ensuite les premiers entretiens avec la version stabilisée du livre de codes.
Quelle est la différence entre un code et un thème ?
Un code est une étiquette courte posée sur un segment précis de transcription. Un thème est une idée transversale, construite en regroupant plusieurs codes, qui répond à votre question de recherche. Les codes sont nombreux et descriptifs, les thèmes sont peu nombreux et interprétatifs.
Faut-il un deuxième codeur pour un mémoire ?
Ce n’est pas une obligation dans l’analyse thématique réflexive, qui assume le rôle interprétatif du chercheur plutôt que la recherche d’un consensus entre codeurs. Ce qui compte, c’est la traçabilité de vos décisions par des mémos. Vérifiez toutefois les attentes de votre directeur ou directrice de mémoire.
Peut-on mélanger codage inductif et déductif ?
Oui, c’est même fréquent. Vous partez d’une grille issue de votre cadre théorique, puis vous ajoutez des codes inductifs lorsque les participants abordent des aspects que le cadre ne prévoyait pas. Justifiez simplement ce choix mixte dans votre méthodologie.
Comment présenter le codage manuel dans la méthodologie ?
Décrivez la préparation des transcriptions, la logique de codage retenue, les méthodes du premier cycle, la construction du livre de codes, le passage aux thèmes et la tenue des mémos. Citez Braun et Clarke ainsi que Saldaña, et proposez en annexe un extrait codé et le livre de codes final.
