Une hypothèse formulée après avoir regardé les données n’a pas la même valeur probante qu’une hypothèse écrite, datée et rendue vérifiable avant la collecte. Tout l’enjeu de la démarche de preregistration préenregistrement étude protocole OSF tient dans cette différence : fixer publiquement, sur une plateforme comme l’Open Science Framework, ce que l’on va tester et comment on va le tester, avant de savoir ce que les résultats diront.
Longtemps associé à la recherche clinique, où l’enregistrement des essais s’est imposé comme une norme, le préenregistrement s’est diffusé en psychologie, en sciences de l’éducation, en économie expérimentale, en sciences de gestion et, plus largement, dans toute discipline qui teste des hypothèses à partir de données empiriques. En France, il fait désormais partie du vocabulaire de la science ouverte porté par les grands organismes de recherche et par le Comité pour la science ouverte.
Pour un doctorant ou un étudiant de master, l’intérêt dépasse la bonne conscience méthodologique. Un plan horodaté documente la rigueur de la démarche face au jury, aux relecteurs d’une revue ou à un comité de suivi de thèse. Il oblige aussi à trancher très tôt des questions que l’on repousse souvent jusqu’à l’analyse : taille d’échantillon, critères d’exclusion, traitement des valeurs manquantes, test statistique retenu.
Qu’est-ce que le préenregistrement ?
La définition la plus opératoire est celle reprise dans les ressources de l’Institut Pasteur : « Le préenregistrement consiste à consigner par écrit et de manière horodatée le plan d’une étude, ses hypothèses, sa méthodologie et sa stratégie d’analyse statistique avant de collecter ou d’analyser les données. »
Trois éléments de cette définition méritent d’être pris au sérieux, car ce sont eux qui donnent sa valeur au dispositif.
- L’écrit : une intention orale ou un échange de courriels avec son directeur de recherche ne suffit pas. Le plan doit être formalisé dans un document structuré, compréhensible par un tiers.
- L’horodatage : la date du dépôt est certifiée par la plateforme, et le document est figé. C’est ce qui permet à un lecteur de vérifier que le plan précède effectivement les données.
- L’antériorité : le dépôt intervient avant la collecte ou, pour les données déjà existantes (bases secondaires, enquêtes publiques, corpus archivés), avant leur analyse. Dans ce second cas, il faut déclarer honnêtement ce que l’on connaît déjà du jeu de données.
Le préenregistrement ne se confond donc ni avec le simple protocole interne que tout laboratoire rédige, ni avec l’avis d’un comité d’éthique. Il peut s’appuyer sur ces documents, mais il s’en distingue par sa vocation publique et vérifiable.

Pourquoi préenregistrer : confirmatoire contre exploratoire
Le préenregistrement répond à deux dérives bien documentées dans la littérature méthodologique. La première est le p-hacking : multiplier les analyses, les sous-groupes, les transformations de variables ou les exclusions jusqu’à obtenir un résultat statistiquement significatif. La seconde est le HARKing (Hypothesizing After Results are Known) : présenter comme prévue une hypothèse en réalité formulée après avoir vu les résultats.
Aucune de ces pratiques n’implique nécessairement une intention frauduleuse. Face à des dizaines de décisions analytiques légitimes, le chercheur choisit souvent, de bonne foi, la voie qui « fonctionne ». Le préenregistrement neutralise ce biais en déplaçant les décisions en amont. Comme le résume le portail Ouvrir la Science : « En fixant le cadre à l’avance, elle garantit une distinction claire entre la recherche confirmatoire (test d’hypothèses) et la recherche exploratoire. »
Ce point est souvent mal compris : préenregistrer n’interdit pas l’exploration. Une analyse non prévue reste parfaitement publiable, à condition d’être présentée comme exploratoire, c’est-à-dire comme génératrice d’hypothèses et non comme leur confirmation. Le préenregistrement ne bride pas la découverte ; il en clarifie le statut épistémologique.
Concrètement, cette exigence oblige à nommer précisément ce que l’on mesure. Si votre modèle comporte un effet de médiation ou de modération, il faut l’écrire dès le dépôt ; notre article sur les variables indépendante, dépendante, médiatrice, modératrice et de contrôle aide à formaliser ce schéma avant de le figer.
Un préenregistrement se référence comme un article. Instruments de mesure validés, méthodes statistiques, études dont vous répliquez le paradigme : chaque élément du protocole doit être sourcé. Tesify Bibliographie Automatique génère vos références en APA 7e édition, MLA, Chicago ou Vancouver en un clic, à partir de millions d’articles issus de Google Scholar, PubMed, HAL et Cairn.info, puis les organise automatiquement pour que la bibliographie de votre protocole soit cohérente avec celle de votre mémoire.
Preregistration préenregistrement étude protocole OSF : la procédure pas à pas
L’Open Science Framework est développé par le Center for Open Science. Selon la présentation qu’en donne cette organisation, OSF est « l’une des plateformes internationales les plus utilisées (développée par le Center for Open Science) pour réaliser ces préenregistrements (OSF Registries), gérer des projets de recherche collaborative et partager des données ou des prépublications en libre accès ». Son registre, OSF Registries, permet de déposer un protocole de façon publique ou sous embargo temporaire.
La démarche suit une logique simple, que l’on peut décomposer ainsi :
- Créer un projet OSF : il servira d’espace de travail pour l’étude (documents, matériel, scripts, puis données). Ajoutez les contributeurs : directeur de thèse, co-auteurs, éventuellement l’ingénieur d’études qui gère les données.
- Rédiger le plan hors ligne : travaillez d’abord dans un traitement de texte partagé, faites relire par l’équipe, puis seulement ensuite reportez le contenu sur la plateforme. Le dépôt est définitif ; la phase de relecture ne l’est pas.
- Choisir un modèle de préenregistrement : OSF Registries propose plusieurs gabarits, des plus détaillés aux plus synthétiques, ainsi que des modèles adaptés à certaines situations (données secondaires, réplications, recherche qualitative). Choisissez celui qui correspond à votre design plutôt que le plus court.
- Joindre le matériel : questionnaires, consignes, stimuli, script d’analyse rédigé sur données simulées. Un script testé avant la collecte est l’élément qui rend un préenregistrement réellement contraignant.
- Décider de la visibilité : diffusion immédiate ou embargo temporaire. L’embargo est utile lorsque le protocole contient une idée originale que l’on ne souhaite pas exposer avant publication, ou lorsque la divulgation des hypothèses risquerait d’influencer les participants.
- Soumettre et archiver le lien : une fois validé, l’enregistrement est figé en lecture seule. Conservez son lien permanent : il sera cité dans la section méthodologique du mémoire et de l’article.
Notez que l’enregistrement fige une version, mais que le projet OSF associé reste vivant : vous pourrez y ajouter ensuite les données anonymisées, les scripts finaux et une note d’écarts au protocole.

Que doit contenir un bon préenregistrement ?
Un préenregistrement utile est un document qu’un collègue extérieur pourrait exécuter sans vous consulter. Le tableau suivant synthétise les rubriques attendues et les faiblesses qui reviennent le plus souvent.
| Rubrique | Ce qu’il faut écrire | Faiblesse fréquente |
|---|---|---|
| Question et hypothèses | Hypothèses directionnelles, formulées de façon testable, rattachées au cadre théorique | Hypothèse vague (« X influence Y ») sans sens attendu de l’effet |
| Design | Type d’étude, conditions expérimentales, procédure d’affectation, aveugle éventuel | Procédure de randomisation non décrite |
| Échantillon | Population, mode de recrutement, taille visée et justification, règle d’arrêt de la collecte | Taille d’échantillon fixée « par habitude » sans justification |
| Variables et mesures | Opérationnalisation de chaque variable, instruments, calcul des scores composites | Échelles citées sans préciser les items retenus ni le mode d’agrégation |
| Plan d’analyse | Test principal pour chaque hypothèse, seuil de décision, correction pour comparaisons multiples, covariables | Formule ouverte du type « des analyses appropriées seront menées » |
| Exclusions et données manquantes | Critères d’exclusion des observations, traitement des valeurs manquantes et des valeurs extrêmes | Décision renvoyée à l’examen des données |
| Analyses exploratoires | Pistes envisagées, explicitement étiquetées comme exploratoires | Absence de rubrique, qui pousse ensuite à requalifier l’exploration en confirmation |
La ligne consacrée aux données manquantes est celle que les étudiants sous-estiment le plus. Décider à l’avance entre suppression par liste, imputation multiple ou modélisation spécifique suppose de raisonner sur le mécanisme probable de l’absence ; notre guide sur les données manquantes MCAR, MAR et MNAR fournit la grille nécessaire pour argumenter ce choix dans le protocole.
Préenregistrement et Registered Reports : ne pas confondre
Le préenregistrement sur OSF est une démarche unilatérale : le chercheur dépose son plan, personne ne l’évalue avant la collecte. Les Registered Reports, ou rapports enregistrés, constituent un format éditorial distinct, proposé par certaines revues, qui fait intervenir l’évaluation par les pairs dès la conception de l’étude.
Le portail Ouvrir la Science en décrit la première étape : « Les auteurs soumettent l’introduction, l’hypothèse et le protocole méthodologique avant toute expérimentation. La revue évalue ce plan et, s’il est validé, accorde une acceptation de principe (In Principle Acceptance). » La seconde étape intervient après la collecte : « Une fois l’étude menée selon le protocole approuvé, l’article final incluant les résultats est réévalué principalement sur la rigueur du suivi de la méthode, garantissant ainsi sa publication indépendamment de la nature des résultats (qu’ils soient positifs, négatifs ou non significatifs) » (Ouvrir la Science).
| Critère | Préenregistrement (OSF Registries) | Registered Report |
|---|---|---|
| Évaluation avant collecte | Aucune : dépôt par le chercheur | Évaluation par les pairs du protocole |
| Engagement de publication | Aucun | Acceptation de principe si le protocole est validé et suivi |
| Effet sur le biais de publication | Indirect : rend visibles les études menées | Direct : publication indépendante de la nature des résultats |
| Possibilité d’améliorer le design | Dépend des relectures internes | Les relecteurs peuvent exiger des corrections avant la collecte |
| Calendrier | Souple | Contraint par les délais d’évaluation de la revue |
Pour un doctorant, le Registered Report présente un avantage stratégique rare : sécuriser une publication avant même d’avoir les résultats. Il exige en revanche une anticipation de calendrier que tous les contrats doctoraux ne permettent pas. Le préenregistrement simple reste la porte d’entrée la plus accessible.
Le cadre institutionnel en France
Le préenregistrement n’est pas une importation isolée de pratiques anglo-saxonnes. Il s’inscrit dans la politique nationale de science ouverte, coordonnée par le Comité pour la science ouverte et relayée par le portail Ouvrir la Science, qui intègre la transparence méthodologique aux plans nationaux et aux formations à l’intégrité scientifique.
Le CNRS occupe une place centrale dans cet accompagnement : « Le Centre National de la Recherche Scientifique (notamment via sa Direction des Données de la Recherche – DDOR) et l’Inist (Institut de l’information scientifique et technique) jouent un rôle clé d’accompagnement, de formation (comme les Actions Nationales de Formation – ANF Science ouverte) et de sensibilisation des chercheurs aux bonnes pratiques de transparence, de gestion des données et d’intégrité scientifique ».
Pour un doctorant, ce cadre se traduit concrètement par plusieurs relais :
- Les écoles doctorales, dont les formations obligatoires à l’intégrité scientifique abordent de plus en plus la transparence des protocoles.
- Les bibliothèques universitaires et les services d’appui à la recherche, qui accompagnent la rédaction des plans de gestion des données et le dépôt dans HAL.
- HAL, l’archive ouverte nationale, où l’article issu d’une étude préenregistrée peut être déposé en mentionnant le lien vers l’enregistrement OSF, ce qui relie le protocole à la publication.
- Les délégués à la protection des données des établissements, à consulter dès lors que le projet OSF associé accueillera des données issues de participants humains, dans le respect du RGPD.
Préenregistrer dans un mémoire ou une thèse
Tous les travaux ne se prêtent pas au même degré au préenregistrement. Une étude quantitative hypothético-déductive, une expérimentation ou une enquête par questionnaire testant un modèle s’y prêtent naturellement. Une recherche qualitative inductive peut aussi être préenregistrée, mais l’exercice porte alors sur la stratégie d’échantillonnage, le guide d’entretien et la méthode de codage plutôt que sur des hypothèses chiffrées. Un mémoire de droit fondé sur l’analyse doctrinale et jurisprudentielle, en revanche, n’en tire guère de bénéfice.
Le niveau d’études compte également. En master 1, le préenregistrement relève souvent de l’exercice pédagogique ; en master 2 et en doctorat, il devient un signal de maturité méthodologique que les jurys remarquent. Notre analyse des différences entre le mémoire de master 1 et de master 2 en psychologie montre à quel point les attentes sur la rigueur du protocole évoluent d’une année à l’autre.
Le bon moment pour préenregistrer se situe juste après la validation du projet par le directeur et, le cas échéant, l’avis du comité d’éthique, et juste avant la collecte. En amont, le travail de problématisation doit être achevé : identifier une lacune de recherche argumentée puis la traduire en hypothèses testables. Un document de type avant-projet de recherche constitue souvent une excellente matière première pour remplir les rubriques du modèle OSF.
Dans le mémoire lui-même, mentionnez le préenregistrement dans la section méthodologique, avec son lien et sa date, puis structurez la partie résultats en deux blocs distincts : analyses confirmatoires d’abord, analyses exploratoires ensuite. Si vous rédigez votre mémoire dans Tesify, vous pouvez reprendre le plan déposé comme trame de votre chapitre méthodologique et vérifier, section par section, que le texte final reste fidèle au protocole.
Enfin, un préenregistrement facilite la valorisation ultérieure. Les revues qui encouragent la transparence le valorisent explicitement, et la conversion du mémoire en publication s’en trouve simplifiée ; voir notre guide pour transformer son mémoire en article de revue.
Erreurs fréquentes et gestion des écarts au protocole
Un préenregistrement n’est pas un contrat d’infaillibilité. Les écarts au protocole sont fréquents et légitimes : recrutement plus difficile que prévu, instrument défaillant, hypothèse statistique non respectée. Ce qui compte, c’est leur traçabilité. Voici les erreurs à éviter.
- Préenregistrer après avoir vu les données : c’est vider la démarche de son sens. Si des données pilotes ont été examinées, déclarez-le explicitement.
- Rester volontairement flou : un plan qui laisse ouvertes toutes les options d’analyse ne contraint rien et n’apporte aucune garantie au lecteur.
- Masquer les écarts : tout changement doit être signalé dans le mémoire ou l’article, avec sa justification et, idéalement, les résultats de l’analyse initialement prévue à côté de l’analyse retenue.
- Requalifier l’exploratoire en confirmatoire : un effet découvert en cours d’analyse reste exploratoire, même s’il est théoriquement séduisant.
- Oublier la protection des données : le projet OSF associé ne doit jamais accueillir de données directement identifiantes.
La pratique la plus robuste consiste à joindre au projet OSF, une fois l’étude terminée, un court tableau des écarts : élément prévu, élément réalisé, raison du changement, impact estimé sur l’interprétation. Ce document, souvent négligé, est précisément ce qu’examinent les relecteurs attentifs et les membres de jury formés à la science ouverte.
Points clés à retenir
- Le préenregistrement fixe par écrit et de façon horodatée hypothèses, protocole et plan d’analyse avant les données.
- Il ne proscrit pas l’exploration ; il en clarifie le statut.
- OSF Registries permet un dépôt public ou sous embargo temporaire.
- Les Registered Reports ajoutent une évaluation par les pairs avant la collecte et un engagement de publication.
- En France, le CNRS, l’Inist et le Comité pour la science ouverte accompagnent ces pratiques.
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Questions fréquentes
Le préenregistrement est-il obligatoire pour un mémoire ou une thèse en France ?
Non, il n’existe pas d’obligation générale. Il est encouragé dans le cadre de la politique nationale de science ouverte et des formations à l’intégrité scientifique, et certaines équipes ou revues l’attendent. Pour une étude quantitative testant des hypothèses, c’est un atout méthodologique que les jurys apprécient.
Peut-on modifier un préenregistrement déposé sur OSF ?
L’enregistrement est figé une fois soumis : c’est ce qui garantit sa valeur. En cas de changement, on ne réécrit pas le document initial ; on signale et justifie les écarts dans le mémoire ou l’article, et l’on peut ajouter au projet OSF une note datée décrivant les modifications.
Un préenregistrement rend-il mon idée visible par tous avant publication ?
Pas nécessairement. OSF Registries permet de déposer un protocole de façon publique ou sous embargo temporaire. Le document est horodaté dès le dépôt, ce qui établit l’antériorité de votre plan, mais il ne devient consultable qu’à la levée de l’embargo.
Quelle différence entre un préenregistrement et un Registered Report ?
Le préenregistrement est un dépôt réalisé par le chercheur sans évaluation préalable. Le Registered Report est un format de revue : le protocole est évalué par les pairs avant la collecte et, s’il est validé, reçoit une acceptation de principe qui garantit la publication indépendamment de la nature des résultats, à condition que la méthode approuvée soit suivie.
Peut-on préenregistrer une étude qualitative ou fondée sur des données existantes ?
Oui. Pour une étude qualitative, le préenregistrement porte sur l’échantillonnage, les outils de collecte et la stratégie d’analyse. Pour des données secondaires, il doit être déposé avant leur analyse et préciser honnêtement ce que le chercheur connaît déjà du jeu de données.
