L’avant-projet de mémoire d’économie : le protocole à déposer avant de commencer, avec exemple rédigé (2026)

En économie, plus que dans beaucoup d’autres disciplines, un sujet de mémoire ne vaut que par les données qu’il est possible de réunir pour le traiter. C’est pour cette raison que de nombreux masters recherche et masters professionnels en économie demandent, avant l’attribution d’un directeur, un document court appelé avant-projet, protocole ou note de cadrage : il sert à vérifier, avant que l’étudiant n’investisse des mois de travail, que la question posée est empiriquement testable avec des données réellement accessibles. Voici sa structure et un exemple entièrement rédigé.

Pourquoi l’avant-projet compte plus en économie qu’ailleurs

Un mémoire de sociologie ou de psychologie peut, dans une certaine mesure, ajuster sa méthode en cours de route si l’accès au terrain se complique. Un mémoire d’économie appliquée, lui, repose presque toujours sur une base de données précise — panel Insee, série macroéconomique de la Banque de France, microdonnées d’enquête, données d’entreprise — et si cette base n’existe pas, n’est pas accessible à un étudiant, ou ne couvre pas la période ou la population voulue, le sujet entier s’effondre. L’avant-projet est le document qui force à vérifier cette disponibilité avant de s’engager, pas après.

C’est pour cette raison que la structure d’un avant-projet en économie accorde une place plus importante à la source de données que dans d’autres disciplines : ce n’est pas une section secondaire, c’est souvent la section qui décide si le sujet est validé ou renvoyé pour être retravaillé.

La structure attendue

1. Titre de travail et rattachement

Un intitulé provisoire, le champ de l’économie concerné (économétrie appliquée, économie du travail, économie internationale, économie de la santé, économie publique…) et le directeur ou l’équipe de recherche pressentis.

2. Contexte et question de recherche provisoire

Une demi-page qui situe la question dans la littérature existante, avec trois à cinq références clés, et qui la formule sous une forme testable — le plus souvent une question d’effet causal ou de corrélation entre deux phénomènes économiques mesurables.

3. Cadre théorique de référence

Le ou les modèles économiques mobilisés (modèle de croissance, théorie du capital humain, modèle de recherche d’emploi, économie comportementale…), même sommairement présentés à ce stade — un avant-projet qui ne rattache sa question à aucun cadre théorique reconnaissable a peu de chances d’être validé.

4. Source de données et méthode envisagée

La base précise visée, sa période de couverture, son unité d’observation (individus, entreprises, pays, régions), et la méthode économétrique pressentie (données de panel, différence de différences, régression sur discontinuité, appariement…). C’est la section où l’accès réel doit être démontré, pas seulement affirmé : identifiant de la base, condition d’accès (libre, sur demande, via le Centre d’accès sécurisé aux données), délai d’obtention connu.

5. Faisabilité et calendrier

Un calendrier sommaire qui intègre, le cas échéant, le délai d’obtention d’un accès sécurisé aux données — souvent plusieurs semaines, voire davantage, pour les données administratives françaises — avant même de pouvoir commencer le traitement.

6. Bibliographie indicative

Cinq à dix références, suffisantes pour montrer que le sujet est ancré dans un champ actif de la littérature économique sans anticiper toute la revue de littérature à venir.

Exemple entièrement rédigé (illustratif, à adapter)

L’exemple qui suit est une trame construite pour illustrer la méthode ; les résultats attendus qu’il évoque sont hypothétiques et n’anticipent aucune analyse réelle.

Titre de travail : Effet du salaire minimum sur l’emploi des jeunes peu qualifiés en France : une approche par différence de différences sur les zones frontalières.

Contexte : La littérature économique sur l’effet du salaire minimum sur l’emploi reste divisée depuis les travaux de Card et Krueger dans les années 1990, qui ont remis en cause la prédiction néoclassique standard d’un effet négatif univoque. Peu d’études récentes exploitent la variation géographique du coût du travail relatif aux frontières françaises pour identifier cet effet.

Question de recherche provisoire : Les zones d’emploi frontalières avec un pays au salaire minimum plus faible connaissent-elles un effet différencié du SMIC sur l’emploi des jeunes peu qualifiés, comparées aux zones non frontalières ?

Cadre théorique : modèle néoclassique de concurrence sur le marché du travail versus modèle de monopsone, qui prédisent des effets de signe opposé.

Source de données envisagée : données salariales individuelles de l’Insee (Base Tous salariés, ex-DADS), agrégées au niveau de la zone d’emploi et croisées avec les dates de revalorisation du SMIC ; accès via le Centre d’accès sécurisé aux données (CASD), demande à déposer dès le mois de septembre compte tenu du délai d’instruction.

Méthode envisagée : différence de différences exploitant les zones frontalières comme groupe traité et les zones intérieures comparables comme groupe de contrôle.

Faisabilité : accès CASD à sécuriser en priorité ; solution de repli identifiée (données d’emploi localisées publiées en accès libre par l’Insee, moins détaillées par âge et par qualification) si l’accès sécurisé n’aboutit pas à temps.

Un second exemple, hors économétrie du travail : l’économie internationale

La logique de l’avant-projet reste identique quel que soit le sous-champ de l’économie, mais la nature de la source de données change. Un second exemple, sur un sujet d’économie internationale, illustre cette variation.

Visualisation des flux commerciaux internationaux pour un avant-projet de mémoire d'économie
Un sujet d’économie internationale change la nature de la source de données à sécuriser.

Titre de travail : L’effet des accords de libre-échange bilatéraux de l’Union européenne sur les flux commerciaux agricoles : une estimation par modèle de gravité.

Contexte : Le modèle de gravité, qui explique le commerce bilatéral par la taille économique des pays et la distance qui les sépare, reste l’outil standard pour évaluer l’effet ex post des accords commerciaux, mais son application au seul secteur agricole, plus protégé et plus politiquement sensible que l’industrie manufacturière, reste peu documentée pour les accords récents de l’Union européenne.

Question de recherche provisoire : Les accords de libre-échange bilatéraux signés par l’Union européenne depuis 2010 ont-ils eu un effet mesurable sur les flux commerciaux agricoles avec les pays partenaires, une fois contrôlé l’effet gravitationnel standard ?

Cadre théorique : modèle de gravité du commerce international, fondé théoriquement notamment sur le modèle de concurrence monopolistique de Krugman et, pour la résistance multilatérale, sur les travaux d’Anderson et van Wincoop.

Source de données envisagée : base Comtrade des Nations unies pour les flux commerciaux bilatéraux désagrégés par produit, croisée avec la base des accords commerciaux régionaux de l’Organisation mondiale du commerce ; les deux bases sont consultables gratuitement (pour Comtrade, avec un compte gratuit plafonné à 100 000 enregistrements par requête et 500 appels d’API par jour, les fichiers en masse étant réservés à l’abonnement premium), ce qui simplifie nettement la faisabilité par rapport à un sujet nécessitant des données administratives protégées.

Méthode envisagée : modèle de gravité en panel avec effets fixes exportateur-année et importateur-année, variable muette d’accord commercial en vigueur.

Faisabilité : données accessibles gratuitement, donc risque de faisabilité faible ; point de vigilance plutôt sur le temps d’extraction, de nettoyage et d’agrégation des données de flux commerciaux désagrégées, potentiellement volumineuses au regard des plafonds de téléchargement gratuit.

La comparaison des deux exemples montre pourquoi la section source de données pèse autant dans l’évaluation d’un avant-projet d’économie : le premier sujet porte un risque de faisabilité réel (accès sécurisé à obtenir, délai incertain), le second beaucoup moins (données accessibles gratuitement), ce qui influence directement la façon dont un directeur évaluera chaque projet, indépendamment de la qualité de la question de recherche elle-même.

Les trois raisons pour lesquelles un avant-projet d’économie est refusé

Sortie de régression économétrique pour un avant-projet de mémoire d'économie
Une stratégie d’identification économétrique mal choisie est un motif fréquent de refus.
  • La donnée n’existe pas encore, ou pas sous cette forme. Un sujet qui suppose une base croisant deux sources qui ne communiquent pas entre elles (par exemple des données fiscales individuelles et des données de santé) se heurte souvent à une impossibilité juridique ou technique d’appariement, pas seulement pratique.
  • Aucun cadre théorique n’encadre la question. Une corrélation observée sans modèle économique sous-jacent n’est pas un sujet de mémoire d’économie, c’est une observation statistique sans interprétation possible.
  • La méthode économétrique n’est pas adaptée à la question posée. Vouloir établir un effet causal avec une simple régression en coupe, sans stratégie d’identification (instrument, discontinuité, panel), ne convainc pas un directeur d’économétrie appliquée.

Solution de repli : toujours en prévoir une

Contrairement à d’autres disciplines où l’ajustement du sujet en cours d’année reste relativement souple, un mémoire d’économie qui repose sur une base de données non garantie doit prévoir, dès l’avant-projet, une solution de repli explicite : une base alternative moins fine mais accessible en open data, une période de couverture plus courte, ou une réduction du périmètre géographique. Présenter ce plan B directement dans l’avant-projet, plutôt que de le découvrir en janvier si l’accès demandé est refusé, rassure autant le directeur que la solidité du projet lui-même.

Aller plus loin

Une fois l’avant-projet validé, l’étape suivante consiste à cartographier précisément les sources de données disponibles en économie et leurs pièges avant de s’engager définitivement sur une base. Pour la rédaction du protocole détaillé qui suit la validation de l’avant-projet, la structure générale d’un protocole de recherche de mémoire de master reste un bon point de départ, à compléter par les spécificités économétriques de votre méthode. Si votre sujet s’appuie sur des données de panel, notre étude de cas sur l’exploitation de données de panel avec effets fixes sous Stata détaille la mise en œuvre technique une fois l’avant-projet validé.

Foire aux questions

Faut-il déjà avoir obtenu l’accès à sa base de données au moment de l’avant-projet ?

Non, mais il faut avoir identifié la procédure d’accès exacte (organisme, conditions, délai) et l’avoir engagée si elle est longue, comme une demande auprès du Centre d’accès sécurisé aux données. Un avant-projet qui se contente d’écrire « j’utiliserai les données Insee » sans préciser lesquelles ni comment y accéder est incomplet.

Un avant-projet purement théorique, sans données empiriques, est-il possible en économie ?

C’est plus rare en master, où la plupart des mémoires sont appliqués, mais certains parcours (théorie économique, économie mathématique) acceptent des mémoires de modélisation pure. Dans ce cas, l’avant-projet remplace la section données par une section hypothèses de modélisation et méthode de résolution.

Que faire si la base de données envisagée s’avère finalement inaccessible ?

C’est exactement ce que la solution de repli prévue dès l’avant-projet doit permettre d’éviter en catastrophe : basculer vers l’alternative identifiée, quitte à réduire l’ambition du sujet, plutôt que changer entièrement de question de recherche en cours d’année.

Le cadre théorique doit-il être définitif dès l’avant-projet ?

Non, mais il doit être identifié : le modèle ou le courant théorique auquel la question se rattache (néoclassique, keynésien, institutionnaliste, comportemental…) peut encore être affiné ou nuancé une fois la revue de littérature complète effectuée, mais son absence totale à ce stade signale généralement une question encore trop empirique, sans ancrage disciplinaire suffisant pour un mémoire d’économie.

Les données en libre accès rendent-elles un avant-projet automatiquement plus solide ?

Elles réduisent le risque de faisabilité, ce qui est un vrai atout, mais un directeur regardera aussi la qualité de la stratégie d’identification économétrique : un sujet aux données parfaitement accessibles mais sans stratégie causale convaincante ne sera pas mieux noté qu’un sujet plus ambitieux dont le risque d’accès est correctement anticipé et couvert par un plan de repli.

Un avant-projet d’économie solide se construit autour de la donnée autant que de la question : c’est ce qui le distingue des autres disciplines. Tesify peut vous aider à structurer cette note, à vérifier la cohérence entre votre question, votre cadre théorique et votre stratégie d’identification économétrique avant de la soumettre à votre directeur. Essayez Tesify gratuitement pour cadrer votre avant-projet de mémoire d’économie.

Rédige ton mémoire avec l’IA

Pose ton plan, avance chapitre par chapitre et garde ta bibliographie propre.

Commencer gratuitement → Sans carte bancaire

Catégories