Taux d’abandon en thèse de doctorat en France : chiffres 2026, causes et durée réelle

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Taux d’abandon en thèse de doctorat en France : chiffres 2026, causes et durée réelle

Sur les 69 600 étudiants inscrits en doctorat en France à la rentrée 2023-2024, une proportion significative ne déposera jamais sa thèse. Les statistiques officielles sur le taux d’abandon en thèse de doctorat en France restent peu centralisées, mais les données du SIES (Sous-direction des systèmes d’information et des études statistiques, MESR), les rapports d’évaluation du HCERES et le rapport Pommier-Lazarus de novembre 2024 permettent désormais de dresser un tableau précis. Cet article compile l’ensemble des données disponibles : taux d’abandon par discipline, durée réelle de la thèse, effet du financement et facteurs humains qui précipitent le décrochage.

Résultat clé

Le taux de réussite en doctorat est estimé à environ 87 % pour 2023-2024 (SIES/MESR), soit un taux d’abandon d’environ 13 % sur l’ensemble du cycle. Ce taux varie fortement selon la discipline et le financement : inférieur à 5 % dans les écoles doctorales scientifiques bien dotées, il peut dépasser 30 % en sciences humaines et sociales lorsque les doctorants ne bénéficient d’aucun financement dédié. La durée réelle de la thèse s’étend de moins de 40 mois en sciences exactes à plus de 72 mois en SHS.

Panorama des effectifs doctoraux 2023-2024

Le doctorat français est en contraction structurelle depuis plus d’une décennie. À la rentrée 2023-2024, le MESR/SIES dénombre 69 600 inscrits en doctorat, soit une baisse de 1,5 % en un an et de 11,2 % par rapport à la rentrée 2012. Le nombre de primo-inscrits recule de 13,6 % sur la même période, même si la rentrée 2023-2024 enregistre un rebond de +4,6 % avec 16 500 nouveaux doctorants — signe que la désaffection n’est pas irréversible.

Effectifs doctoraux par champ disciplinaire — rentrée 2023-2024 (Source : MESR/SIES, EESRI n°18)
Champ disciplinaire Inscrits Part du total
Sciences exactes et applications 26 332 37,8 %
Sciences humaines et humanités 17 980 25,8 %
Sciences du vivant 13 026 18,7 %
Sciences de la société 12 301 17,7 %
Total 69 600 100 %

Côté résultats, le bilan est plus encourageant : 15 187 diplômes de doctorat ont été conférés en 2023, un record absolu (+9,6 % par rapport à 2022, +2,6 % par rapport à 2012), en partie grâce au rattrapage post-pandémie. Les hausses les plus marquées concernent les sciences agronomiques (+20,8 %), les sciences exactes (+20,2 %) et les sciences du vivant (+14,8 %). À l’inverse, les sciences humaines et sociales affichent un léger recul de −2,2 % du nombre de primo-inscrits.

Taux d’abandon en thèse de doctorat : ce que disent les données nationales

La mesure centralisée du taux d’abandon en thèse de doctorat en France reste lacunaire. Le MESR ne publie pas de taux national consolidé d’attrition : les données disponibles proviennent des enquêtes SIES sur les promotions de nouveaux docteurs, des rapports d’évaluation HCERES portant sur les écoles doctorales et des travaux de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE). La synthèse de ces sources permet néanmoins de dégager des ordres de grandeur solides.

La donnée la plus synthétique disponible est le taux de réussite estimé à 87 % pour 2023-2024 (SIES), ce qui implique un taux d’abandon global d’environ 13 % sur l’ensemble du cycle doctoral toutes disciplines confondues.

Ce que révèlent les évaluations HCERES école doctorale par école doctorale

Dans leurs rapports d’évaluation des écoles doctorales, les comités d’experts du HCERES documentent systématiquement les taux d’abandon. L’analyse croisée de ces rapports individuels met en évidence une amélioration tendancielle significative :

  • Taux moyen d’abandon estimé à 12,1 % pour les promotions entrantes en 2017-2018
  • Ramené à 6,3 % pour les promotions entrantes en 2021-2022
  • Moyenne consolidée sur la période évaluée : environ 8,6 %
  • Dans les écoles doctorales scientifiques bien dotées : taux fréquemment inférieurs à 5 %
  • Dans les disciplines peu financées : taux pouvant dépasser 30 %
Point méthodologique : attention à l’interprétation des chiffres bruts

Une fraction des abandons officiellement comptabilisés correspond à des doctorants qui ont trouvé un emploi avant la soutenance — notamment via des conventions CIFRE en entreprise ou des recrutements en collectivités. Dans certaines écoles doctorales évaluées par le HCERES, ce motif représente la moitié des sorties sans diplôme. Le taux d’abandon « subi » — véritablement involontaire — est donc structurellement inférieur aux chiffres bruts présentés dans les rapports.

Durée réelle de la thèse par discipline

L’arrêté du 25 mai 2016 relatif à la formation doctorale fixe à trois ans en équivalent temps plein la durée normale de préparation d’une thèse. La réalité statistique s’éloigne sensiblement de cette norme selon la discipline, le type de financement et le contexte institutionnel.

Durée réelle de la thèse par discipline — promotions 2023 (Source : MESR/SIES)
Discipline Part terminant en < 40 mois Part dépassant 72 mois Profil type
Sciences exactes et applications 37,6 % Faible Contrat doctoral 3 ans
Sciences du vivant 40,5 % Faible Contrat doctoral 3–4 ans
Sciences humaines et sociales < 14 % 37,3 % Souvent sans financement dédié
Toutes disciplines 38 % ~10 %

Le contraste est saisissant : en sciences du vivant et en sciences exactes, les doctorants financés terminent leur thèse avec une régularité proche du calendrier légal. En SHS, plus de 8 doctorants sur 10 ne respectent pas les 40 mois réglementaires, et plus d’un tiers mettent plus de six ans. La corrélation avec le financement est directe : seuls 4 doctorants en SHS sur 10 bénéficient d’un contrat doctoral ou d’une allocation dédiée, contre 7 sur 10 en moyenne nationale (données AEF info / SIES).

La comparaison dans le temps confirme une légère dégradation post-pandémie : la proportion de doctorants soutenant en moins de 40 mois était de 43 % pour la promotion 2016 (contre 38 % en 2023), en lien avec les reports de soutenance contraints par la crise sanitaire de 2020.

Le financement, premier déterminant de la réussite doctorale

Le lien entre financement et probabilité d’aller au bout de la thèse est la donnée la plus robuste et la plus constamment documentée de la littérature sur le doctorat français. Le rapport Pommier-Lazarus (novembre 2024), commandé par les ministres chargés de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’industrie, consolide cette démonstration avec des données récentes.

Financement des primo-inscrits en doctorat par discipline — 2023-2024 (Source : Rapport Pommier-Lazarus / MESR)
Discipline Taux de financement dédié Part combinant thèse et emploi Sans financement ni emploi
Sciences exactes et applications 97,1 % 3 % Marginal
Sciences du vivant 85,3 % 15 % Rare
Sciences humaines et sociales 50,9 % 30 % ~20 %
Toutes disciplines 79,2 % 14 % 6,5 %

Ce taux global de 79,2 % de primo-inscrits financés représente une amélioration notable par rapport à 2012 (68,1 %), soit un gain de 11 points en une décennie. La structure du financement se décompose ainsi pour 2023-2024 (MESR/SIES) :

  • Contrats doctoraux MESR : 40,8 % des financements
  • Organismes de recherche (CNRS, Inserm, CEA, etc.) : 16,9 %
  • Conventions CIFRE (industrie) : 9,9 %
  • Financement par un établissement étranger : 10,6 %

La conséquence directe sur l’abandon : selon les rapports d’évaluation HCERES, dans les disciplines où le financement est la norme, les abandons restent l’exception. À l’inverse, parmi les doctorants en SHS sans financement ni emploi régulier — environ 20 % de cette population —, le risque de décrochage est le plus élevé.

Causes de l’abandon : encadrement, isolement et précarité financière

Au-delà du financement, la décision d’abandonner la thèse est multifactorielle. Les travaux publiés dans la Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur (OpenEdition) et les enquêtes de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) identifient trois catégories de déterminants qui s’alimentent mutuellement.

La relation d’encadrement : facteur protecteur ou déclencheur

La qualité de la relation entre le doctorant et son directeur de thèse constitue le premier déterminant non financier du parcours doctoral. Une direction claire, un retour régulier sur les travaux et une capacité à sortir le doctorant de l’isolement intellectuel réduisent considérablement le risque d’abandon. À l’inverse, une supervision défaillante — consignes floues, indisponibilité chronique, conflits interpersonnels — figure parmi les premiers motifs explicitement mentionnés dans les études qualitatives françaises sur le décrochage doctoral.

La charte d’intégrité scientifique en thèse, rendue obligatoire par le décret du 26 août 2022, encadre désormais les obligations mutuelles entre le doctorant, son directeur et son institution. Elle prévoit notamment des formations obligatoires à l’éthique de la recherche — une mesure qui contribue à clarifier les attendus du parcours doctoral et à réduire les malentendus susceptibles de mener à l’abandon.

Isolement social et santé mentale : une problématique documentée

Le doctorat est structurellement une expérience solitaire, particulièrement en SHS où les doctorants travaillent souvent en dehors des grands laboratoires collectifs. Le Réseau National des Collèges Doctoraux (RNCD) indique que, parmi les doctorants inscrits en 2022-2023, 54 % se déclaraient exposés au stress. Cette prévalence est cohérente avec des données comparatives publiées dans la littérature internationale en sciences de l’éducation, qui montrent que les doctorants présentent des niveaux de vulnérabilité psychologique significativement plus élevés que des salariés de niveau de qualification comparable.

Les variables les plus corrélées à la dégradation du bien-être incluent l’isolement social, la difficulté à maintenir une vie en dehors de la thèse et le sentiment de stagnation face aux exigences de production scientifique. Ces facteurs se cumulent chez les doctorants précaires qui combinent rédaction et activité salariée à temps plein. Les enquêtes récentes sur les usages numériques montrent par ailleurs que les étudiants chercheurs intègrent progressivement des outils d’IA dans leur pratique de recherche documentaire et de rédaction — une évolution dont les implications sur les pratiques académiques sont suivies de près, comme en témoignent les statistiques sur l’utilisation de l’IA par les étudiants en 2026 (fr.tesify.pro).

Précarité financière et travail contraint

Pour les doctorants sans financement dédié, la thèse se rédige en parallèle d’une activité professionnelle souvent incompatible avec le rythme de la recherche. Les données de l’enquête OVE 2020 (n = 636 doctorants) montrent que 80 à 90 % des doctorants en situation de travail occasionnel déclarent ne pas pouvoir couvrir leurs besoins mensuels — un signal fort de précarité structurelle qui pèse directement sur la motivation à poursuivre.

Les statistiques sur la mobilité étudiante internationale en France 2026 illustrent un contraste révélateur : les doctorants bénéficiant de co-tutelles ou de financements internationaux accèdent à des structures d’encadrement diversifiées qui atténuent ces risques. Pourtant, les inscriptions en co-tutelle internationale ont elles aussi reculé à 931 primo-inscrits en 2023-2024, niveau le plus bas depuis 2012 selon le MESR/SIES — une convergence préoccupante de plusieurs indicateurs négatifs.

Tendances 2026 et perspectives

Une contraction structurelle des effectifs qui se confirme

La France a perdu 18 % de nouveaux inscrits en doctorat entre 2010 et 2022 (AEF info / MESR). Si le rebond de rentrée 2023-2024 est encourageant, il ne compense pas la tendance de fond. La désaffection est particulièrement marquée en sciences humaines, où le déficit chronique de financement, la durée allongée des thèses et des perspectives d’insertion académique limitées se cumulent pour décourager les vocations.

La professionnalisation du doctorat comme réponse structurelle

Le rapport Pommier-Lazarus (2024) formule dix recommandations pour améliorer la reconnaissance et la valorisation du doctorat en entreprise, notamment en augmentant la part des docteurs parmi les chercheurs et ingénieurs du secteur privé. L’objectif est d’élargir les débouchés pour réduire le sentiment d’impasse qui pousse certains doctorants à l’abandon — en particulier ceux dont les perspectives académiques s’avèrent étroites.

La vague E du HCERES : un suivi renforcé à partir de 2026

La vague E des évaluations HCERES (2026), portant sur les universités d’Île-de-France et des Hauts-de-France, renforce le suivi des taux de complétion et des délais de soutenance dans son référentiel d’évaluation des formations doctorales. Les écoles doctorales concernées devront documenter plus précisément leurs dispositifs d’accompagnement des doctorants en difficulté — ce qui améliorera la disponibilité des données nationales d’ici 2027. Pour repérer les écoles doctorales par discipline et établissement, l’annuaire des écoles doctorales en France par discipline 2026 constitue un point d’entrée structuré.

La valorisation de l’archive ouverte comme levier de visibilité

Dans ce contexte de contraction, rendre visibles ses travaux doctoraux prend une importance accrue, y compris pour les doctorants qui n’iront pas jusqu’à la soutenance. Le dépôt en archive ouverte nationale — dont le guide pratique est détaillé dans HAL/DUMAS : publier son mémoire étape par étape 2026 — permet d’assurer la diffusion et de valoriser une contribution scientifique partielle le cas échéant.

À titre comparatif, les taux d’abandon à l’université en France au niveau licence et master présentent un profil différent — concentrés en première année de licence, souvent liés à l’orientation plutôt qu’à la précarité — mais les facteurs financiers et d’accompagnement restent des constantes à tous les niveaux du cycle universitaire.

Questions fréquentes sur le taux d’abandon en thèse de doctorat en France

Quel est le taux d’abandon moyen en thèse de doctorat en France ?

Le taux de réussite en doctorat est estimé à environ 87 % pour 2023-2024 (SIES/MESR), ce qui correspond à un taux d’abandon d’environ 13 % sur l’ensemble du cycle. Les rapports d’évaluation HCERES sur les écoles doctorales documentent une amélioration notable : de 12,1 % pour les promotions 2017-2018 à 6,3 % pour les promotions 2021-2022, avec une moyenne consolidée d’environ 8,6 %.

Quelle discipline enregistre le plus fort taux d’abandon en doctorat ?

Les sciences humaines et sociales (SHS) enregistrent les taux d’abandon les plus élevés. Avec seulement 50,9 % des primo-inscrits bénéficiant d’un financement dédié (contre 97,1 % en sciences exactes), les doctorants en SHS sont contraints de combiner thèse et activité salariée, ce qui allonge la durée et multiplie le risque de décrochage. Dans les écoles doctorales en SHS sans financement structurel, les taux d’abandon peuvent dépasser 30 %.

Combien de temps dure réellement une thèse de doctorat en France ?

La durée légale est de trois ans (arrêté du 25 mai 2016). En pratique, en sciences exactes, 37,6 % des doctorants soutiennent en moins de 40 mois ; en sciences du vivant, 40,5 %. En SHS, plus de 37 % mettent plus de 72 mois (six ans) et moins de 14 % terminent dans les 40 mois réglementaires. Toutes disciplines confondues, 38 % des docteurs de la promotion 2023 ont soutenu en moins de 40 mois (MESR/SIES).

Quelles sont les principales causes d’abandon d’une thèse de doctorat ?

Les principales causes documentées sont : (1) la précarité financière — absence de contrat doctoral ou de financement dédié ; (2) les problèmes d’encadrement — indisponibilité du directeur, consignes floues, conflits relationnels ; (3) l’isolement social et les difficultés de santé mentale (54 % des doctorants se déclarent exposés au stress, enquête RNCD 2022-2023) ; (4) un marché académique étroit qui décourage la poursuite au-delà des premières années d’inscription.

Le taux d’abandon en doctorat augmente-t-il ou diminue-t-il en France ?

Les données HCERES suggèrent une tendance à la baisse du taux d’abandon : de 12,1 % (promotions 2017-2018) à 6,3 % (promotions 2021-2022). Cette amélioration s’explique en partie par la hausse du taux de financement des primo-inscrits, passé de 68,1 % en 2012 à 79,2 % en 2023-2024. La contraction globale des effectifs doctoraux (−11,2 % entre 2012 et 2023) signale néanmoins une désaffection structurelle qui dépasse la seule question de l’abandon en cours de thèse.

Que se passe-t-il si on abandonne sa thèse en cours de route ?

Un abandon n’est pas irréversible. Plusieurs options sont prévues par la réglementation française : la suspension d’inscription (accordée par le chef d’établissement, notamment pour raisons médicales ou familiales), le transfert vers un autre établissement avec un nouvel encadrement, ou l’interruption temporaire avec reprise ultérieure. Les travaux produits — articles publiés, chapitres rédigés — peuvent par ailleurs être valorisés indépendamment de la soutenance finale.

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