Neuf questionnaires de mémoire sur dix passent aujourd’hui par un formulaire en ligne, diffusé par lien, groupe ou réseau social. Et neuf chapitres méthode sur dix continuent d’en rendre compte comme d’un questionnaire papier : « 132 réponses ont été recueillies ». Recueillies sur combien de personnes touchées ? Combien ont ouvert sans répondre, commencé sans finir, répondu deux fois ? Une grille internationale codifie exactement ce qu’un questionnaire en ligne doit déclarer : CHERRIES — Checklist for Reporting Results of Internet E-Surveys —, publiée par Gunther Eysenbach dans le Journal of Medical Internet Research (2004;6(3):e34). Voici comment l’appliquer à votre mémoire, rubrique par rubrique.
Pourquoi le questionnaire en ligne change les règles
Sur le papier, l’enquêteur sait à qui il a distribué. En ligne, la population réellement exposée au lien est floue, l’abandon en cours de route est massif et invisible, et rien n’empêche mécaniquement une même personne de répondre deux fois. Ces trois différences ne condamnent pas la méthode — elles créent trois obligations de transparence. CHERRIES les organise en huit rubriques : conception ; approbation éthique et consentement ; développement et pré-test ; recrutement et description de l’échantillon ; administration du questionnaire ; taux de réponse ; prévention des réponses multiples ; analyse.

Les trois taux que votre chapitre méthode doit distinguer
Le cœur de la grille — et son apport le plus immédiat pour un mémoire — est la décomposition du « taux de réponse » en trois ratios distincts :
Le taux de vue (view rate) : le nombre de visiteurs uniques de la première page du questionnaire rapporté au nombre de visiteurs uniques du site ou du canal de diffusion. Dans un mémoire diffusé par lien direct, ce taux est souvent incalculable — et CHERRIES vous autorise à le dire, du moment que vous le dites.
Le taux de participation (participation rate) : parmi ceux qui ont vu la première page, combien ont accepté de participer — c’est-à-dire rempli la première page. C’est votre vrai taux d’adhésion.
Le taux de complétion (completion rate) : parmi ceux qui ont commencé, combien sont allés au bout et ont soumis la dernière page. C’est lui qui révèle un questionnaire trop long — et c’est le plus facile à calculer, car la plupart des plateformes distinguent réponses partielles et complètes.
Dans votre mémoire, une seule phrase bien construite règle la rubrique : « le lien a été ouvert par N₁ personnes, N₂ ont rempli la première page (taux de participation : x %), N₃ ont soumis le questionnaire complet (taux de complétion : y %) ; les analyses portent sur les N₃ réponses complètes ». Comparez ce que dit cette phrase à « 132 réponses ont été recueillies » : c’est toute la différence entre un chiffre et une méthode.
Les doublons : la rubrique que personne ne traite
CHERRIES consacre une rubrique entière à la prévention des réponses multiples. Les questions qu’elle pose : avez-vous utilisé des cookies — et sur quelle page le cookie était-il posé et lu, avec quelle durée de validité ? Avez-vous contrôlé les adresses IP — et sur quelle fenêtre de temps deux soumissions depuis la même IP étaient-elles exclues ? Les doublons détectés ont-ils été empêchés à la saisie ou éliminés avant analyse ?
Pour un mémoire outillé avec un formulaire grand public, la réponse honnête est souvent : « aucun mécanisme technique n’empêchait les réponses multiples ; les soumissions identiques sur les variables sociodémographiques et horodatées à moins de X minutes d’intervalle ont été examinées manuellement ». C’est une limite — déclarée, elle devient de la rigueur ; tue, elle devient un angle d’attaque en soutenance.

Les autres rubriques, en une phrase chacune
Conception : dites si votre échantillon est de convenance (un lien partagé dans des groupes l’est presque toujours) et quelle population il prétend approcher. Éthique et consentement : où figurait l’information sur la finalité, la durée, l’anonymat, et ce qui valait consentement. Développement et pré-test : le questionnaire a-t-il été testé avant diffusion — par qui, avec quelles corrections ; la conception d’ensemble relève de la méthodologie quantitative par questionnaire, et le choix des items de l’adoption d’une échelle validée. Recrutement : quels canaux, sur quelle période, enquête ouverte à tous ou sur invitation. Administration : nombre de pages, questions par page, possibilité de revenir en arrière, réponses obligatoires ou non. Analyse : quelles réponses ont été exclues (incomplètes, aberrantes, trop rapides) et comment les coupures ont été décidées — avant de regarder les résultats, pas après.
La check-list inversée : lire CHERRIES avant de diffuser
La grille a été conçue pour rendre compte après coup — mais son meilleur usage en mémoire est préventif. Lue avant la mise en ligne, chaque rubrique devient un réglage : activer le comptage des réponses partielles pour pouvoir calculer le taux de complétion ; rédiger la première page d’information puisqu’elle porte le consentement ; noter dès aujourd’hui les canaux et dates de diffusion, introuvables trois mois plus tard ; décider maintenant de la règle d’exclusion des réponses expédiées en moins de deux minutes. Dix minutes de lecture avant diffusion épargnent le scénario classique : découvrir en rédigeant la méthode que la plateforme n’a pas enregistré ce qu’il fallait déclarer.
Le même réflexe vaut pour la longueur : si vos premiers testeurs mettent dix-huit minutes, votre taux de complétion s’effondrera, et la grille l’affichera. Mieux vaut couper des questions avant la diffusion que justifier un taux de 40 % après.
Ouvrez votre mémoire dans Tesify et transformez ces rubriques en sous-sections de votre chapitre méthode : la grille fournit la liste, vous écrivez chaque phrase.
Le paragraphe type, prêt à adapter
« Le questionnaire, développé sur [plateforme] et pré-testé auprès de [n] personnes, a été diffusé du [date] au [date] via [canaux] (échantillonnage de convenance). Il comportait [x] questions sur [y] pages, sans retour en arrière possible ; la première page présentait l’objet de l’étude, la durée estimée et l’anonymat des réponses, la poursuite valant consentement. [N₂] personnes ont rempli la première page et [N₃] ont soumis le questionnaire complet (taux de complétion : z %). Aucun dispositif technique n’empêchait les réponses multiples ; [k] soumissions suspectes ont été examinées et [k’] exclues avant analyse. Les analyses portent sur les réponses complètes uniquement. Le compte rendu suit la grille CHERRIES (Eysenbach, 2004). » Neuf phrases — et une méthode qui n’a plus rien à cacher.
Questions fréquentes
CHERRIES est-elle obligatoire pour un mémoire ?
Non — c’est un standard éditorial conçu pour les revues, adopté volontairement. Son intérêt pour un mémoire est double : elle vous donne la liste exacte de ce qu’un lecteur exigeant attendra de votre chapitre méthode, et elle transforme les fragilités inévitables du questionnaire en ligne en limites déclarées.
Ma plateforme ne me donne pas le nombre de visiteurs de la première page. Que faire ?
Déclarez ce que vous pouvez calculer et nommez ce que vous ne pouvez pas : « le taux de vue n’est pas calculable avec l’outil utilisé ». La grille demande la transparence, pas des chiffres que votre dispositif ne produit pas. Choisissez toutefois, à l’avenir, une plateforme qui distingue au minimum réponses commencées et complètes.
Dois-je exclure les réponses incomplètes ?
Pas nécessairement — mais vous devez dire ce que vous en faites. Les analyser avec les complètes change vos effectifs question par question ; les exclure réduit l’échantillon. L’important est d’annoncer la règle avant l’analyse et de la tenir.
Un questionnaire diffusé sur les réseaux sociaux est-il valable pour un mémoire ?
Oui, à condition d’en assumer la nature : échantillon de convenance, non représentatif, dont vous décrivez les canaux et les biais probables. Ce qui disqualifie un mémoire n’est presque jamais le mode de diffusion — c’est la prétention à une représentativité que le dispositif ne permet pas.
Comment citer la grille ?
Eysenbach G., « Improving the Quality of Web Surveys: The Checklist for Reporting Results of Internet E-Surveys (CHERRIES) », Journal of Medical Internet Research, 2004;6(3):e34. Annoncez-la en une phrase dans la méthode et citez-la en bibliographie, comme toute référence méthodologique.
Calculez vos trois taux, réglez la question des doublons, écrivez le paragraphe type — puis rédigez la suite de votre mémoire avec Tesify : la structure vous suit, chaque phrase reste la vôtre.



























