Il est tard, SPSS vient de vous rendre un test de conditions significatif, et vous cherchez une seule information : qu’est-ce que je fais maintenant ?
Cette page est faite pour ça. Elle réunit les onze conditions d’application qu’un mémoire quantitatif rencontre réellement, et pour chacune : comment on la diagnostique, quel seuil s’applique, ce qu’on fait quand elle échoue, et où lire le détail.
Un principe la traverse. Une condition violée n’invalide presque jamais un mémoire. Chacune a une correction ou une alternative documentée. Ce qu’un jury sanctionne, ce n’est pas une condition non respectée — c’est une condition non testée, ou testée puis ignorée.
Le tableau de correspondance
| Condition | Diagnostic | Seuil | Plan de secours |
|---|---|---|---|
| Normalité (2 groupes) | Shapiro-Wilk + Q-Q plot | p < 0,05 | Mann-Whitney, ou test t si n > 30 |
| Normalité (3 groupes et +) | Shapiro-Wilk par groupe | p < 0,05 | Kruskal-Wallis |
| Normalité des résidus (régression) | Q-Q plot des résidus | Écart visuel net | Bootstrap des IC |
| Variances égales (2 groupes) | Levene | p < 0,05 | Ligne « variances inégales » (Welch) |
| Variances égales (3 groupes et +) | Levene | p < 0,05 | ANOVA de Welch + Games-Howell |
| Sphéricité (mesures répétées) | Mauchly + epsilon | p < 0,05 | Greenhouse-Geisser ou Huynh-Feldt |
| Homoscédasticité (régression) | Nuage résidus × prédites | Forme d’entonnoir | Transformation log, ou erreurs standard robustes |
| Multicolinéarité | VIF et tolérance | VIF > 10 (alerte dès 5) | Retirer, combiner, ou assumer |
| Indépendance des résidus | Durbin-Watson | Hors 1,5-2,5 | Modèle multiniveau ou mesures répétées |
| Linéarité | Nuage résidus × prédites | Courbure visible | Terme quadratique, transformation, découpage en classes |
| Absence de points influents | Distance de Cook | > 1 | Analyse de sensibilité avec et sans |

Les conditions, une par une
1 et 2. La normalité
C’est la condition la plus testée et la plus mal comprise. Trois choses à savoir. D’abord, en régression, elle porte sur les résidus, pas sur vos variables brutes — tester la normalité de la variable dépendante ne renseigne pas sur la validité du modèle. Ensuite, au-delà d’une trentaine d’observations par groupe, le théorème central limite rend les tests paramétriques très robustes à un écart modéré. Enfin, le test de Shapiro-Wilk souffre du défaut de tous les tests de conditions : il ne détecte rien sur petit échantillon et devient significatif pour un rien sur grand échantillon.
Regardez donc toujours le Q-Q plot à côté du test. Détail complet dans notre article sur le test de Shapiro-Wilk et l’interprétation de la normalité.
Replis : pour deux groupes indépendants, Mann-Whitney ; pour deux mesures appariées, le test de Wilcoxon ; pour plusieurs mesures répétées, le test de Friedman.
4 et 5. L’homogénéité des variances
Le test de Levene répond à une question — les groupes sont-ils également dispersés ? — et à une seule. Il ne dit rien de la normalité, et c’est la source de l’erreur la plus répandue : basculer vers un test non paramétrique parce que Levene est significatif.
La bonne réponse est paramétrique. Pour deux groupes, c’est la ligne « variances inégales » du tableau du test t, c’est-à-dire la correction de Welch. Pour trois groupes ou plus, c’est l’ANOVA de Welch, assortie du post-hoc de Games-Howell — un enchaînement détaillé dans notre article sur les variances inégales entre Welch, Games-Howell et Kruskal-Wallis.
Nuance utile : l’ANOVA reste raisonnablement robuste à l’hétérogénéité quand les effectifs sont équilibrés. Le scénario dangereux est celui du petit groupe très dispersé face au grand groupe homogène.
6. La sphéricité
Elle ne concerne que les plans à mesures répétées comportant au moins trois niveaux — avec deux mesures, elle est vérifiée par construction et SPSS n’affiche aucun test. Le test de Mauchly l’évalue, mais les colonnes epsilon situées à sa droite sont plus informatives, car elles mesurent l’ampleur de l’écart.
Le repli est intégré : SPSS calcule d’office les lignes Greenhouse-Geisser et Huynh-Feldt. Règle usuelle : epsilon inférieur à 0,75 → Greenhouse-Geisser ; au-dessus → Huynh-Feldt. Procédure complète dans notre guide de l’ANOVA à mesures répétées.
7, 8, 9, 10 et 11. Les conditions de la régression
La régression en concentre cinq à elle seule, plus le diagnostic des points influents. Deux d’entre elles se lisent sur le même graphique — le nuage des résidus standardisés en fonction des valeurs prédites : une courbure signale un problème de linéarité, une forme d’entonnoir un problème d’homoscédasticité. Les autres se lisent dans les tableaux : Durbin-Watson pour l’indépendance, VIF et tolérance pour la multicolinéarité.
Le détail de la procédure et des cinq replis se trouve dans notre guide de la régression linéaire multiple sous SPSS, et la multicolinéarité — celle qui produit les contresens les plus coûteux — a son article dédié : multicolinéarité et VIF. Pour un modèle à variable dépendante binaire, les conditions changent : voyez la régression logistique binaire.
Les conditions qui ne se testent pas
Trois conditions décisives ne produisent aucune p-value, et ce sont souvent celles qui coûtent le plus cher.
La nature de vos variables. Continue, ordinale, nominale ? Aucun logiciel ne vous arrêtera si vous calculez une moyenne sur une variable nominale codée 1, 2, 3. Le cas limite le plus fréquent concerne les échelles de Likert : un item unique est ordinal, un score composite d’échelle est traité comme continu.
L’indépendance des observations. Elle relève du design, pas du calcul. Si vous avez interrogé trente élèves dans chacune de cinq classes, vos observations ne sont pas indépendantes, quelle que soit la valeur de Durbin-Watson.
La puissance. Une condition respectée sur vingt participants ne rachète pas un échantillon trop petit pour détecter l’effet attendu. Le calcul de taille d’échantillon avec G*Power se fait avant la collecte, jamais après.
À cela s’ajoute une condition invisible : la complétude. La suppression listwise par défaut peut réduire silencieusement votre N d’un tiers — voyez notre article sur les données manquantes.

Le paragraphe à écrire
Toutes ces vérifications tiennent en un paragraphe placé en tête de votre section résultats, avant le premier test commenté. Sa structure :
- Les conditions testées et l’instrument utilisé pour chacune.
- Les valeurs obtenues, avec les statistiques et les seuils.
- Pour chaque condition violée : la correction retenue et sa justification.
- Le cas échéant, l’analyse de sensibilité qui montre que les conclusions tiennent.
Modèle : « Les conditions d’application ont été vérifiées avant analyse. La normalité des distributions, examinée par le test de Shapiro-Wilk et les diagrammes Q-Q, est satisfaite dans les trois groupes (p > 0,05). Le test de Levene indique en revanche une hétérogénéité des variances, F(2, 117) = 5,08, p = 0,008 ; l’ANOVA de Welch et le post-hoc de Games-Howell ont donc été retenus, conformément à la règle annoncée en méthodologie. Deux observations présentant une distance de Cook supérieure à 1, les analyses ont été réétablies sans elles : les conclusions demeurent inchangées. »
Cinq phrases. Elles répondent par avance à la première question du jury, et elles montrent que vous savez ce que vous faites.
La règle d’or : annoncer avant, exécuter après
Un principe rend tout le reste défendable : vos règles de décision s’écrivent dans la méthodologie, avant d’avoir vu les résultats. Le seuil de VIF que vous retenez, la correction de sphéricité que vous appliquerez, le pourcentage de données manquantes au-delà duquel vous imputez — tout cela s’annonce en amont.
Choisir la correction après coup en fonction de celle qui rend l’effet significatif porte un nom, et un jury le reconnaît immédiatement. Annoncer d’abord coûte trois phrases et vous protège entièrement, y compris — et surtout — quand les résultats ne vont pas dans le sens espéré. Sur la lecture du seuil lui-même, voyez notre article sur la p-value et le seuil de significativité, et n’oubliez pas de rapporter la taille d’effet adaptée à chaque test.
Pour aller plus loin dans chaque famille de tests
- Comparer deux groupes : test t et Mann-Whitney · Wilcoxon apparié
- Comparer trois groupes ou plus : ANOVA factorielle · Welch et Games-Howell · mesures répétées
- Étudier des relations : corrélations de Pearson et Spearman · régression linéaire multiple · régression logistique
- Variables catégorielles : khi-deux et tableaux croisés
- Instruments et échelles : alpha de Cronbach · analyse en composantes principales · équations structurelles
Écrire la méthodologie qui tient ces promesses
Le travail réel n’est pas de cocher onze cases : c’est de tenir, sur cent pages, une cohérence entre la règle annoncée au chapitre 3 et le résultat commenté au chapitre 4, avec le même vocabulaire et les mêmes seuils.
Tesify vous aide précisément là : structurer votre méthodologie, y inscrire vos règles de décision, et rédiger les justifications à partir de vos propres choix d’analyse — sans dérive de terminologie d’un chapitre à l’autre. Vos données et vos arbitrages restent les vôtres, et le texte est écrit à 100 % par vous.
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Questions fréquentes
Faut-il tester toutes les conditions d’application ?
Vous devez tester celles du test que vous employez, et les rapporter — pas les onze systématiquement. Un test t n’exige pas de vérifier la sphéricité. En revanche, ne rapporter aucune vérification est un signal négatif fort : un jury sanctionne beaucoup plus une condition non testée qu’une condition violée et assumée, parce que la première laisse penser que le résultat n’a jamais été contrôlé.
Une condition violée invalide-t-elle mon mémoire ?
Presque jamais. Chacune des conditions de ce tableau dispose d’une correction ou d’une alternative documentée, et la plupart tiennent en une case à cocher. Une condition violée est une bifurcation méthodologique que vous documentez, pas un échec. Ce qui pose problème, c’est de constater la violation et de rapporter quand même le test non corrigé.
Dans quel ordre vérifier les conditions ?
Avant de commenter le moindre résultat — c’est le point essentiel. L’ordre pratique : nature des variables, indépendance des observations, normalité, homogénéité des variances, puis les conditions propres au modèle (sphéricité, multicolinéarité, linéarité). Lire un tableau dans le mauvais ordre conduit à s’étonner d’un résultat dont l’explication figurait deux colonnes plus loin.
Les tests de conditions sont-ils fiables ?
Ils partagent tous la même faiblesse : ils manquent de puissance sur les petits échantillons — où la violation ne sera pas détectée — et deviennent significatifs pour des écarts triviaux sur les grands. Complétez-les donc systématiquement par un examen graphique et par l’ampleur de l’écart observé. Un Levene significatif accompagné d’un rapport de variances de 1,3 ne dit pas la même chose qu’un rapport de 9.
Mon logiciel n’a pas l’option dont j’ai besoin : que faire ?
C’est fréquent, en particulier pour les modules SPSS complémentaires absents de certaines licences universitaires. Trois voies : vérifier si l’option existe ailleurs dans le logiciel (l’ANOVA de Welch n’est pas dans le Modèle linéaire général mais bien dans l’ANOVA à un facteur), passer par un logiciel gratuit qui la propose, ou choisir une alternative disponible en le justifiant. Dans tous les cas, indiquez la version et le logiciel utilisés dans votre méthodologie.



