Vous avez sélectionné vingt articles pour votre revue de littérature. Votre directeur vous demande : « et vous en avez évalué la qualité ? ». La plupart des étudiants répondent en citant PRISMA — et se trompent d’outil.
Deux familles d’outils qu’on confond constamment

Les grilles de rédaction — PRISMA, COREQ, STROBE, CONSORT — disent ce qu’un rapport de recherche doit contenir. Elles vous servent à écrire votre travail, et le choix de la bonne dépend de votre design : c’est l’objet de la grille de rédaction correspondant à votre design.
Les grilles d’évaluation critique font l’inverse : elles servent à juger la solidité méthodologique d’une étude que vous lisez. Ce sont elles que l’on attend de vous au moment de constituer votre corpus.
Les auteurs de STROBE le disent d’ailleurs eux-mêmes de leur propre grille : « the checklist is not an instrument to evaluate the quality of observational research ». Utiliser une grille de rédaction pour noter les articles des autres, c’est se servir d’un plan comme d’une balance.
Les trois grilles à connaître, et ce que chacune juge
CASP — la boîte à outils généraliste
Le Critical Appraisal Skills Programme publie des listes de vérification gratuites, une par design d’étude. Le catalogue couvre les revues systématiques, les revues systématiques avec méta-analyse (études observationnelles et essais randomisés), les essais contrôlés randomisés, les études qualitatives, les études de cohorte, les études cas-témoins, les études transversales, les études diagnostiques, les règles de prédiction clinique et les évaluations économiques.
C’est le choix par défaut d’un mémoire, pour trois raisons : la couverture est large, les listes sont téléchargeables gratuitement, et elles procèdent par questions ouvertes plutôt que par score. On y répond « oui », « non » ou « on ne peut pas le dire » — et cette troisième option est celle qui fait progresser un travail, parce qu’elle vous force à écrire ce que l’article ne dit pas.
Si votre revue mélange des designs — quelques essais, quelques études qualitatives —, c’est CASP qu’il vous faut, en prenant la liste correspondant à chaque article.
AMSTAR 2 — pour juger des revues, pas des études primaires
AMSTAR 2 s’applique aux revues systématiques d’études randomisées et non randomisées portant sur des interventions de santé. C’est une distinction que les étudiants ratent souvent : il ne sert pas à évaluer un essai clinique, il sert à évaluer une revue qui, elle, a évalué des essais.
L’outil compte 16 items, contre 11 dans la version originale. Son originalité est de ne pas produire un score arithmétique mais un jugement global de confiance : l’appréciation d’ensemble repose sur les faiblesses détectées dans les domaines critiques, et se décline en quatre niveaux, du plus élevé — aucune faiblesse, ou une seule et non critique — au plus bas, « confiance critiquement basse », dès qu’il y a plus d’un défaut critique.
Autrement dit : un article peut satisfaire douze items sur seize et rester classé en confiance critiquement basse si les manquements portent au mauvais endroit. C’est précisément ce qui rend l’outil intéressant à citer — il vous oblige à raisonner en nature de faiblesse, pas en quantité.
Échelle PEDro — pour les essais en rééducation
L’échelle PEDro évalue la qualité méthodologique des essais contrôlés randomisés en physiothérapie et dans les champs voisins. Elle comporte 11 critères, dont le premier n’entre pas dans le calcul : le score maximal est donc de 10 points.
La raison de cette exclusion mérite d’être comprise, car elle explique tout l’esprit de l’outil : le premier critère, qui porte sur la spécification des critères d’éligibilité, « influence la validité externe, mais non la validité interne ou statistique de l’essai ». L’échelle mesure donc si l’on peut croire au résultat, pas si l’on peut le généraliser.
Autre règle décisive : « les points ne sont attribués que lorsqu’un critère est clairement satisfait ». En cas de doute, on ne donne pas le point. Un étudiant indulgent produit mécaniquement des scores plus élevés que la référence — et c’est repérable.
Si votre mémoire de kinésithérapie, d’ergothérapie ou de STAPS repose sur des essais d’intervention, c’est la grille de votre discipline.
Un score n’est pas un verdict

C’est la faute la plus courante, et la plus facile à corriger. Un tableau de scores en annexe, sans une ligne de commentaire, n’apporte rien : deux études notées 6 sur 10 peuvent l’être pour des raisons sans rapport — l’une sans aveugle, l’autre sans analyse en intention de traiter.
Ce qu’un jury attend, c’est une phrase par étude faible : quel critère manque, et en quoi cela affecte la conclusion que vous en tirez. Trois lignes de ce type valent mieux qu’un tableau de vingt scores.
Deux règles complémentaires. Évaluer n’est pas exclure : une étude de qualité moyenne reste dans votre revue, avec sa faiblesse signalée et pondérée dans la discussion. Et l’évaluation se déclare dans la méthode : nommez la grille utilisée, qui l’a appliquée et comment les désaccords ont été tranchés si vous étiez deux.
Ouvrez votre mémoire dans Tesify et écrivez ce paragraphe d’évaluation critique comme une vraie section de votre méthode — structurée, cohérente, et rédigée par vous.
Comment choisir en trois questions
- Qu’êtes-vous en train de lire ? Une revue systématique appelle AMSTAR 2. Une étude primaire appelle CASP ou PEDro.
- Quel est son design ? Prenez la liste CASP correspondante : essai, cohorte, cas-témoins, qualitatif, transversal, diagnostic, évaluation économique.
- Êtes-vous en rééducation, sur des essais ? L’échelle PEDro est alors la référence attendue dans votre champ, et son usage sera immédiatement reconnu par votre jury.
Pour l’articulation avec le reste du travail, voyez la méthode PRISMA pour une revue systématique, qui encadre la sélection des articles, et la démarche complète étape par étape. Si votre travail va jusqu’à l’agrégation quantitative des résultats, la méthode de la méta-analyse prend le relais — et l’évaluation critique y devient une condition de validité, pas un supplément.
Questions fréquentes
Ces grilles sont-elles gratuites ?
Les listes CASP sont proposées en téléchargement gratuit, sous licence Creative Commons. Vérifiez les conditions de reproduction avant de recopier une grille intégralement en annexe : citer la source suffit généralement, la reproduire complète relève d’une autorisation.
Faut-il évaluer chaque article de la revue ?
Chaque article que vous retenez, oui. Ceux que vous avez écartés relèvent des critères d’inclusion et d’exclusion, pas de l’évaluation critique — ce sont deux étapes distinctes, et les confondre brouille votre diagramme de sélection.
Peut-on utiliser deux grilles différentes dans une même revue ?
Oui, et c’est même nécessaire dès que les designs diffèrent. Indiquez simplement quelle grille a été appliquée à quel type d’étude, dans un tableau récapitulatif de votre méthode.
Faut-il être deux évaluateurs ?
C’est la norme dans une revue systématique publiée, et rarement possible dans un mémoire. Si vous êtes seul, dites-le et traitez-le comme une limite explicite. Une solution intermédiaire consiste à faire réévaluer deux ou trois articles par un camarade et à rapporter les écarts.
AMSTAR 2 s’applique-t-il aux revues hors santé ?
Il a été conçu pour les revues d’interventions de santé, randomisées et non randomisées. Hors de ce champ, mieux vaut la liste CASP correspondant au design des études incluses, en le justifiant en une phrase.
Où mettre les résultats de l’évaluation dans le mémoire ?
Le tableau détaillé en annexe, et dans le corps du texte une synthèse en quelques phrases — combien d’études, quel niveau de qualité d’ensemble, quelles faiblesses récurrentes, et ce que cela change à votre conclusion. C’est cette dernière proposition qui fait la différence.
Vous savez quelle grille appliquer à quoi. Rédigez votre revue de littérature avec Tesify — méthode, sélection et discussion, écrites par vous.



