Résultat clé : un mémoire en sciences de l’éducation qui mesure la motivation, le sentiment d’efficacité, le climat scolaire ou le bien-être n’a pas besoin d’inventer son questionnaire. Au moins douze instruments disposent d’une version française validée, avec des qualités psychométriques publiées, et la majorité d’entre eux sont gratuits pour la recherche. Ce guide les recense, donne pour chacun le nombre d’items, les dimensions, la référence de validation et les conditions d’accès, puis explique comment les rapporter dans le chapitre méthode.
Il s’adresse aux étudiants de master MEEF, de master sciences de l’éducation et de la formation, et de master ingénierie de formation qui passent au recueil quantitatif. Les échelles de psychologie générale (anxiété, dépression, estime de soi, coping) ne sont pas reprises ici : elles figurent dans notre catalogue des échelles validées pour un mémoire de psychologie. On ne retient ci-dessous que les instruments dont l’objet est scolaire ou enseignant.
Le tableau des douze instruments
| Instrument | Ce qu’il mesure | Population | Items | Référence de la version française | Accès |
|---|---|---|---|---|---|
| Échelle de motivation en éducation (EME) | Motivation intrinsèque, extrinsèque, amotivation | Collégiens, lycéens, étudiants | 28 | Vallerand, Blais, Brière et Pelletier, 1989 | Gratuit, site du LRCS |
| Échelle de motivation en formation d’adultes (ÉMFA-24) | Motivation en formation continue | Adultes en formation | 24 | Fenouillet et collaborateurs, diffusée par le LRCS | Gratuit, site du LRCS |
| Échelle de perception de compétence dans les domaines de vie (EPCDV) | Compétence perçue, dont le domaine scolaire | Adolescents, étudiants | 4 par domaine | Losier, Vallerand et Blais, 1993 | Gratuit, site du LRCS |
| Questionnaire de bien-être perçu à l’école (BE-scol) | Bien-être scolaire multidimensionnel | Élèves de 8 à 12 ans | Environ 30 | Guimard, Bacro, Ferrière, Florin, Gaudonville et Ngo, 2015 | Gratuit sur demande aux auteurs |
| Inventaire d’anxiété situationnelle et de trait d’anxiété (IASTA-Y) | Anxiété d’état et de trait, dont contexte d’évaluation | Adolescents, adultes | 40 | Gauthier et Bouchard, 1993 (version française du STAI) | Droits Mind Garden pour le STAI original |
| Échelle d’appartenance scolaire (version française du PSSM) | Sentiment d’appartenance à l’établissement | Collégiens, lycéens | 18 | Goodenow, 1993 ; traductions utilisées dans les enquêtes québécoises | Gratuit, vérifier la version |
| Questionnaire sur l’environnement socioéducatif (QES) | Climat scolaire en six dimensions | Élèves et personnels du secondaire | Variable selon la version | Janosz et collaborateurs, 1998, révisé en 2000 | Sur convention avec l’équipe de Montréal |
| Enquête de climat scolaire et de victimation | Climat perçu, violences subies, bien-être | Collégiens depuis 2011, lycéens depuis 2013 | Une centaine | DEPP, ministère de l’Éducation nationale, d’après Debarbieux | Questionnaire public, données sur data.education.gouv.fr |
| Échelle d’autoefficacité des enseignants | Sentiment d’efficacité personnelle et générale de l’enseignant | Enseignants, stagiaires | 16 | Dussault, Villeneuve et Deaudelin, 2001 (validation du Teacher Efficacy Scale) | Gratuit, article en accès libre sur Érudit |
| Teacher Sense of Efficacy Scale (TSES) | Efficacité en stratégies pédagogiques, gestion de classe, engagement des élèves | Enseignants | 24 ou 12 | Tschannen-Moran et Woolfolk Hoy, 2001 ; traductions françaises de thèses récentes | Gratuit pour la recherche |
| Maslach Burnout Inventory – Educators Survey (MBI-ES) | Épuisement émotionnel, dépersonnalisation, accomplissement | Enseignants | 22 | Version française du MBI par Dion et Tessier, 1994 | Licence payante Mind Garden |
| Work Tasks Motivation Scale for Teachers (WTMST) | Motivation par tâche (préparation, enseignement, évaluation, gestion, tâches administratives, complémentaires) | Enseignants | 90 | Fernet, Senécal, Guay, Marsh et Dowson, 2008, développée en français au Québec | Gratuit pour la recherche |
Le principe de sélection : chaque ligne renvoie à une publication où la version française a été soumise à une analyse factorielle et à une mesure de cohérence interne. Un questionnaire trouvé sur un forum ou traduit soi-même la veille ne remplit pas cette condition, et le jury le sait. La procédure générale pour reprendre une échelle existante — autorisation, adaptation, pré-test — est décrite dans notre article sur la façon d’adopter une échelle validée dans son questionnaire ; on se concentre ici sur ce que chaque instrument mesure et sur les pièges propres au terrain scolaire.
Mesurer la motivation et la compétence perçue des élèves

L’Échelle de motivation en éducation est l’instrument le plus utilisé dans les mémoires francophones, et pour une raison simple : elle a été construite en français, à Montréal, avant d’être traduite en anglais sous le nom d’Academic Motivation Scale. Ses 28 items se répartissent en sept sous-échelles de quatre items, qui suivent le continuum de la théorie de l’autodétermination : trois formes de motivation intrinsèque (à la connaissance, à l’accomplissement, aux sensations), trois formes de motivation extrinsèque (identifiée, introjectée, régulation externe) et l’amotivation. Elle existe en versions secondaire, collégiale et universitaire, téléchargeables sur le site du Laboratoire de recherche sur le comportement social de l’UQAM. Pour un mémoire, on rapporte soit les sept scores, soit un indice d’autodétermination qui les pondère ; il faut annoncer le choix dans la méthode.
Pour un public adulte en formation, l’ÉMFA-24 reprend la même architecture en 24 items, adaptés au contexte de la formation continue et de la reprise d’études. C’est l’instrument à retenir pour un mémoire d’ingénierie de formation ou sur la formation des enseignants en poste.
L’Échelle de perception de compétence dans les domaines de vie mesure, en quatre items par domaine, la compétence que la personne s’attribue dans les études, les relations, les loisirs et la vie en général. Sa brièveté la rend compatible avec un questionnaire déjà chargé, et elle offre une mesure proche du sentiment d’efficacité de Bandura sans en porter le nom, ce qui évite les confusions conceptuelles quand le cadre théorique mobilise l’autodétermination.
Mesurer le bien-être, l’anxiété et l’appartenance
Le questionnaire BE-scol, développé à Nantes, est le seul instrument français de bien-être scolaire validé pour les élèves de fin d’école primaire et de début de collège. Il couvre le rapport aux enseignants, aux pairs, aux activités scolaires, aux évaluations, à la classe et au sentiment de sécurité. C’est l’outil attendu pour un mémoire MEEF premier degré sur le climat de classe, à condition de disposer de l’autorisation de passation en classe, dont la procédure est détaillée dans notre article sur l’accès au terrain scolaire en mémoire MEEF.
Pour l’anxiété, l’IASTA-Y est la version française de l’inventaire de Spielberger : vingt items d’anxiété situationnelle, vingt items d’anxiété de trait. Un mémoire sur l’anxiété d’évaluation utilise la partie situationnelle immédiatement avant un contrôle ou un examen blanc, et la partie trait comme covariable. L’instrument original est sous licence ; les universités disposent en général des droits, et il faut le vérifier avant la passation.
Le sentiment d’appartenance scolaire se mesure le plus souvent avec la traduction du Psychological Sense of School Membership de Goodenow, dix-huit items, très présent dans les enquêtes québécoises sur le décrochage. Il n’existe pas de validation française de référence unique : citez la version que vous employez, vérifiez son alpha de Cronbach sur votre échantillon et signalez cette limite dans la méthode.
Mesurer le climat scolaire
Deux instruments dominent, et ils ne se substituent pas l’un à l’autre. Le Questionnaire sur l’environnement socioéducatif de Janosz mesure le climat scolaire tel que le perçoivent les élèves et les personnels, en six dimensions : climat relationnel, climat éducatif, climat de sécurité, climat de justice, climat d’appartenance et, dans sa version révisée, climat évaluatif. C’est le cadre le plus cité dans la littérature francophone, et il fournit une définition opératoire du climat qui évite le flou du terme.
L’enquête nationale de climat scolaire et de victimation de la DEPP, conçue avec Éric Debarbieux, est l’instrument de référence en France : elle interroge depuis 2011 des échantillons représentatifs de collégiens, puis de lycéens, sur leur perception de l’établissement, leur bien-être et les violences subies. Son questionnaire est public et ses résultats sont publiés dans les Notes d’information de la DEPP. Pour un mémoire, elle a un double usage : reprendre ses items pour comparer votre établissement aux moyennes nationales, et fournir les chiffres de cadrage de la partie contexte. Les données agrégées sont accessibles sur data.education.gouv.fr, ce qui permet de situer votre établissement sans demande d’accès particulière.
Mesurer le sentiment d’efficacité des enseignants

Deux échelles coexistent, issues de deux traditions. L’Échelle d’autoefficacité des enseignants de Dussault, Villeneuve et Deaudelin est la validation canadienne-française du Teacher Efficacy Scale de Gibson et Dembo. Elle distingue l’efficacité personnelle (ce que je peux faire pour cet élève) et l’efficacité générale de l’enseignement (ce que l’école peut face au milieu). Seize items, deux facteurs, cohérence interne satisfaisante sur des enseignants en poste et en formation ; l’article de validation est en libre accès dans la Revue des sciences de l’éducation.
Le Teacher Sense of Efficacy Scale de Tschannen-Moran et Woolfolk Hoy est aujourd’hui plus utilisé à l’international. Ses 24 items, ou 12 dans la forme courte, mesurent trois dimensions : l’efficacité dans les stratégies pédagogiques, dans la gestion de classe et dans l’engagement des élèves. Il n’existe pas de validation française canonique ; plusieurs thèses récentes en proposent une traduction. Si vous l’employez, citez la thèse dont vous reprenez la version et rapportez vos propres indices de fidélité.
Pour un mémoire MEEF, la question la plus productive est souvent celle de l’évolution du sentiment d’efficacité entre le début et la fin du stage : une passation avant, une après, sur le même instrument. Le test correspondant et ses conditions sont décrits dans notre guide de l’analyse d’un plan prétest-posttest.
Mesurer l’épuisement et la motivation des enseignants
Le Maslach Burnout Inventory dans sa forme Educators Survey remplace « bénéficiaires » par « élèves » dans les 22 items de l’inventaire général, qui mesurent l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et l’accomplissement personnel. La version française du MBI validée par Dion et Tessier en 1994 sert de base à la plupart des travaux francophones. L’instrument est sous licence commerciale : la passation suppose l’achat de licences individuelles auprès de l’éditeur, que certains laboratoires prennent en charge. Un mémoire qui reproduit les items sans licence s’expose à une remarque du jury, et le questionnaire ne doit pas figurer intégralement en annexe.
La Work Tasks Motivation Scale for Teachers a été développée en français au Québec par Fernet et ses collègues. Elle applique le continuum de l’autodétermination à six tâches du métier : préparation des cours, enseignement, évaluation, gestion de classe, tâches administratives et tâches complémentaires. Ses 90 items sont longs, mais l’échelle permet de montrer qu’un même enseignant peut être intrinsèquement motivé pour enseigner et amotivé pour les tâches administratives, ce qu’aucun instrument global ne saisit.
Comment choisir entre plusieurs instruments
Trois critères tranchent. Le premier est la population : un instrument validé sur des étudiants universitaires ne l’est pas sur des élèves de CM2, et le jury demandera la référence de validation pour l’âge de vos répondants. Le deuxième est la longueur totale du questionnaire : au-delà de soixante items, le taux de réponses bâclées grimpe, surtout chez les collégiens ; il vaut mieux une échelle courte bien remplie qu’un inventaire complet abandonné à la moitié. Le troisième est la cohérence avec le cadre théorique : l’EME appelle la théorie de l’autodétermination, les échelles d’efficacité appellent Bandura, le QES appelle une définition multidimensionnelle du climat. Les auteurs à mobiliser pour chacun sont présentés dans notre article sur le cadre théorique d’un mémoire en sciences de l’éducation.
Comment rapporter l’instrument dans le chapitre méthode
Le paragraphe attendu tient en cinq phrases. Le nom complet de l’instrument et son sigle ; la référence de la version française employée ; le nombre d’items, le format de réponse et les dimensions ; les indices de fidélité publiés par les auteurs de la validation ; les indices obtenus sur votre propre échantillon. Ce dernier point n’est pas facultatif : un alpha de Cronbach calculé sur vos données, par sous-échelle, est la preuve que l’instrument s’est comporté chez vous comme chez ses auteurs. La procédure de calcul et l’interprétation des seuils sont détaillées dans notre guide de l’alpha de Cronbach pour un questionnaire de mémoire.
Deux règles supplémentaires propres au terrain scolaire. Si vous avez modifié un item pour l’adapter à votre public, dites-le et justifiez-le : un item de l’EME reformulé pour des élèves de sixième n’est plus l’EME. Et ne mettez en annexe que les instruments libres de droits ; pour les autres, indiquez la référence et les conditions d’obtention.
Rédiger la section instruments avec Tesify
Tesify part de votre question de recherche et de votre population pour proposer les instruments validés correspondants, rédiger le paragraphe de description attendu dans le chapitre méthode avec la référence de validation, puis mettre en forme les résultats de fidélité et les tableaux descriptifs par sous-échelle. Tesify Bibliographie Automatique génère les références des articles de validation dans la norme demandée par votre université.
Rédiger la méthodologie de votre mémoire en sciences de l’éducation avec Tesify
Questions fréquentes
Peut-on utiliser l’Échelle de motivation en éducation avec des élèves de primaire ?
Non, pas dans sa version d’origine : elle a été validée à partir du secondaire. Pour des élèves de 8 à 12 ans, le questionnaire BE-scol couvre le rapport aux activités scolaires, et des versions adaptées de la motivation pour le primaire sont diffusées par le LRCS. Vérifiez toujours l’âge de l’échantillon de validation avant de choisir.
Faut-il demander une autorisation pour utiliser un questionnaire validé ?
Pour les instruments diffusés gratuitement pour la recherche, comme l’EME ou les échelles d’efficacité des enseignants, il suffit de citer la référence de validation. Pour les instruments sous licence, comme le MBI ou le STAI original, l’achat de licences est obligatoire et le questionnaire ne peut pas être reproduit en annexe.
Combien d’items un questionnaire de mémoire peut-il comporter en milieu scolaire ?
Une quarantaine d’items pour des collégiens, une soixantaine pour des lycéens ou des étudiants, davantage seulement pour des enseignants volontaires. Au-delà, le taux de réponses incomplètes ou uniformes augmente nettement, et le temps de passation en classe devient difficile à obtenir.
Que faire si l’alpha de Cronbach est faible sur mon échantillon ?
Le rapporter tel quel, vérifier qu’aucun item inversé n’a été oublié au recodage, puis regarder si le retrait d’un item améliore nettement l’indice. Si la sous-échelle reste sous 0,60, on peut l’exclure des analyses en le justifiant, mais jamais réécrire l’instrument après coup pour faire remonter le chiffre.
Peut-on traduire soi-même un questionnaire anglais pour son mémoire ?
C’est possible mais coûteux : la procédure attendue comporte une traduction, une rétro-traduction indépendante, un comité de relecture et un pré-test, et le jury demandera ces étapes. Quand une version française validée existe, comme pour l’EME, le QES ou le MBI, l’utiliser est toujours préférable.
