Doctorat en France : attractivité internationale et profil des doctorants étrangers 2025 — les données SIES
La France occupe le 4e rang mondial pour l’accueil des doctorants en mobilité internationale. Ce résultat, documenté par les notes d’information SIES NI-2025-05 et NF-2025-14 du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), coexiste avec un paradoxe structurel : le pays présente l’un des ratios d’entrée en doctorat les plus bas de l’espace OCDE. Comprendre cette tension — attractivité internationale avérée, faible accès national — est devenu un enjeu stratégique pour les établissements français, les candidats étrangers et les financeurs publics.
Les chiffres publiés par le MESR et Campus France pour l’attractivité doctorat France international statistiques 2025 permettent d’en dresser un tableau précis. Cet article synthétise ces données en croisant trois angles : la position de la France dans la compétition mondiale pour les doctorants étrangers, le profil détaillé de cette population, et les dynamiques de diplôme et de financement qui conditionnent l’avenir du dispositif doctoral français.
La France au 4e rang mondial : ce que mesurent réellement les indicateurs
Selon les données compilées par Campus France dans ses Chiffres clés 2025, la France se classe au 4e rang mondial pour l’accueil des doctorants en mobilité internationale, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada. Cette mesure porte sur les étudiants qui ont quitté leur pays d’origine pour s’inscrire dans un programme doctoral à l’étranger — ce que les statistiques de l’OCDE désignent comme « étudiants mobiles au niveau doctoral ».
Ce rang n’est pas fortuit. Il résulte de plusieurs facteurs structurels : la gratuité relative des frais d’inscription dans les universités publiques françaises par rapport aux établissements anglophones, la densité du tissu de laboratoires de recherche, la reconnaissance internationale des grandes universités et des grandes écoles d’ingénieurs, ainsi que la présence de cotutelles internationales de thèse facilement accessibles. Pour de nombreux candidats africains et du Proche-Orient, la France représente également un accès à l’enseignement supérieur occidental dans un cadre linguistique familier.
L’indicateur clé qui reflète cette attractivité est la part des doctorants en mobilité internationale dans l’effectif doctoral total. En France, cette part s’établit à 38 %, soit 13 points au-dessus de la moyenne européenne de 25 %. Cette proportion place la France dans une catégorie à part en Europe continentale, aux côtés des Pays-Bas et de la Suisse.
| Pays | Part doctorants mobiles | Rang mondial (accueil) |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | nd | 2 |
| France | 38 % | 4 |
| Moyenne UE | 25 % | — |
| Moyenne OCDE | nd | — |
| Allemagne | nd | 5 |
Sources : Campus France, Chiffres clés 2025 — Au niveau doctoral ; MESR, NI-2025-05, Comparaisons internationales sur le doctorat : l’attractivité française avérée.
Le paradoxe du ratio d’entrée : fort pour l’étranger, faible pour les nationaux
La note SIES NI-2025-05 met en évidence un paradoxe structurel que les seuls chiffres absolus de mobilité masquent. Si la France attire massivement les doctorants étrangers, son ratio d’entrée en doctorat — soit le nombre de nouvelles inscriptions en doctorat pour 100 entrants dans l’enseignement supérieur — est l’un des plus faibles de l’espace OCDE et européen.
En 2021, ce ratio s’établissait à 2,0 en France, contre 2,8 en moyenne dans l’ensemble des pays de l’OCDE et 3,7 dans l’Union européenne. Autrement dit : à entrée dans le supérieur équivalente, un étudiant européen est presque deux fois plus susceptible d’accéder au doctorat qu’un étudiant français.
Ce constat a une conséquence directe sur la composition du corps doctoral : pour maintenir les effectifs, les écoles doctorales françaises sont structurellement dépendantes du recrutement international. La forte représentation des doctorants étrangers (38 %) n’est donc pas seulement le signe d’une attractivité ; c’est aussi le reflet d’un déficit national.
Pour mieux comprendre le financement qui conditionne cet accès, voir l’article Financements du doctorat 2026 en France : ANR, contrat doctoral, CIFRE.
Profil des doctorants étrangers : origines, disciplines, établissements
Au total, environ 25 300 doctorants étrangers étaient inscrits en France en 2023-2024, répartis dans 270 écoles doctorales au sein de 57 établissements d’enseignement supérieur (source : Campus France, Chiffres clés 2025).
Origines géographiques
La géographie des origines reflète à la fois les réseaux historiques de la francophonie et l’internationalisation croissante de la formation doctorale. Les cinq premiers pays d’origine sont :
| Pays d’origine | Effectif (doctorants) | Remarque |
|---|---|---|
| Chine | 1 806 | Stable sur 5 ans |
| Italie | 1 622 | Forte progression |
| Liban | 1 534 | 20 % de tous les Libanais en France |
| Maroc | 1 229 | En recul sur 5 ans |
| Algérie | 1 090 | Recul de -24 % sur 5 ans |
Un indicateur de concentration mérite d’être signalé : 39 % de l’ensemble des étudiants indiens présents en France sont inscrits au niveau doctoral — une proportion exceptionnellement élevée qui illustre que la France attire les Indiens principalement pour la recherche, non pour les cursus de premier ou second cycle.
Répartition par disciplines
La distribution disciplinaire des doctorants étrangers diffère sensiblement de celle de leurs homologues français. Les sciences dures et l’informatique concentrent l’essentiel des flux :
- Sciences (mathématiques, physique, chimie, informatique, ingénierie) : 53 % des inscriptions de doctorants étrangers
- Lettres, sciences humaines et sociales : 28 %
- Santé et médecine : minoritaire en volume, mais en croissance de +67 % sur cinq ans
Cette concentration en sciences est cohérente avec les données MESR sur l’ensemble de la population doctorale : en 2020, les disciplines ICT, sciences naturelles, mathématiques et statistiques représentaient déjà 37 % des doctorants en France. En revanche, la santé reste structurellement sous-représentée dans le doctorat français (5 % des inscriptions doctorales contre 21 % en moyenne dans l’UE), ce qui constitue une divergence notable vis-à-vis des systèmes américain et britannique.
Pour la carte des écoles doctorales par région et discipline, voir Écoles doctorales France 2026 : effectifs par région, disciplines et financement.
Répartition par type d’établissement
Les universités hébergent 79 % des doctorants étrangers. Les écoles d’ingénieurs en accueillent 10 %, et les autres établissements (instituts, EPST, etc.) les 11 % restants. Cette prédominance universitaire s’explique par la densité des unités de recherche labellisées CNRS et par la plus grande accessibilité des universités aux candidats étrangers comparativement aux concours sélectifs des grandes écoles.
Tendances sur cinq ans : les baisses préoccupantes
Malgré son rang mondial, la France enregistre une érosion significative de ses effectifs doctoraux étrangers sur la période 2018-2023. La baisse globale est de -12 % sur cinq ans selon les données Campus France 2025 — un recul qui contraste avec la croissance observée dans la plupart des pays concurrents.
Les dynamiques sont toutefois très hétérogènes selon les origines :
| Région / Pays d’origine | Évolution 2018-2023 |
|---|---|
| Algérie | -24 % |
| Tunisie | -35 % |
| Europe de l’Ouest (hors Italie) | -12 à -16 % |
| Amérique latine | -12 à -16 % |
| Italie | Forte hausse |
| Inde / Chine | Stable / légère progression |
Les baisses en provenance du Maghreb s’expliquent par plusieurs facteurs conjugués : durcissement des conditions d’octroi des visas de long séjour, concurrence accrue des destinations anglophones (Canada, Allemagne), et tensions diplomatiques ponctuelles. La baisse tunisienne de -35 % est particulièrement préoccupante au regard des liens historiques entre les deux pays et de la forte tradition académique tunisienne.
À l’inverse, la progression italienne — qui hisse l’Italie au 2e rang des pays d’origine — traduit un phénomène de mobilité intra-européenne : face à un système doctoral national sous-financé, les doctorants italiens cherchent des financements à l’étranger. La France bénéficie ici de sa politique de contrat doctoral et de cotutelle.
Ces tendances sont à lire en lien avec la mobilité Erasmus+ des étudiants français 2026-2027, qui illustre les flux symétriques sortants depuis la France.
La page interactive de Campus France présente l’ensemble des données sur les doctorants étrangers en France : origines, disciplines, établissements d’accueil et comparaisons internationales. Source de référence pour les statistiques SIES NI-2025-05.
Financement et durée de thèse : les données 2024-2025
Le financement est le principal levier d’attractivité du doctorat français — et aussi son principal point de fragilité comparatif. La note NF-2025-14 du MESR fournit les données les plus récentes sur ce sujet.
En 2024-2025, 81 % des doctorants inscrits en première année de thèse bénéficient d’un financement — une proportion en progression par rapport aux années précédentes. Cette évolution reflète la politique du Plan doctoral national, qui vise à généraliser le contrat doctoral et à réduire les situations de thèse sans financement, longtemps endémiques dans certaines disciplines des sciences humaines et sociales.
Le taux de 81 % masque toutefois de fortes disparités disciplinaires. En sciences dures, l’accès au financement est quasi-systématique depuis une décennie. En sciences humaines et sociales, en droit et en lettres, les taux restent structurellement plus faibles, même si la tendance est à la convergence. C’est dans ces disciplines que se concentrent paradoxalement les doctorants étrangers dont le financement provient de leur pays d’origine — bourses gouvernementales, financements d’ambassades ou ressources personnelles.
La durée des thèses évolue également : en 2024, la part des thèses soutenues en moins de 40 mois a progressé de 4 points de pourcentage. Ce raccourcissement partiel est un signal positif pour l’attractivité, notamment vis-à-vis des candidats étrangers qui préfèrent des durées prévisibles compatibles avec des financements à terme fixe.
Pour l’ensemble du panorama des mécanismes de financement (ANR, CIFRE, contrats régionaux), voir Financement d’une thèse de doctorat en 2026 : contrat doctoral, ANR, CIFRE.
Diplômés 2024 : baisse après le pic pandémique
Le nombre de docteurs diplômés en France en 2024 accuse une baisse de 3,0 % par rapport à 2023. Cette diminution succède à une hausse exceptionnelle de 9,6 % en 2023, elle-même imputable à un effet de rattrapage post-pandémique : de nombreuses thèses dont la soutenance avait été reportée en 2020-2021 se sont concentrées sur 2023.
Le recul de 2024 ne traduit donc pas une dégradation structurelle du système doctoral, mais le retour à une trajectoire normalisée après deux années atypiques. Les nouvelles inscriptions en 2024-2025 progressent d’ailleurs de 3,2 % — signe que l’entrée dans le dispositif doctoral reste dynamique.
La baisse de 3,0 % en 2024 doit être mise en regard des effectifs absolus : la France produit chaque année entre 16 000 et 17 000 docteurs, ce qui la place parmi les premiers producteurs européens en valeur absolue, derrière l’Allemagne mais devant l’Espagne et l’Italie.
Ces données rejoignent les constats sur le taux d’abandon en doctorat en France, qui soulignent que le goulot d’étranglement principal n’est pas l’entrée mais la phase de rédaction.
Insertion professionnelle des docteurs : l’avantage comparatif
L’attractivité d’une formation doctorale ne se mesure pas uniquement au nombre d’inscrits : elle se mesure aussi aux perspectives offertes aux diplômés. Sur ce point, les données MESR révèlent un avantage comparatif des docteurs français, mais un avantage moins marqué que dans les autres pays de l’OCDE.
Les titulaires d’un doctorat en France bénéficient d’un avantage d’environ 2 points de pourcentage sur leur taux d’emploi par rapport aux détenteurs d’un master ou d’un diplôme d’ingénieur. Dans le reste de l’OCDE, cet avantage est en moyenne de 4 points. L’écart tient en partie à la nature du marché du travail français, où les grandes entreprises ont historiquement privilégié les diplômes de grandes écoles pour leurs recrutements de cadres supérieurs.
Pour les docteurs étrangers, la question de l’insertion se pose différemment : une part significative d’entre eux retourne dans leur pays d’origine après la soutenance — phénomène qualifié de « fuite des cerveaux inversée ». D’autres s’insèrent dans le marché du travail français, contribuant à l’économie de la recherche et développement du pays.
L’analyse complète des données par discipline et type de contrat est disponible dans l’article Insertion professionnelle des docteurs en France 2024 : emploi, CDI et secteur privé par discipline.
Par ailleurs, les docteurs français sortent du cursus doctoral plus tôt que leurs homologues de la plupart des pays comparables — un atout pour une entrée précoce sur le marché du travail, à condition que la durée réduite de thèse ne se fasse pas au détriment de la qualité scientifique de la contribution.
Enjeux stratégiques et perspectives
Les données SIES pour 2025 dessinent un système doctoral français à la croisée des chemins. Quatre enjeux se dégagent.
Enjeu 1 — Consolider le financement doctoral universel. La progression vers les 81 % de doctorants de première année financés est réelle, mais le chemin vers 100 % reste long, notamment en sciences humaines. Un financement insuffisant fragilise l’attractivité internationale sur les segments de candidats qui ne peuvent mobiliser de bourses extérieures.
Enjeu 2 — Inverser la baisse des flux maghrébins. Les reculs de -24 % (Algérie) et -35 % (Tunisie) sur cinq ans représentent une perte substantielle pour la diversité du corps doctoral français. Les politiques de visas et les accords bilatéraux de recherche sont des leviers prioritaires.
Enjeu 3 — Augmenter le ratio d’entrée national. Un ratio de 2,0 pour 100 entrants dans le supérieur n’est pas compatible avec les ambitions de la France en matière de recherche et d’innovation. Cela suppose de mieux articuler les masters recherche avec le doctorat et de valoriser davantage le grade de docteur dans le recrutement privé.
Enjeu 4 — Développer la représentation en santé. La sous-représentation chronique de la santé dans le doctorat français (5 % contre 21 % en UE) est un angle mort stratégique, dans un contexte où les sciences biomédicales et pharmaceutiques concentrent une part croissante des financements de recherche mondiaux.
FAQ
Quel est le rang de la France pour l’accueil des doctorants étrangers dans le monde ?
La France est le 4e pays d’accueil mondial des doctorants en mobilité internationale, selon les données Campus France 2025. Elle devance l’Australie et l’Allemagne, mais reste derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada.
Quelle part des doctorants en France sont étrangers ?
38 % des doctorants inscrits en France sont en mobilité internationale, contre 25 % en moyenne dans l’Union européenne. Au total, environ 25 300 doctorants étrangers étaient inscrits en 2023-2024.
Quels pays envoient le plus de doctorants en France ?
Les principaux pays d’origine sont la Chine (1 806 doctorants), l’Italie (1 622), le Liban (1 534), le Maroc (1 229) et l’Algérie (1 090), selon les chiffres Campus France 2025.
Pourquoi le ratio d’entrée en doctorat est-il faible en France ?
La France enregistre seulement 2,0 nouvelles inscriptions en doctorat pour 100 entrants dans l’enseignement supérieur, contre 2,8 en moyenne OCDE et 3,7 en UE. Ce faible ratio s’explique par la forte proportion de filières professionnalisantes (BTS, BUT, licences pro) qui n’ouvrent pas sur le doctorat, et par une culture de la recherche encore concentrée dans certains types d’établissements.
Quel est le taux de financement des doctorants en première année en France en 2025 ?
En 2024-2025, 81 % des doctorants inscrits en première année bénéficient d’un financement, contre des niveaux inférieurs les années précédentes. Cette progression reflète les efforts du Plan doctoral national pour généraliser le contrat doctoral.
Le nombre de doctorants étrangers en France augmente-t-il ?
Non. Les effectifs de doctorants étrangers ont reculé de 12 % entre 2018 et 2023. Les baisses les plus marquées concernent l’Algérie (-24 %), la Tunisie (-35 %) et plusieurs pays d’Europe de l’Ouest, même si certaines origines comme la Chine et l’Inde restent stables ou progressent légèrement.
Dans quelles disciplines les doctorants étrangers sont-ils les plus représentés en France ?
Les sciences (mathématiques, physique, chimie, informatique) concentrent 53 % des inscriptions de doctorants étrangers. Les lettres, sciences humaines et sociales représentent 28 %. La santé, bien que minoritaire en volume, a connu une croissance de 67 % sur cinq ans.
Combien de docteurs ont été diplômés en France en 2024 ?
Le nombre de docteurs diplômés en 2024 a baissé de 3,0 % après la forte hausse de 9,6 % enregistrée en 2023, laquelle s’expliquait par un effet de rattrapage post-pandémique. La part des thèses soutenues en moins de 40 mois a cependant progressé de 4 points de pourcentage.



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