Il existe une grille de rédaction conçue exactement pour le mémoire le plus répandu chez les cadres de santé et dans les masters qualité : le compte rendu d’une démarche d’amélioration — un protocole revu, un circuit sécurisé, une organisation changée, des indicateurs suivis. Cette grille s’appelle SQUIRE 2.0 (Standards for QUality Improvement Reporting Excellence), et elle reste étonnamment peu connue des étudiants francophones alors qu’elle résout leur problème numéro un : comment structurer le récit d’un changement qui n’est ni une étude expérimentale, ni une enquête.
Ce que SQUIRE couvre — et pourquoi ce n’est pas COREQ ni CONSORT
SQUIRE 2.0 a été publiée en 2015 par Ogrinc et ses collègues, simultanément dans sept revues (la version de référence dans BMJ Quality & Safety, 2015/2016;25(12):986-992). Son périmètre est explicite : les travaux portant sur des démarches systémiques visant à améliorer « la qualité, la sécurité et la valeur des soins » — du travail à l’échelle d’un service ou d’un établissement, avec des méthodes permettant d’établir que les résultats observés sont bien dus à l’intervention.
C’est précisément ce que les autres grilles ne couvrent pas. CONSORT rend compte d’un essai randomisé ; COREQ, d’entretiens ; STROBE, d’une étude observationnelle. Une démarche qualité n’est rien de tout cela : c’est un changement conduit dans un contexte réel, souvent sans groupe témoin, dont il faut décrire à la fois le contenu, le contexte et la mesure. Le choix de la grille selon votre design est cartographié dans le tableau design → grille ; cet article détaille le cas où la réponse est SQUIRE.

Les 18 items, et ce qu’ils exigent vraiment
SQUIRE 2.0 compte 18 items numérotés : titre ; résumé ; description du problème ; connaissances disponibles ; justification (rationale) ; objectifs spécifiques ; contexte ; intervention(s) ; étude de l’intervention ; mesures ; analyse ; considérations éthiques ; résultats ; synthèse ; interprétation ; limites ; conclusions ; financement.
Quatre de ces items font tout le sel de la grille — et toute la différence avec un plan de mémoire improvisé.
La justification (item 5) vous oblige à expliciter le raisonnement : pourquoi pensiez-vous que cette intervention produirait ce résultat dans ce service ? C’est l’endroit où un cadre théorique — par exemple le triptyque structure-processus-résultats de Donabedian — cesse d’être décoratif et devient le moteur du raisonnement.
Le contexte (item 7) a un statut que les mémoires sous-estiment : dans une démarche qualité, le contexte n’est pas un décor, c’est un déterminant du résultat. Taille du service, effectifs, histoire des tentatives précédentes, culture d’équipe — SQUIRE exige de le caractériser parce que le même changement échoue ailleurs.
L’étude de l’intervention (item 9) pose la question qui fâche : par quelle approche avez-vous établi que les effets observés sont dus à l’intervention et non au hasard, à la saison, au turn-over ? Avant-après, série temporelle, comparaison inter-unités — dites votre design et assumez-le.
La distinction intervention/étude (items 8 et 9) : décrire ce que vous avez changé n’est pas décrire comment vous l’avez évalué. Les deux sections sont séparées, et cette séparation seule clarifie la moitié des mémoires confus.
Fil rouge : les interruptions de tâche pendant la préparation des médicaments
Déroulons la grille sur un sujet de mémoire de cadre de santé très courant. Problème (item 3) : les infirmières du service sont interrompues pendant la préparation des piluliers, et l’équipe relie ces interruptions aux erreurs évitées de justesse. Connaissances disponibles (4) : la littérature sur l’association interruptions-erreurs, et ce qu’ont donné les dispositifs de type « zone de préparation protégée » ailleurs. Justification (5) : si les interruptions sont un facteur de rupture d’attention (mécanisme), alors un signal visuel de non-interruption et une réorganisation du créneau de préparation (intervention) devraient les réduire.
Contexte (7) : unité de 28 lits, deux postes de préparation, historique d’une tentative avortée deux ans plus tôt — ce dernier point, que beaucoup tairaient, est exactement ce que SQUIRE veut voir écrit. Intervention (8) : la description opérationnelle — le gilet, la plage horaire, l’information de l’équipe et des familles. Étude (9) : un avant-après avec deux périodes d’observation de deux semaines. Mesures (10) : interruptions par heure de préparation, comptées selon une définition écrite. Analyse (11), éthique (12) — l’accord du cadre supérieur et l’information de l’équipe —, puis résultats, interprétation, limites (l’effet d’observation, la saisonnalité) et conclusions. Dix-huit cases, et votre plan est fait — il ne reste que le plus important : penser et écrire.
L’usage qui change tout : la grille comme plan
Ouvrez SQUIRE au moment du plan, pas à la relecture. Les 18 items, dans l’ordre, forment un plan de mémoire complet et défendable : le problème (3) et l’état des connaissances (4) nourrissent votre première partie ; la justification (5) et les objectifs (6) closent l’introduction ; contexte (7), intervention (8), étude (9), mesures (10), analyse (11) et éthique (12) constituent la méthodologie ; puis résultats, synthèse, interprétation, limites, conclusions s’enchaînent sans invention. Il reste à votre charge ce que la grille ne fournit pas : la problématique, l’épaisseur du cadre théorique, et la qualité de l’écriture.

Ouvrez votre mémoire dans Tesify et posez les items de SQUIRE en sections : la structure est donnée, la rédaction reste la vôtre, phrase par phrase.
Trois honnêtetés à garder
SQUIRE n’est pas une méthode. C’est une grille de compte rendu : elle dit quoi rapporter, pas comment conduire la démarche. Une démarche mal conçue restera mal conçue, remarquablement bien racontée. La conception — indicateurs, cycle d’amélioration, mesure — relève de votre méthodologie, pas de la grille.
Aucune obligation réglementaire. Aucun texte n’impose SQUIRE pour un mémoire d’IFCS, de master management de la santé ou de DU qualité. Son autorité est éditoriale et internationale — c’est un standard des revues, que vous adoptez volontairement et que vous annoncez en une phrase dans la méthodologie : « le compte rendu suit la grille SQUIRE 2.0 ». Une promesse qui engage : tenez-la item par item.
La grille est pensée pour la publication en santé. Si votre démarche qualité est hors soin — qualité en établissement scolaire, en service public — la grille se transpose bien, mais dites explicitement que vous l’adaptez, et lesquels des 18 items vous écartez.
Pour quels mémoires exactement ?
Le cœur de cible : le mémoire de cadre de santé construit sur une démarche conduite dans le service — sécurisation d’un circuit du médicament, réduction des interruptions de tâche, amélioration des transmissions. Ensuite : masters management des organisations de santé, DU qualité et gestion des risques, mémoires d’IPA portant sur l’amélioration d’un parcours, travaux d’ingénieurs qualité en établissement. Si votre travail évalue un dispositif existant sans le changer, restez sur Donabedian seul ; si votre question est l’implantation d’une innovation, le CFIR est mieux armé — la frontière entre les trois est tracée dans l’article Donabedian.
Questions fréquentes
Comment citer SQUIRE 2.0 dans la bibliographie ?
Citez l’article de référence : Ogrinc G, Davies L, Goodman D, Batalden P, Davidoff F, Stevens D., « SQUIRE 2.0 (Standards for Quality Improvement Reporting Excellence): revised publication guidelines from a detailed consensus process », BMJ Quality & Safety, 2016;25(12):986-992 — comme n’importe quelle référence méthodologique, dès lors que vous annoncez la grille dans le texte.
Faut-il joindre la grille remplie en annexe ?
Ce n’est exigé nulle part pour un mémoire, mais c’est une annexe d’une page qui rassure le jury : chaque item, la section où il est traité, le numéro de page. Si votre directeur y voit un intérêt, faites-le.
SQUIRE remplace-t-elle mon cadre théorique ?
Non. La grille structure le compte rendu ; le cadre théorique explique pourquoi l’intervention devait marcher. L’item « justification » appelle précisément un cadre — Donabedian, ou un modèle de changement — sans en fournir un.
Mon avant-après n’a pas de groupe témoin : SQUIRE me disqualifie-t-elle ?
Au contraire : la grille est faite pour les designs du réel. Elle vous demande seulement de nommer votre design, d’expliquer comment vous attribuez les effets à l’intervention, et d’assumer les limites — ce qui est exactement ce qu’un jury attend d’un avant-après honnête.
Existe-t-il une version française ?
La grille circule essentiellement en anglais ; le registre EQUATOR, qui la recense parmi ses centaines de grilles, liste les traductions disponibles par guideline. Si vous travaillez depuis la version anglaise, traduisez les intitulés d’items une fois dans votre texte et signalez que la traduction est la vôtre.
Prenez les 18 items, faites-en votre plan, tenez la promesse — et rédigez votre mémoire avec Tesify : l’architecture suit la grille, les mots restent les vôtres.
