Rédiger la Partie Empirique (Résultats de Terrain) d’un Mémoire en 2026
Vous avez collecté vos données, dépouillé vos entretiens ou vos questionnaires, et voilà que le curseur clignote devant une page blanche intitulée « Partie empirique ». La difficulté n’est pas le manque de matière : c’est l’inverse. Vous avez trop de données, trop d’envie de tout expliquer d’un coup, et vous ne savez plus où commence la description des faits et où commence votre interprétation. La partie empirique d’un mémoire répond justement à cette tension : elle exige de présenter des résultats de terrain de façon rigoureuse, organisée autour de vos questions de recherche, sans glisser prématurément vers l’analyse qui appartient au chapitre suivant.
Ce chapitre concentre souvent le plus de pages du mémoire, car c’est là que se joue la valeur ajoutée de votre travail personnel : ce ne sont plus les auteurs que vous citez qui parlent, mais vos propres données. Un jury de soutenance juge en priorité la clarté de cette partie, bien avant la sophistication du cadre théorique.
Réponse rapide : la partie empirique d’un mémoire présente les résultats bruts de votre collecte de terrain (entretiens, questionnaires, observations, corpus), organisés selon vos questions de recherche ou hypothèses, sans les interpréter. Structurez-la en sous-sections thématiques, appuyez-vous sur des tableaux et figures pour les données quantitatives et sur des extraits sélectionnés pour les données qualitatives, et réservez l’interprétation, la comparaison avec la littérature et la réponse à la problématique au chapitre discussion.
Qu’est-ce que la partie empirique d’un mémoire ?
La partie empirique — parfois appelée « partie pratique », « étude de terrain » ou simplement « chapitre résultats » selon les filières — est la section du mémoire où vous exposez ce que votre collecte de données a produit. Elle se distingue nettement de la partie théorique, qui mobilise la littérature existante pour construire votre cadre conceptuel et votre problématique, et du chapitre méthodologie, qui justifie les choix de collecte et d’analyse sans encore livrer les résultats eux-mêmes.
Concrètement, cette partie répond à la question : « qu’ai-je observé, mesuré ou recueilli sur le terrain ? » Elle ne répond pas encore à la question « qu’est-ce que cela signifie ? », qui relève du chapitre suivant. Cette distinction, simple sur le papier, est la source numéro un des difficultés de rédaction : la tentation de commenter chaque résultat au fur et à mesure qu’on le présente est presque irrésistible, surtout quand on est plongé dans ses données depuis des semaines.
Si vous rédigez en parallèle votre chapitre méthodologie, gardez en tête que ce dernier explique le « comment » (échantillon, outils, procédure), tandis que la partie empirique livre le « quoi » (les résultats obtenus grâce à cette procédure). Cette même distinction est développée plus en détail, tous champs disciplinaires confondus, dans notre guide sur la méthodologie de recherche (qualitatif, quantitatif et méthode mixte), qui précède logiquement la rédaction de ce chapitre.
Résultats et discussion : ne pas confondre les deux chapitres
La plupart des guides méthodologiques français insistent sur une règle simple : les résultats doivent être présentés sans interprétation subjective, toute évaluation étant réservée à la section de discussion. Concrètement, dans le chapitre résultats, vous décrivez ; dans le chapitre discussion, vous expliquez, comparez et argumentez.
| Partie empirique (résultats) | Discussion |
|---|---|
| Décrit ce qui a été observé ou mesuré | Explique pourquoi ces résultats apparaissent |
| Organisée par question de recherche ou variable | Organisée par argument ou fil interprétatif |
| Peu ou pas de références à la littérature | Dialogue constant avec le cadre théorique |
| Ton neutre, factuel, au passé | Ton argumentatif, nuancé, prudent |
Certaines disciplines, notamment en ethnographie ou en recherche qualitative très interprétative, fusionnent les deux chapitres en un seul « résultats-discussion ». Si votre directeur de mémoire valide cette option, adaptez la structure ci-dessous en conséquence — mais vérifiez d’abord que c’est bien la convention attendue dans votre UFR avant de vous en écarter. Pour approfondir la rédaction du chapitre qui suit celui-ci, l’article sur la rédaction de la discussion détaille comment articuler vos résultats avec la littérature existante.
Structurer la partie empirique autour de vos questions de recherche
La structure la plus lisible pour un jury n’est pas chronologique (« d’abord j’ai fait ceci, puis cela ») mais thématique : chaque sous-partie correspond à une question de recherche, une hypothèse ou une variable de votre problématique. Cette organisation facilite deux choses : la lecture par le jury, qui retrouve immédiatement la réponse à chaque question posée en introduction, et votre propre rédaction de la discussion, puisque chaque sous-partie « résultats » aura son pendant « discussion ».
- Une introduction courte qui rappelle les questions de recherche et annonce le plan du chapitre.
- Une sous-partie par question de recherche ou hypothèse, avec un intitulé qui reprend les termes de la problématique plutôt qu’un intitulé générique comme « Résultat 1 ».
- Une synthèse de fin de chapitre qui récapitule brièvement les résultats principaux, sans encore les interpréter, pour préparer la transition vers la discussion.
Si votre mémoire croise plusieurs sources de données (entretiens et questionnaire, par exemple), deux options s’offrent à vous : présenter les résultats source par source, puis proposer une synthèse croisée, ou bien organiser directement par question de recherche en croisant les sources à l’intérieur de chaque sous-partie. La seconde option, plus exigeante à rédiger, est généralement mieux perçue car elle démontre votre capacité à synthétiser plutôt qu’à juxtaposer.

Rédiger des résultats quantitatifs
Pour des données quantitatives, la présentation privilégie les tableaux et les figures : ils permettent au lecteur de saisir en un coup d’œil une distribution, une corrélation ou une comparaison de moyennes, là où un paragraphe dense de chiffres serait illisible. La règle d’or reste néanmoins de ne jamais laisser un tableau ou une figure « parler seul » : chaque élément visuel doit être accompagné d’une phrase qui en indique le résultat principal, sans pour autant répéter chaque valeur du tableau dans le texte.
Quelques conventions à respecter systématiquement :
- Numérotez et titrez chaque tableau et chaque figure (Tableau 1, Figure 1…) et référencez-les explicitement dans le texte (« comme l’indique le Tableau 3… »).
- Indiquez les effectifs (n), les unités de mesure et, le cas échéant, le seuil de significativité retenu pour vos tests statistiques.
- Restez descriptif : « les répondants de moins de 25 ans déclarent un score moyen de X » plutôt que « cela prouve que les jeunes sont plus… », qui relève déjà de l’interprétation.
Pour le détail de la mise en forme des tableaux et graphiques (légendes, numérotation APA, choix entre tableau et figure), consultez le guide dédié sur la présentation des résultats en tableaux et figures. Si vous devez encore construire votre protocole de collecte quantitative, l’article sur la méthodologie quantitative couvre l’échantillonnage et le choix des tests statistiques en amont.
Rédiger des résultats qualitatifs
Pour des données qualitatives issues d’entretiens, d’observations ou de corpus documentaires, la présentation s’appuie davantage sur le texte et les extraits sélectionnés que sur les chiffres. L’enjeu principal est de trouver l’équilibre entre l’exhaustivité (montrer que votre analyse s’appuie réellement sur les données) et la lisibilité (ne pas noyer le lecteur sous des pages de verbatims).
Une méthode efficace consiste à structurer chaque sous-partie autour d’un thème ou d’une catégorie issue de votre grille d’analyse, puis à illustrer chaque thème par deux ou trois extraits représentatifs — pas plus — en indiquant la source de façon anonymisée (« Participant 4, entretien du [date] »). Les verbatims plus longs ou moins centraux peuvent être renvoyés en annexe, avec un renvoi explicite dans le texte.
Si vous n’avez pas encore finalisé votre grille d’analyse thématique, l’article sur l’analyse de contenu thématique d’un entretien détaille la démarche étape par étape, du codage initial à la catégorisation finale — une étape qui doit précéder la rédaction de cette partie du mémoire.
Attention à un piège fréquent en rédaction qualitative : citer un verbatim, puis enchaîner directement sur son interprétation dans la même phrase. Préférez séparer clairement l’extrait (résultat) de son sens possible (qui appartient à la discussion), même si cela implique une légère répétition entre les deux chapitres.
Le style d’écriture attendu
Le registre de la partie empirique diffère sensiblement de celui de la partie théorique. Quelques repères utiles :
- Le temps verbal : le passé composé ou l’imparfait dominent, puisque vous rapportez une collecte déjà réalisée (« les participants ont déclaré… », « le questionnaire a été rempli par… »).
- La voix : la voix passive ou les tournures impersonnelles restent courantes dans les disciplines les plus formalisées (« il a été observé que… »), tandis que les sciences humaines et sociales acceptent de plus en plus le « je » assumé pour les choix d’analyse.
- La neutralité lexicale : évitez les adjectifs à connotation évaluative (« un résultat surprenant », « un score décevant ») qui trahissent une interprétation implicite. Préférez des formulations factuelles (« un score de X, inférieur à Y »).
- La cohérence avec le plan annoncé : chaque sous-partie doit correspondre à une question ou une hypothèse annoncée dans l’introduction du mémoire, sans en ajouter de nouvelles en cours de route.
Les erreurs fréquentes à éviter
Certaines erreurs reviennent systématiquement dans les parties empiriques relues en pré-soutenance :
- Mélanger résultats et discussion : le réflexe le plus courant, qui oblige souvent à réécrire des paragraphes entiers une fois qu’on prend conscience de la confusion.
- Présenter des résultats sans lien explicite avec la problématique : un jury attend de retrouver, sous-partie par sous-partie, une réponse directe aux questions posées en introduction.
- Surcharger le texte de tableaux non commentés, ou à l’inverse noyer le lecteur sous des paragraphes de chiffres sans aucun support visuel.
- Citer des verbatims trop longs qui diluent le propos au lieu de l’illustrer.
- Passer sous silence les résultats qui n’ont pas confirmé l’hypothèse de départ. Un résultat négatif ou inattendu reste un résultat scientifiquement valable ; le taire fragilise la crédibilité de tout le mémoire.
Exemple de plan type
Voici un exemple de structure adaptable à la plupart des mémoires en sciences humaines et sociales, à ajuster selon votre discipline et les consignes de votre établissement :
- Introduction du chapitre (rappel des questions de recherche, annonce du plan)
- Résultats relatifs à la première question de recherche / hypothèse
- Résultats relatifs à la deuxième question de recherche / hypothèse
- Résultats relatifs à la troisième question de recherche / hypothèse (etc.)
- Synthèse des résultats principaux (sans interprétation)
Chaque sous-partie numérotée 2 à 4 peut elle-même se subdiviser en sous-sous-parties si plusieurs indicateurs ou sources de données concourent à répondre à la même question.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la partie empirique et la partie théorique d’un mémoire ?
La partie théorique mobilise la littérature existante pour construire un cadre conceptuel, tandis que la partie empirique présente les données que vous avez vous-même collectées sur le terrain (entretiens, questionnaire, observation, corpus documentaire) et les résultats qui en découlent.
Faut-il interpréter les résultats dans la partie empirique ?
Non, ou le moins possible. Le chapitre résultats doit rester descriptif et factuel. L’interprétation, la mise en relation avec la littérature et la réponse à la problématique relèvent du chapitre discussion, sauf si votre directeur de mémoire valide un chapitre unique résultats-discussion.
Combien de pages doit faire la partie empirique d’un mémoire ?
Il n’existe pas de norme unique : cela dépend de la discipline, du nombre de données collectées et des consignes de votre établissement. C’est en général la section la plus volumineuse du mémoire, car elle contient les tableaux, extraits d’entretiens et analyses détaillées. Consultez le guide méthodologique de votre UFR pour connaître les attentes précises.
Comment présenter des résultats qualitatifs sans citer tous les verbatims ?
Sélectionnez les extraits les plus représentatifs de chaque thème identifié, regroupez-les par catégorie dans un tableau de synthèse, et renvoyez les verbatims exhaustifs en annexe plutôt que de les citer intégralement dans le corps du texte.
Peut-on utiliser le « je » en rédigeant la partie empirique ?
Cela dépend des conventions de votre discipline et de votre directeur de mémoire. Les sciences humaines et sociales tolèrent de plus en plus le « je » pour les choix méthodologiques assumés, tandis que les disciplines plus formalisées préfèrent le « nous » de modestie ou des tournures impersonnelles.
Que faire si mes résultats ne confirment pas mon hypothèse de départ ?
Présentez-les tels quels dans le chapitre résultats, sans les déformer ni les minimiser. Un résultat qui infirme une hypothèse est un résultat scientifiquement valable : c’est dans la discussion que vous expliquerez les raisons possibles de cet écart.
En résumé
La partie empirique d’un mémoire se construit autour d’un principe simple mais exigeant : décrire vos résultats de terrain avec précision, les organiser selon vos questions de recherche, et résister à la tentation de les interpréter avant l’heure. Une fois cette discipline acquise — appuyée sur des tableaux clairs pour le quantitatif et des extraits ciblés pour le qualitatif — la rédaction du chapitre discussion qui suit devient nettement plus fluide, puisque vous n’aurez plus qu’à donner du sens à des résultats déjà solidement posés.




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