Étiquette : taux d’abandon

  • Formations paramédicales en France 2024 : 181 130 inscrits, taux d’abandon record et enjeux de recrutement

    Formations paramédicales en France 2024 : 181 130 inscrits, taux d’abandon record et enjeux de recrutement

    Formations paramédicales en France 2024 : 181 130 inscrits, taux d’abandon record et enjeux de recrutement

    Cent quatre-vingt-un mille cent trente étudiants sont inscrits en 2024 dans une formation aux professions paramédicales en France — un chiffre en progression constante, mais qui masque une réalité préoccupante : les taux d’abandon de première année ont atteint des niveaux inédits, tandis que la pénurie de soignants pousse l’État à ouvrir 5 500 nouvelles places en IFSI dès la rentrée 2026. Ces données, publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES, jeu de données 2024), dessinent un secteur sous tension structurelle où les formations paramédicales France statistiques 2024 infirmiers abandon révèlent un paradoxe central : plus de candidats entrent, mais une proportion croissante ne termine pas.

    Pour les responsables pédagogiques, les tuteurs de stage et les futurs étudiants qui s’interrogent sur leurs chances de réussite, comprendre ces dynamiques est indispensable. Cet article analyse, chiffres à l’appui, les effectifs, la structure des filières, les abandons précoces, les résultats aux diplômes et les perspectives liées à la réforme IFSI 2026.

    Résultat clé
    En 2024, les formations paramédicales françaises comptent 181 130 inscrits répartis sur 1 425 programmes (83 % de femmes). Les infirmiers représentent 103 100 étudiants et les aides-soignants 31 900, soit 75 % des effectifs totaux. Le taux d’abandon de première année atteint 13,5 % en soins infirmiers et 13,2 % chez les aides-soignants. Le taux de réussite global aux examens s’établit à 92 %. Face à la pénurie, 5 500 places supplémentaires en IFSI seront ouvertes à la rentrée 2026, pour un total d’environ 40 000 places.

    Effectifs globaux 2024 : 181 130 inscrits

    Le bilan des inscriptions 2024 marque une nouvelle progression des effectifs paramédicaux. Les 181 130 étudiants inscrits se répartissent sur 1 425 programmes de formation (+2 % par rapport à 2023), ce qui témoigne d’une capacité d’accueil en expansion continue depuis 2020. Quatre-vingt-trois pour cent des inscrits sont des femmes — une proportion stable d’une année sur l’autre, mais qui varie selon les filières : la podologie et l’imagerie médicale connaissent une féminisation moindre, tandis que les soins infirmiers restent à plus de 85 % féminins.

    Les admissions en première année s’établissent à 93 300 étudiants pour l’année 2024, soit une hausse de 2 % par rapport à l’exercice précédent. Cette dynamique d’entrée contraste avec la stabilité du nombre de diplômes délivrés — 67 800 pour l’année 2024 — ce qui pointe vers un phénomène de filtrage interne renforcé entre l’entrée et la sortie des formations.

    Tableau 1 — Indicateurs globaux des formations paramédicales, France 2024 (source : DREES)
    Indicateur Valeur 2024 Évolution vs 2023
    Total inscrits 181 130 +2 %
    Nombre de programmes 1 425 +2 %
    Part des femmes 83 % Stable
    Inscrits en 1re année 93 300 +2 %
    Diplômes délivrés 67 800 Stable

    Ces 181 130 inscrits représentent un vivier de soignants en formation bien supérieur à celui de nombreux pays européens comparables, mais la question de savoir combien franchiront effectivement la ligne d’arrivée conditionne l’ensemble de la politique de recrutement hospitalier. Pour une mise en perspective avec l’ensemble des parcours supérieurs, voir Apprentissage dans l’enseignement supérieur en France 2025 : 657 900 apprentis.

    Structure des filières : infirmiers et aides-soignants dominent

    Deux filières concentrent à elles seules les trois quarts des effectifs paramédicaux français. Les 103 100 étudiants en soins infirmiers constituent le premier bataillon — une progression notable par rapport aux 96 285 inscrits de l’édition 2022 —, tandis que les 31 900 étudiants aides-soignants forment le second groupe. Ensemble, infirmiers et aides-soignants représentent 75 % des 181 130 inscrits totaux.

    Les filières à plus forte croissance 2024 sont la podologie (+17 % d’inscrits) et les techniciens en imagerie médicale (+16 %). Ces progressions reflètent à la fois un intérêt croissant des candidats et des décisions régionales d’élargissement des quotas d’admission dans des métiers où les tensions de recrutement sont documentées depuis plusieurs années.

    Tableau 2 — Répartition des inscrits par filière principale, France 2024 (source : DREES)
    Filière Inscrits 2024 Part du total
    Infirmiers (IFSI) 103 100 57 %
    Aides-soignants (IFAS) 31 900 18 %
    Autres professions paramédicales 46 130 25 %
    Total 181 130 100 %

    Cette concentration sur deux filières rend le système particulièrement vulnérable aux chocs démographiques et organisationnels. Lorsque le taux d’abandon augmente chez les infirmiers, c’est plus de la moitié du vivier de diplômés potentiels qui se contracte, avec des effets différés de trois ans sur les recrutements hospitaliers.

    Point de vigilance
    Le ratio entre premières années (93 300) et diplômes délivrés (67 800) indique qu’environ 27 % des cohortes d’entrée ne parviennent pas à l’obtention du diplôme dans le délai normal de la formation. Ce chiffre agrège abandons, redoublements et réorientations.

    Le taux d’abandon : une progression inquiétante

    Le phénomène d’abandon en première année de formation paramédicale constitue l’un des signaux les plus préoccupants de l’édition 2024. Chez les infirmiers, le taux d’abandon de première année s’établit à 13,5 % — un premier plateau après une décennie de hausses continues. Chez les aides-soignants, il atteint 13,2 %, en progression depuis 11,9 % en 2023. Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance longue : les données DREES des éditions antérieures faisaient état de taux autour de 11 % en début de décennie pour les aides-soignants, et inférieurs à 10 % pour les infirmiers il y a dix ans.

    Plusieurs facteurs structurels alimentent cette progression. D’abord, l’élargissement des critères d’admission via Parcoursup a multiplié les profils atypiques — des candidats moins préparés aux contraintes pratiques des stages cliniques dès la première année. Ensuite, les conditions d’encadrement en stage se sont dégradées dans de nombreux établissements, ce qui amplifie le choc de réalité pour les nouveaux entrants. Enfin, l’attractivité de formations alternatives — BTS santé, BUT carrières sociales, apprentissage — offre des voies de sortie plus lisibles pour les étudiants qui doutent.

    Tableau 3 — Taux d’abandon de 1re année par filière, 2023 vs 2024 (source : DREES)
    Filière Taux 2023 Taux 2024 Variation
    Infirmiers (IFSI) 13,5 % Premier plateau
    Aides-soignants (IFAS) 11,9 % 13,2 % +1,3 pt

    Ce phénomène d’abandon n’est pas propre au secteur paramédical. Les données sur la réussite et le décrochage en licence L1 France 2025 montrent des dynamiques analogues dans l’enseignement supérieur général, avec des taux de non-progression en première année comparables. La différence tient cependant à ce que l’abandon paramédical a des conséquences sectorielles directes sur l’offre de soins, contrairement à une réorientation en licence générale.

    L’augmentation du recours aux dispositifs de reconnaissance des acquis est un indicateur complémentaire utile : 21 340 étudiants ont bénéficié d’allégements de parcours en 2024 (11,8 % des inscrits), ce qui suggère que le système cherche à retenir dans les formations des profils qui auraient autrement abandonné.

    📊
    DREES — Données officielles sur les formations aux professions de santé

    La DREES publie chaque année les statistiques complètes sur les effectifs, les taux d’abandon et les résultats aux diplômes des formations paramédicales en France. Les séries longues depuis 2015 sont disponibles en open data.

    Accéder aux données DREES →

    Source : DREES — Formations aux professions de santé, jeu de données 2024

    Taux de réussite aux examens : le paradoxe des 92 %

    Face à la montée des abandons, le taux de réussite global aux examens — 92 % en 2024, contre 93 % en 2023 — peut paraître contre-intuitif. Ce paradoxe s’explique par un mécanisme de sélection amont : les étudiants qui abandonnent ne se présentent pas aux épreuves finales, si bien que la population examinée est d’emblée plus homogène et plus motivée. En d’autres termes, le taux de réussite de 92 % ne mesure pas la probabilité qu’un entrant décroche son diplôme, mais la probabilité de succès pour ceux qui restent jusqu’à l’examen.

    Chez les infirmiers, le taux de réussite reste stable au-dessus de 95 % pour les candidats présentés — un chiffre cohérent avec une formation très encadrée et des stages cliniques qui remplissent de facto une fonction de pré-sélection progressive. La légère baisse du taux global (de 93 % à 92 %) est en partie imputable à la montée en effectifs de filières nouvelles — podologie, imagerie médicale — où les premières cohortes élargies présentent des profils plus hétérogènes.

    Lecture des données
    Un taux de réussite aux examens élevé (92-95 %) combiné à un taux d’abandon croissant (13-14 %) signifie que le filtre se déplace : du jury d’examen vers la première année de formation. La vraie mesure de l’efficacité du système est le ratio diplômés/entrants en première année — qui s’établissait à 76 % en 2022 selon les données antérieures, contre 81 % en 2021. Les données 2024 sur ce ratio ne sont pas encore disponibles dans le jeu de données DREES de référence.

    Ce décalage entre réussite formelle et rétention réelle a des implications directes sur les projections de diplômés disponibles pour les recrutements. Voir également Étudiants en situation de handicap dans l’enseignement supérieur France 2025 pour comprendre comment les politiques d’aménagement peuvent atténuer certains facteurs d’abandon dans les formations de santé.

    IFSI 2026 : 5 500 nouvelles places pour répondre à la pénurie

    Le 29 janvier 2026, la ministre de la Santé a annoncé la création de 5 500 nouvelles places en Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) pour la rentrée de septembre 2026, portant la capacité nationale à environ 40 000 places. L’État a alloué 215 millions d’euros pour financer cette expansion, répartis entre les régions selon leurs besoins territoriaux. Ces ouvertures s’inscrivent dans le cadre d’un protocole État-régions signé en 2022, dont l’application avait été fragilisée par les incertitudes budgétaires de 2025.

    La réforme de 2026 va au-delà du simple ajout de places. Le diplôme d’État infirmier sera désormais délivré par les universités, dans le cadre d’une formation de trois ans réorganisée autour de 66 semaines de stage clinique — un renforcement de la composante pratique qui vise précisément à réduire le choc de réalité à l’origine d’une partie des abandons. Cette universitarisation ouvre également des passerelles vers les masters de sciences infirmières.

    Tableau 4 — Réforme IFSI 2026 : principaux paramètres
    Paramètre Valeur
    Nouvelles places créées (rentrée 2026) 5 500
    Capacité nationale IFSI estimée post-réforme ~40 000 places
    Financement alloué par l’État 215 millions €
    Durée de formation (inchangée) 3 ans
    Semaines de stage clinique (nouveau référentiel) 66 semaines
    Délivrance du diplôme Université (universitarisation)

    Plusieurs acteurs du secteur, dont des syndicats infirmiers et des responsables d’IFSI régionaux, ont salué l’annonce tout en exprimant des réserves sur la capacité d’absorption des établissements : créer 5 500 places supplémentaires exige des locaux, des formateurs et, surtout, des terrains de stage supplémentaires dans un système hospitalier déjà sous pression. Si les conditions d’encadrement en stage se détériorent, le risque est d’amplifier le taux d’abandon plutôt que de le réduire. La réforme sera donc évaluée non seulement sur le volume d’entrées, mais sur le taux de rétention des cohortes élargies.

    Enjeux de recrutement et perspectives sectorielles

    La tension entre croissance des effectifs inscrits et progression des abandons se traduit directement dans les projections de diplômés disponibles pour les employeurs. Avec 67 800 diplômes délivrés en 2024 — dont une large majorité d’infirmiers (+4 % de diplômés infirmiers, reflet différé de la croissance 2020-2021) —, le secteur hospitalier et médico-social dispose d’un flux de nouveaux professionnels en légère amélioration. Mais ce flux reste insuffisant au regard des besoins exprimés par les établissements, notamment dans les déserts médicaux et dans les spécialités à forte usure professionnelle.

    Trois axes conditionnent l’efficacité de la politique de recrutement pour les années à venir :

    • Réduire l’abandon de première année : l’universitarisation et le renforcement de l’accompagnement des cohortes élargies sont les leviers les plus directs. Un gain de 3 points de rétention sur les 93 300 entrants 2024 représenterait environ 2 800 diplômés supplémentaires à horizon 2027.
    • Développer l’apprentissage paramédical : les données sur l’apprentissage dans l’enseignement supérieur France 2025 montrent une progression de 657 900 apprentis dans le supérieur. Étendre ce modèle aux formations infirmières permettrait de réduire le choc de réalité grâce à une alternance dès la première année.
    • Améliorer les conditions de stage : la qualité des terrains de stage est le facteur le plus cité dans les enquêtes qualitatives sur l’abandon. Les 5 500 nouvelles places IFSI 2026 ne produiront leur plein effet que si le réseau de stages est suffisamment dense pour absorber les cohortes élargies.

    Pour le contexte démographique général de l’enseignement supérieur dans lequel s’inscrivent ces dynamiques, voir Chiffres clés de la rentrée universitaire France 2026-2027 et Parcoursup 2025 en chiffres : taux d’admission par filière.

    FAQ — Formations paramédicales France 2024

    Combien d’étudiants sont inscrits en formations paramédicales en France en 2024 ?

    Selon la DREES, 181 130 étudiants sont inscrits en 2024 dans une formation aux professions de santé paramédicales, répartis sur 1 425 programmes. Cela représente une hausse de 2 % par rapport à 2023. Les femmes constituent 83 % des effectifs.

    Quelle est la filière paramédicale avec le plus d’inscrits en France ?

    Les infirmiers (IFSI) constituent la filière la plus importante avec 103 100 inscrits en 2024, soit 57 % du total. Les aides-soignants (IFAS) arrivent en deuxième position avec 31 900 étudiants. Ensemble, ces deux filières représentent 75 % des 181 130 inscrits.

    Quel est le taux d’abandon en soins infirmiers en France en 2024 ?

    Le taux d’abandon de première année en soins infirmiers s’établit à 13,5 % en 2024, marquant un premier plateau après une décennie de hausses continues. Chez les aides-soignants, le taux est de 13,2 %, en hausse par rapport à 11,9 % en 2023. Ces abandons interviennent principalement lors des premières semaines de stage clinique.

    Quel est le taux de réussite aux diplômes paramédicaux en France ?

    Le taux de réussite global aux examens paramédicaux est de 92 % en 2024 (contre 93 % en 2023). Ce chiffre élevé ne doit pas masquer que de nombreux étudiants abandonnent avant les examens : 67 800 diplômes ont été délivrés pour 93 300 entrants en première année, soit un ratio de rétention apparent inférieur à 73 % sur l’année en cours.

    Combien de nouvelles places IFSI sont créées pour 2026 et pour quel coût ?

    La ministre de la Santé a annoncé le 29 janvier 2026 la création de 5 500 nouvelles places en IFSI pour la rentrée de septembre 2026, portant la capacité nationale à environ 40 000 places. L’État finance cette mesure à hauteur de 215 millions d’euros, répartis entre les régions selon leurs besoins territoriaux.

    Qu’est-ce que la réforme IFSI 2026 change concrètement pour les futurs infirmiers ?

    À partir de septembre 2026, le diplôme d’État infirmier sera délivré par les universités et non plus par les seuls IFSI. La durée de formation reste de trois ans, mais le référentiel intègre désormais 66 semaines de stage clinique — davantage qu’avant. Cette universitarisation ouvre des passerelles vers des masters de sciences infirmières et aligne la France sur les standards européens.

    Où trouver les données officielles DREES sur les formations paramédicales ?

    Les données sont disponibles sur le site de la DREES dans la rubrique « Jeux de données » : le jeu de données Formations aux professions de santé (référence 251031) compile les séries annuelles depuis 2015. Les communiqués de presse associés donnent les chiffres commentés pour chaque millésime. Ces données sont accessibles gratuitement et en open data.

    Préparer un mémoire ou un rapport sur les formations de santé ?

    Les étudiants en master Santé publique, Sciences infirmières ou Gestion hospitalière qui rédigent un mémoire sur les enjeux de recrutement paramédical font face à des masses de données hétérogènes. Tesify automatise l’extraction et la structuration des données DREES, INSEE et HAS pour vous permettre de vous concentrer sur l’analyse. Découvrez Tesify et accélérez la rédaction de votre travail de recherche.

  • Taux d’abandon en doctorat France 2026 : chiffres de la phase de rédaction

    Taux d’abandon en doctorat France 2026 : chiffres de la phase de rédaction

    Taux d’abandon en doctorat France 2026 : chiffres de la phase de rédaction

    Un quart des doctorants français n’atteignent jamais la soutenance. Ce chiffre global, issu des évaluations des écoles doctorales par le Hcéres, masque une réalité bien plus contrastée : le taux d’abandon oscille de 5 % en sciences exactes à 40 % en sciences humaines et sociales (SHS), selon les données publiées dans le rapport Alliance Athéna sur le doctorat en SHS. La phase de rédaction — typiquement la troisième et quatrième année — concentre la majorité de ces décrochages, précisément au moment où le financement s’épuise et l’isolement s’installe.

    Comprendre ces chiffres, c’est identifier les leviers réels sur lesquels agir : discipline, mode de financement, durée contractuelle, profil du doctorant. Cet article présente l’ensemble des données officielles disponibles en 2026, structurées par discipline et par type de contrat, pour donner aux futurs doctorants — et à leurs directeurs — une base d’analyse factuelle.

    Résultat clé : En France, le taux d’abandon doctoral moyen est d’environ 25 % au niveau national. Il atteint 40 % en SHS (lettres, sciences humaines et sociales) contre seulement 5 % en sciences de la matière. Le principal facteur prédictif est le financement : les doctorants sans contrat doctoral abandonnent massivement lors de la phase de rédaction, quand leur ressource financière cesse.

    Les chiffres clés du doctorat en France en 2026

    Les données les plus récentes publiées par le MESR dans l’état de l’ESR n°18 dressent un tableau contrasté :

    Indicateur Valeur (2023) Évolution
    Doctorants inscrits (total) 69 639 −1,5 % vs 2022
    Nouveaux inscrits en doctorat 16 500 +4,6 % vs 2022
    Thèses soutenues 15 187 +9,6 % vs 2022
    Doctorants financés (1re année) 79,2 % +0,6 pt vs 2022
    Part SHS dans les effectifs totaux ≈ 44 % −2,2 % nouveaux inscrits

    Ce premier tableau révèle une tension structurelle : les inscriptions progressent légèrement (hausse des primo-inscrits), mais l’effectif total recule, ce qui traduit des sorties anticipées — abandons ou interruptions — supérieures aux nouvelles entrées dans certaines disciplines. Par ailleurs, le recul de −11,2 % des effectifs depuis 2012 renforce l’hypothèse d’une désaffection progressive, particulièrement marquée en lettres et sciences humaines, comme l’illustrent les statistiques nationales de réussite et d’abandon des travaux universitaires.

    Taux d’abandon par discipline

    Le taux d’abandon doctoral moyen est estimé à environ 25 % au niveau national, mais les évaluations des écoles doctorales par le Hcéres montrent que cette moyenne agrège des situations très disparates. Le rapport Alliance Athéna sur le doctorat en SHS documente les écarts suivants :

    Domaine disciplinaire Taux d’abandon estimé Taux de financement (1re année)
    Sciences exactes et applications ~5 % 97 %
    Sciences du vivant ~10–15 % 85 %
    Sciences sociales ~20–30 % 50 %
    Lettres, arts, langues et SHS jusqu’à 40 % 38–50 %
    Moyenne nationale ~25 % 79,2 %

    En 2023, les SHS représentaient 44 % des effectifs doctoraux totaux — soit environ 30 000 doctorants — pour seulement 29 % des thèses soutenues. Cet écart entre inscriptions et soutenances est précisément l’expression statistique de l’abandon massif en humanités. À l’Université de Paris ou à Aix-Marseille Université, les rapports d’évaluation des écoles doctorales de SHS mentionnent régulièrement des cohortes dont moins de 60 % aboutissent à une soutenance dans les cinq ans.

    La répartition des thèses soutenues en 2023 confirme ce déséquilibre :

    • Sciences exactes : 7 269 soutenances (48 % du total)
    • Sciences du vivant : 3 576 (24 %)
    • Sciences sociales : 1 791 (12 %)
    • Lettres et humanités : 2 551 (17 %)

    Financement et abandon : une corrélation directe

    La variable la plus prédictive de l’abandon reste le financement. En sciences dures, 96 à 97 % des thèses bénéficient d’un contrat doctoral ou d’un financement équivalent (contrat doctoral MESR, ANR, CIFRE). En SHS, cette proportion descend à 38–50 % selon les disciplines. Un tiers des doctorants en lettres et humanités commencent leurs travaux sans aucun financement dédié.

    Le détail des sources de financement pour les primo-inscrits 2023 est le suivant :

    Source de financement Part des primo-inscrits 2023
    Contrat doctoral MESR 40,8 %
    Financement organisme de recherche 16,9 %
    Financement étranger (cotutelle, bourse pays d’origine) 10,6 %
    Convention CIFRE 9,9 %
    Salarié hors contrat doctoral 14,3 %
    Sans activité rémunérée connue 6,5 %

    Les 6,5 % déclarés sans activité rémunérée, auxquels s’ajoutent une part des 14,3 % de salariés en activité parallèle, constituent le noyau dur des doctorants à risque élevé d’abandon. En SHS spécifiquement, les contrats CIFRE représentent 28 % de l’ensemble des thèses — un chiffre en hausse, mais qui ne compense pas encore la sous-dotation globale du secteur.

    Pour approfondir les modalités de financement et les montants des contrats doctoraux en 2026, consultez notre analyse du financement des thèses de doctorat (contrat doctoral, ANR, CIFRE).

    Pourquoi l’abandon se concentre en phase de rédaction

    La phase de rédaction coïncide généralement avec la troisième — et parfois quatrième — année du doctorat. C’est précisément la fenêtre où plusieurs facteurs de risque se superposent :

    Témoignage « L’envie d’abandonner en doctorat !? » — chaîne Tim et sa thèse, sur les moments de découragement en phase de rédaction.
    1. Expiration du contrat doctoral : le financement prend fin à l’issue des trois ans, laissant le doctorant sans revenu juste au moment où la thèse n’est pas encore rédigée.
    2. Isolement croissant : la rédaction est un travail solitaire, moins structuré que les phases d’enquête ou de collecte de données. Les contacts avec le directeur de thèse s’espacent.
    3. Pression temporelle : la prolongation doit être demandée avant la 4e année et nécessite l’accord du chef d’établissement, du directeur de thèse et du comité de suivi — une procédure qui génère une charge administrative supplémentaire au pire moment.
    4. Contraintes professionnelles : selon les données Alliance Athéna, près de la moitié des doctorants en SHS exercent une activité salariée pendant la thèse. Cette double charge devient difficile à maintenir lors de la rédaction intensive.
    5. Facteurs affectifs : une thèse de doctorat soutenue à l’Université Paul-Valéry Montpellier (référencée sur theses.fr) sur 393 doctorants en lettres et SHS montre que les affects négatifs — anxiété, épuisement, sentiment d’échec — atteignent leur pic lors de la phase de rédaction, réduisant significativement l’intention de poursuivre.

    L’absence de jalons clairs aggrave la situation. Contrairement à la collecte de données ou aux analyses en laboratoire, la rédaction ne produit pas de résultats intermédiaires visibles, ce qui génère un sentiment chronique d’immobilisme difficile à surmonter. L’accompagnement méthodologique de la rédaction — plans détaillés, objectifs hebdomadaires, relecture itérative — est souvent cité comme le facteur de différenciation entre les doctorants qui soutiennent et ceux qui abandonnent.

    Durée des thèses et dépassements

    La durée de référence est de trois ans. En pratique, la répartition des thèses soutenues en 2023 selon la durée est la suivante :

    Durée de la thèse Part des soutenances 2023
    Moins de 40 mois (≈ 3,3 ans) 37,6 %
    40 à 52 mois (3,3–4,3 ans) 36,1 %
    52 à 72 mois (4,3–6 ans) 14,9 %
    Plus de 72 mois (plus de 6 ans) 11,4 %

    Ainsi, plus d’un quart des doctorants qui soutiennent dépassent les 52 mois. Les thèses en SHS affichent une durée moyenne de 4 ans, contre 3,5 ans pour les autres disciplines. Les doctorants actifs professionnellement allongent encore la durée moyenne d’environ 1,5 an. Cette prolongation de la phase de rédaction multiplie la probabilité d’abandon : chaque mois supplémentaire sans financement accroît la pression économique et la fatigue émotionnelle.

    La tendance est néanmoins positive : en 2023, 37,6 % des thèses ont été soutenues en moins de 40 mois, contre 34 % en 2022 — soit un gain de 3,6 points. Cette amélioration est principalement portée par les disciplines scientifiques bénéficiant d’un taux de financement proche de 100 %.

    Pour en savoir plus sur les chiffres clés de l’enseignement supérieur en France en 2026-2027, notamment les effectifs par niveau d’études, consultez notre analyse complète de la rentrée.

    Le rôle du Hcéres dans le suivi des abandons

    Le Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) évalue périodiquement chaque école doctorale française. Le taux d’abandon est systématiquement intégré comme indicateur de qualité : les écoles doctorales doivent déclarer le nombre de doctorants qui ont cessé leur thèse sans soutenir, identifier les causes (financières, relationnelles, professionnelles, santé) et mettre en place des dispositifs correctifs.

    Ces rapports d’évaluation sont publics et constituent la principale source d’information qualitative sur l’abandon doctoral au niveau institutionnel. Ils révèlent des disparités importantes entre établissements : une école doctorale bien dotée en contrats doctoraux et proposant un encadrement structuré peut afficher des taux d’abandon inférieurs à 10 %, là où une école doctorale en SHS sous-financée peut approcher les 35–40 %.

    L’arrêté du 25 mai 2016, qui réglemente la formation doctorale, impose par ailleurs la mise en place d’un comité de suivi individuel pour chaque doctorant. Ce comité, réuni au moins une fois par an, a pour mission explicite de détecter précocement les risques d’abandon — notamment lors de la phase de rédaction — et de proposer des solutions d’accompagnement. Son efficacité dépend toutefois largement des pratiques locales.

    Pour les futurs doctorants souhaitant comprendre l’admission, les écoles doctorales et le déroulé d’un doctorat de A à Z, consulter notre panorama de plus de 50 statistiques sur la réussite, la durée et l’abandon des travaux de recherche universitaires.

    FAQ

    Quel est le taux d’abandon en doctorat en France ?

    Le taux d’abandon moyen est d’environ 25 % au niveau national. Il varie fortement selon la discipline : environ 5 % en sciences exactes et jusqu’à 40 % en sciences humaines et sociales (SHS). Ces estimations sont issues des évaluations des écoles doctorales par le Hcéres et du rapport Alliance Athéna sur le doctorat en SHS.

    À quel moment du doctorat les abandons sont-ils les plus fréquents ?

    Les abandons se concentrent principalement lors de la phase de rédaction, généralement en 3e et 4e année. C’est le moment où le contrat doctoral arrive à terme, où l’isolement est maximal et où la pression économique devient insoutenable pour les doctorants non ou sous-financés.

    Quel est l’impact du financement sur le risque d’abandon ?

    L’impact est décisif. En sciences dures, 96 à 97 % des thèses sont financées et le taux d’abandon est de l’ordre de 5 %. En SHS, seulement 38 à 50 % des doctorants bénéficient d’un financement dédié, et le taux d’abandon peut atteindre 40 %. Le financement est le facteur prédictif le plus robuste de l’achèvement du doctorat.

    Combien de temps dure un doctorat en France en moyenne ?

    La durée de référence est de 3 ans. En pratique, selon les données MESR 2023, 37,6 % des thèses sont soutenues en moins de 40 mois et 36,1 % entre 40 et 52 mois. Les thèses en SHS durent en moyenne 4 ans, contre 3,5 ans dans les autres disciplines. Les doctorants actifs professionnellement allongent encore cette durée d’environ 1,5 an.

    Les doctorants sans financement abandonnent-ils plus souvent ?

    Oui, nettement. Le tiers des doctorants en SHS qui commencent sans financement présente un risque d’abandon très élevé. En l’absence de contrat doctoral, la contrainte économique pousse souvent à l’interruption pendant la phase de rédaction, quand la charge de travail est à son maximum et que la fin n’est pas encore en vue.

    Combien y a-t-il de doctorants en France en 2026 ?

    Selon les dernières données MESR disponibles (rentrée 2023), 69 639 étudiants étaient inscrits en doctorat en France, dont environ 44 % en lettres, sciences humaines et sociales. 16 500 nouveaux doctorants se sont inscrits en première année — soit une hausse de 4,6 % par rapport à l’année précédente.

    Comment le Hcéres évalue-t-il les abandons dans les écoles doctorales ?

    Le Hcéres intègre le taux d’abandon comme indicateur obligatoire dans ses rapports d’évaluation périodiques des écoles doctorales. Chaque établissement doit déclarer les causes des abandons et justifier les dispositifs d’accompagnement mis en place, notamment le comité de suivi individuel imposé par l’arrêté du 25 mai 2016. Ces rapports sont publics.

    Finir sa thèse malgré la pression de la rédaction

    La phase de rédaction est statistiquement la plus dangereuse du doctorat — mais elle est aussi la plus outillable. Des outils comme Tesify aident à structurer l’écriture académique, détecter les problèmes de cohérence et maintenir un rythme régulier de production, même sans encadrement quotidien. Pour les doctorants en fin de parcours, l’enjeu n’est plus la recherche mais l’écriture : pour bien préparer le terrain, consultez notre guide complet du doctorat en France (admission, financement, durée).

    Voir aussi : les statistiques de réussite des mémoires de master dans les universités françaises et les options de financement d’une thèse en 2026 pour anticiper les risques économiques avant de s’inscrire.