Revues prédatrices 2026 : comment les repérer + liste de 20 éditeurs à éviter (checklist)
Chaque année, des milliers de chercheurs — doctorants, maîtrisards, enseignants-chercheurs — reçoivent des invitations à soumettre un article dans des revues qui semblent légitimes mais qui ne le sont pas. Ces revues prédatrices encaissent des frais de publication (APC) sans fournir d’évaluation par les pairs sérieuse, polluent la littérature scientifique et exposent leurs auteurs à des sanctions professionnelles durables. Savoir repérer et éviter les revues prédatrices est devenu une compétence fondamentale d’intégrité académique en 2026.
Ce guide recense les critères officiels de repérage, les outils gratuits disponibles et une liste de 20 éditeurs ou pratiques documentés à éviter — fondée exclusivement sur des sources publiques vérifiées (décisions judiciaires, études académiques publiées, bases de données institutionnelles). Aucune accusation non sourcée.
Qu’est-ce qu’une revue prédatrice ?
Le terme « revue prédatrice » (ou predatory journal) a été popularisé par Jeffrey Beall, bibliothécaire à l’Université du Colorado, qui a créé entre 2008 et 2017 la première liste publique de ces publications. Ces revues exploitent le modèle de l’accès ouvert en faisant payer les auteurs — et non les lecteurs — pour publier leurs articles. Le problème central : les frais sont prélevés même en l’absence d’un processus sérieux d’évaluation par les pairs, de relecture éditoriale ou de services de préservation numérique.
Il est essentiel de ne pas confondre open access et prédation. Des milliers de revues en libre accès respectent des standards éditoriaux élevés et sont indexées dans des bases reconnues. La différence tient à la réalité du processus éditorial, à la transparence des pratiques et à la vérifiabilité des engagements affichés. Les ressources de l’OFIS (Office Français de l’Intégrité Scientifique) offrent un cadre de référence institutionnel pour comprendre ce phénomène dans le contexte français.
Le nombre de titres suspects dépasse désormais les 18 000 selon certaines estimations académiques, une proportion non négligeable copiant délibérément les noms de revues légitimes pour tromper les auteurs moins expérimentés.
10 signaux d’alerte pour repérer les revues prédatrices
Aucun indicateur pris isolément ne suffit à conclure. C’est la combinaison de plusieurs signaux qui doit déclencher l’alerte. Le tableau suivant synthétise les principaux critères documentés par le Cirad, l’OFIS et les bibliothèques universitaires françaises.
| Signal d’alerte | Ce que cela révèle concrètement |
|---|---|
| Invitation non sollicitée par e-mail | La revue prospecte activement des auteurs, souvent hors de leur domaine de compétence |
| Adresse de contact générique | Utilisation de @gmail.com, @yahoo.com ou d’adresses sans domaine institutionnel |
| Publication promise en quelques jours | Incompatible avec un peer review sérieux (qui prend en général plusieurs semaines à plusieurs mois) |
| Absence d’indexation dans le DOAJ, Scopus ou WoS | La revue n’est reconnue par aucune base de données sérieuse |
| Frais APC opaques ou exigés avant acceptation | Les montants ne sont pas affichés clairement, ou le paiement est demandé avant décision éditoriale |
| Comité de rédaction invérifiable | Les membres de l’editorial board sont introuvables, hors domaine ou déclarent ne pas y avoir consenti |
| Indexation revendiquée non vérifiable | “Indexed in Scopus” affiché sur le site mais introuvable sur la plateforme officielle de Scopus |
| Titre similaire à une revue connue | Confusion délibérée avec des journaux légitimes (“Journal of Nature”, “International Science Letters”) |
| Absence de politique de rétractation | Aucune procédure pour corriger ou retirer des articles erronés, contrairement aux normes COPE |
| Site web peu professionnel | Fautes d’orthographe, contenu copié-collé d’autres sites, ISSN incorrect ou non vérifiable |

Les outils officiels de détection
Avant de soumettre un article à une revue que vous ne connaissez pas, ces ressources permettent une évaluation rigoureuse :
- Think. Check. Submit. — Outil collaboratif disponible en plus de 40 langues, dont le français. Guide l’évaluation d’une revue par une série de questions structurées en trois étapes. Point de départ recommandé pour tout chercheur ou doctorant.
- DOAJ (Directory of Open Access Journals) — Liste blanche des revues open access sérieuses, avec des critères d’acceptation exigeants. Une revue absente du DOAJ n’est pas automatiquement suspecte, mais son absence constitue un signal à explorer.
- COPE (Committee on Publication Ethics) — L’adhésion au COPE indique que la revue s’engage formellement envers un code d’éthique éditorial. Les revues prédatrices n’y adhèrent pas ou feignent une adhésion non vérifiable.
- Compass to Publish — Développé à l’Université de Liège en 2020, cet outil évalue la fiabilité des revues OA via 26 questions ciblées sur les pratiques éditoriales et les frais. Accessible gratuitement en ligne.
- Cabells Predatory Reports — Base de données payante qui analyse plus de 60 indicateurs comportementaux. Souvent accessible via les bibliothèques universitaires membres.
- Beall’s List archivée — La liste originale de Jeffrey Beall, retirée sous pression en 2017, reste consultable sur beallslist.net. À utiliser avec esprit critique : certaines entrées sont contestées et la liste n’est plus mise à jour officiellement.
Pour construire une bibliographie solide avec des sources légitimes en accès ouvert, notre guide Ressources Open Access pour Mémoire en France 2026 recense les principales bases institutionnelles françaises et européennes.
Liste de 20 éditeurs et pratiques à éviter
Cette liste est fondée exclusivement sur des sources publiques vérifiées : décisions judiciaires officielles, études académiques publiées dans des revues indexées, et bases de données institutionnelles. Elle n’est pas exhaustive, et les revues individuelles d’un même groupe éditorial doivent être évaluées au cas par cas. L’inclusion ici ne constitue pas une accusation juridique mais une synthèse de documentation publique disponible.
Éditeurs avec documentation officielle ou judiciaire
- OMICS International / iMedPub / Allied Academies — Condamné par la Federal Trade Commission américaine (FTC) en 2019 pour pratiques commerciales trompeuses envers les chercheurs, incluant des frais cachés et de fausses promesses de peer review. Source : FTC.gov, décision officielle publiée.
- SciencePG (Science Publishing Group) — Figurait sur la liste archivée de Beall et a été identifié dans plusieurs études académiques publiées comme présentant des pratiques éditorialess insuffisantes au regard des standards internationaux.
- SCIRP (Scientific Research Publishing) — Présent dans des études comparatives sur les éditeurs suspects. Des chercheurs ayant soumis des manuscrits délibérément absurdes (tests de sting) ont rapporté des acceptations sans évaluation réelle.
- Austin Publishing Group — Inclus dans des analyses académiques documentées sur les pratiques d’édition prédatrice publiées dans des journaux indexés en bibliothéconomie.
- MedCrave Publishing — Figurait sur la liste archivée de Beall. Des chercheurs ont signalé le prélèvement de frais avec peu ou pas de preuve d’un processus d’évaluation par les pairs.
- Crimson Publishers — Pratiques éditoriaux documentées dans des études sur l’édition prédatrice ; composition des comités éditoriaux difficile à vérifier de manière indépendante.
- Lupine Publishers — Envoi massif d’invitations non sollicitées ; numéros ISSN signalés comme difficiles à retrouver dans le registre officiel de l’ISSN.
- Serials Publications (Inde) — Inclus dans des analyses académiques comparatives sur les pratiques éditoriales suspectes ; absence de membership COPE documentée.
- Academic Journals (Nigeria) — Présent dans plusieurs études comparatives sur la prédation éditoriale internationale. Son statut reste contesté mais des préoccupations répétées sont documentées dans la littérature en bibliothéconomie.
- Insight Medical Publishing / SciTechnol — Lié au groupe OMICS International, visé par la même décision de la FTC américaine en 2019.
Éditeurs en zone grise — critiques publiées, à évaluer revue par revue
- MDPI (Multidisciplinary Digital Publishing Institute) — En décembre 2024, le Forum de publication finlandais (Finnish Publication Forum) a rétrogradé 193 revues MDPI au niveau 0, soit le même niveau que les publications sans évaluation par les pairs. MDPI demeure membre de COPE et du DOAJ, et la qualité varie significativement selon la revue. L’évaluation au cas par cas s’impose.
- Hindawi (désormais intégré à Wiley) — En 2023, Wiley a annoncé le retrait de plus de 8 000 articles publiés dans des revues Hindawi, suite à la découverte de défaillances graves dans le processus d’évaluation par les pairs. Les revues concernées ont depuis été fermées ou restructurées. Source : annonces officielles Wiley 2023.
- Frontiers Media — Ajouté à la liste de Beall en 2015, puis retiré suite à des discussions. Frontiers est aujourd’hui membre de COPE et du DOAJ. Des préoccupations persistent sur certains numéros spéciaux avec guest editors peu encadrés. La qualité varie fortement selon la revue et le comité éditorial.
Pratiques documentées à éviter
- Numéros spéciaux (special issues) sans peer review indépendant — Même dans des revues par ailleurs sérieuses, certains numéros spéciaux délèguent la sélection à des guest editors peu encadrés, créant une voie d’entrée pour des articles de faible qualité.
- Titres contenant “International Journal of Advanced Research” — Une combinaison générique utilisée par de nombreux titres frauduleux ; un signal d’alerte documenté dans la littérature sur la prédation éditoriale.
- Revues promettant une évaluation en moins de 7 jours — Un double blind peer review rigoureux prend en moyenne plusieurs semaines. Une promesse d’acceptation en quelques jours indique l’absence de processus réel.
- ISSN non vérifiable sur portal.issn.org — Vérifiable gratuitement sur portal.issn.org. Un ISSN inexistant ou attribué à un autre titre est un signal fort de fraude.
- Paiement APC exigé avant la décision d’acceptation — Pratique documentée comme red flag par le COPE. Les revues sérieuses facturent après acceptation, jamais avant.
- Membres du comité éditorial listés sans leur consentement — Plusieurs chercheurs ont découvert leur nom sur des comités éditoriaux de revues prédatrices sans y avoir jamais consenti. Vérifiez en contactant directement les membres listés.
- Domaines créés depuis moins de 2 ans sans historique de publication indexé — À croiser avec l’ancienneté des archives disponibles et la présence effective dans Scopus ou WoS pour les volumes antérieurs.
Checklist avant de soumettre à une revue
Cochez chaque point avant d’envoyer votre manuscrit. Si plus de deux cases restent vides, n’envoyez pas.
- ☑ La revue figure-t-elle dans le DOAJ, Scopus ou Web of Science ?
- ☑ Le comité de rédaction est-il identifiable et ses membres vérifiables (noms + affiliations institutionnelles) ?
- ☑ La politique de frais APC est-elle affichée clairement avant soumission ?
- ☑ La revue est-elle membre COPE ou OASPA ?
- ☑ L’ISSN est-il vérifiable sur portal.issn.org avec le bon titre ?
- ☑ Le délai d’évaluation annoncé est-il réaliste (plusieurs semaines au minimum) ?
- ☑ Avez-vous soumis la revue au questionnaire Think. Check. Submit. ?
- ☑ Votre directeur de thèse ou le bibliothécaire de recherche de votre établissement a-t-il validé ce choix ?

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Questions fréquentes sur les revues prédatrices
Comment savoir rapidement si une revue est prédatrice ?
Commencez par le questionnaire Think. Check. Submit. et vérifiez si la revue figure dans le DOAJ ou Scopus. Si vous avez reçu une invitation non sollicitée par e-mail avec promesse de publication en quelques jours, c’est un signal d’alerte fort. Consultez également la liste archivée de Beall sur beallslist.net, avec l’esprit critique nécessaire.
Publier dans une revue prédatrice peut-il nuire à ma carrière ?
Oui, de manière significative. Les comités de recrutement et d’évaluation — comme le CNU en France — reconnaissent de plus en plus ces publications et les déprécient ou les ignorent dans l’évaluation des dossiers. Dans les cas les plus graves, publier dans une revue condamnée pour fraude peut être associé à un manquement à l’intégrité scientifique, avec des conséquences disciplinaires possibles.
MDPI est-il un éditeur prédateur ?
MDPI est un cas nuancé qui fait débat dans la communauté scientifique. L’éditeur est membre de COPE et du DOAJ, mais en décembre 2024 le Forum de publication finlandais a rétrogradé 193 revues MDPI au niveau 0, leur attribuant le même poids qu’une publication sans évaluation par les pairs. La qualité varie fortement selon la revue ; il est conseillé d’évaluer chaque titre MDPI individuellement plutôt que de juger l’éditeur en bloc.
Les revues open access sont-elles toutes suspectes ?
Non, absolument pas. Le modèle open access est légitime et activement encouragé par les grandes institutions françaises — ANR, CNRS, Université France. Des milliers de revues sérieuses publient en libre accès avec des processus éditoriaux rigoureux. Ce qui définit la prédation, c’est l’absence de peer review réel et la non-transparence des pratiques, pas le modèle économique en lui-même.
Qu’est-ce que la liste de Beall ?
La liste de Beall est une liste noire d’éditeurs et de revues potentiellement prédateurs, créée par le bibliothécaire américain Jeffrey Beall entre 2008 et 2017. Retirée sous pression légale en 2017, elle reste consultable sous forme archivée sur beallslist.net, mise à jour anonymement. À utiliser avec esprit critique : certaines entrées sont contestées, et des éditeurs ont réussi à en être retirés après avoir amélioré leurs pratiques.
Que faire si j’ai déjà publié dans une revue prédatrice sans le savoir ?
Consultez immédiatement votre directeur de recherche ou le bibliothécaire de recherche de votre établissement. Il est parfois possible de demander le retrait de l’article auprès de l’éditeur. Sur votre CV académique, évitez de mettre cette publication en avant. Vous pouvez signaler la situation à votre établissement via les ressources de l’OFIS, qui orientera vers les procédures adaptées.




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