Formations paramédicales en France 2024 : 181 130 inscrits, taux d’abandon record et enjeux de recrutement
Cent quatre-vingt-un mille cent trente étudiants sont inscrits en 2024 dans une formation aux professions paramédicales en France — un chiffre en progression constante, mais qui masque une réalité préoccupante : les taux d’abandon de première année ont atteint des niveaux inédits, tandis que la pénurie de soignants pousse l’État à ouvrir 5 500 nouvelles places en IFSI dès la rentrée 2026. Ces données, publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES, jeu de données 2024), dessinent un secteur sous tension structurelle où les formations paramédicales France statistiques 2024 infirmiers abandon révèlent un paradoxe central : plus de candidats entrent, mais une proportion croissante ne termine pas.
Pour les responsables pédagogiques, les tuteurs de stage et les futurs étudiants qui s’interrogent sur leurs chances de réussite, comprendre ces dynamiques est indispensable. Cet article analyse, chiffres à l’appui, les effectifs, la structure des filières, les abandons précoces, les résultats aux diplômes et les perspectives liées à la réforme IFSI 2026.
En 2024, les formations paramédicales françaises comptent 181 130 inscrits répartis sur 1 425 programmes (83 % de femmes). Les infirmiers représentent 103 100 étudiants et les aides-soignants 31 900, soit 75 % des effectifs totaux. Le taux d’abandon de première année atteint 13,5 % en soins infirmiers et 13,2 % chez les aides-soignants. Le taux de réussite global aux examens s’établit à 92 %. Face à la pénurie, 5 500 places supplémentaires en IFSI seront ouvertes à la rentrée 2026, pour un total d’environ 40 000 places.
Effectifs globaux 2024 : 181 130 inscrits
Le bilan des inscriptions 2024 marque une nouvelle progression des effectifs paramédicaux. Les 181 130 étudiants inscrits se répartissent sur 1 425 programmes de formation (+2 % par rapport à 2023), ce qui témoigne d’une capacité d’accueil en expansion continue depuis 2020. Quatre-vingt-trois pour cent des inscrits sont des femmes — une proportion stable d’une année sur l’autre, mais qui varie selon les filières : la podologie et l’imagerie médicale connaissent une féminisation moindre, tandis que les soins infirmiers restent à plus de 85 % féminins.
Les admissions en première année s’établissent à 93 300 étudiants pour l’année 2024, soit une hausse de 2 % par rapport à l’exercice précédent. Cette dynamique d’entrée contraste avec la stabilité du nombre de diplômes délivrés — 67 800 pour l’année 2024 — ce qui pointe vers un phénomène de filtrage interne renforcé entre l’entrée et la sortie des formations.
| Indicateur | Valeur 2024 | Évolution vs 2023 |
|---|---|---|
| Total inscrits | 181 130 | +2 % |
| Nombre de programmes | 1 425 | +2 % |
| Part des femmes | 83 % | Stable |
| Inscrits en 1re année | 93 300 | +2 % |
| Diplômes délivrés | 67 800 | Stable |
Ces 181 130 inscrits représentent un vivier de soignants en formation bien supérieur à celui de nombreux pays européens comparables, mais la question de savoir combien franchiront effectivement la ligne d’arrivée conditionne l’ensemble de la politique de recrutement hospitalier. Pour une mise en perspective avec l’ensemble des parcours supérieurs, voir Apprentissage dans l’enseignement supérieur en France 2025 : 657 900 apprentis.
Structure des filières : infirmiers et aides-soignants dominent
Deux filières concentrent à elles seules les trois quarts des effectifs paramédicaux français. Les 103 100 étudiants en soins infirmiers constituent le premier bataillon — une progression notable par rapport aux 96 285 inscrits de l’édition 2022 —, tandis que les 31 900 étudiants aides-soignants forment le second groupe. Ensemble, infirmiers et aides-soignants représentent 75 % des 181 130 inscrits totaux.
Les filières à plus forte croissance 2024 sont la podologie (+17 % d’inscrits) et les techniciens en imagerie médicale (+16 %). Ces progressions reflètent à la fois un intérêt croissant des candidats et des décisions régionales d’élargissement des quotas d’admission dans des métiers où les tensions de recrutement sont documentées depuis plusieurs années.
| Filière | Inscrits 2024 | Part du total |
|---|---|---|
| Infirmiers (IFSI) | 103 100 | 57 % |
| Aides-soignants (IFAS) | 31 900 | 18 % |
| Autres professions paramédicales | 46 130 | 25 % |
| Total | 181 130 | 100 % |
Cette concentration sur deux filières rend le système particulièrement vulnérable aux chocs démographiques et organisationnels. Lorsque le taux d’abandon augmente chez les infirmiers, c’est plus de la moitié du vivier de diplômés potentiels qui se contracte, avec des effets différés de trois ans sur les recrutements hospitaliers.
Le ratio entre premières années (93 300) et diplômes délivrés (67 800) indique qu’environ 27 % des cohortes d’entrée ne parviennent pas à l’obtention du diplôme dans le délai normal de la formation. Ce chiffre agrège abandons, redoublements et réorientations.
Le taux d’abandon : une progression inquiétante
Le phénomène d’abandon en première année de formation paramédicale constitue l’un des signaux les plus préoccupants de l’édition 2024. Chez les infirmiers, le taux d’abandon de première année s’établit à 13,5 % — un premier plateau après une décennie de hausses continues. Chez les aides-soignants, il atteint 13,2 %, en progression depuis 11,9 % en 2023. Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance longue : les données DREES des éditions antérieures faisaient état de taux autour de 11 % en début de décennie pour les aides-soignants, et inférieurs à 10 % pour les infirmiers il y a dix ans.
Plusieurs facteurs structurels alimentent cette progression. D’abord, l’élargissement des critères d’admission via Parcoursup a multiplié les profils atypiques — des candidats moins préparés aux contraintes pratiques des stages cliniques dès la première année. Ensuite, les conditions d’encadrement en stage se sont dégradées dans de nombreux établissements, ce qui amplifie le choc de réalité pour les nouveaux entrants. Enfin, l’attractivité de formations alternatives — BTS santé, BUT carrières sociales, apprentissage — offre des voies de sortie plus lisibles pour les étudiants qui doutent.
| Filière | Taux 2023 | Taux 2024 | Variation |
|---|---|---|---|
| Infirmiers (IFSI) | — | 13,5 % | Premier plateau |
| Aides-soignants (IFAS) | 11,9 % | 13,2 % | +1,3 pt |
Ce phénomène d’abandon n’est pas propre au secteur paramédical. Les données sur la réussite et le décrochage en licence L1 France 2025 montrent des dynamiques analogues dans l’enseignement supérieur général, avec des taux de non-progression en première année comparables. La différence tient cependant à ce que l’abandon paramédical a des conséquences sectorielles directes sur l’offre de soins, contrairement à une réorientation en licence générale.
L’augmentation du recours aux dispositifs de reconnaissance des acquis est un indicateur complémentaire utile : 21 340 étudiants ont bénéficié d’allégements de parcours en 2024 (11,8 % des inscrits), ce qui suggère que le système cherche à retenir dans les formations des profils qui auraient autrement abandonné.
La DREES publie chaque année les statistiques complètes sur les effectifs, les taux d’abandon et les résultats aux diplômes des formations paramédicales en France. Les séries longues depuis 2015 sont disponibles en open data.
Taux de réussite aux examens : le paradoxe des 92 %
Face à la montée des abandons, le taux de réussite global aux examens — 92 % en 2024, contre 93 % en 2023 — peut paraître contre-intuitif. Ce paradoxe s’explique par un mécanisme de sélection amont : les étudiants qui abandonnent ne se présentent pas aux épreuves finales, si bien que la population examinée est d’emblée plus homogène et plus motivée. En d’autres termes, le taux de réussite de 92 % ne mesure pas la probabilité qu’un entrant décroche son diplôme, mais la probabilité de succès pour ceux qui restent jusqu’à l’examen.
Chez les infirmiers, le taux de réussite reste stable au-dessus de 95 % pour les candidats présentés — un chiffre cohérent avec une formation très encadrée et des stages cliniques qui remplissent de facto une fonction de pré-sélection progressive. La légère baisse du taux global (de 93 % à 92 %) est en partie imputable à la montée en effectifs de filières nouvelles — podologie, imagerie médicale — où les premières cohortes élargies présentent des profils plus hétérogènes.
Un taux de réussite aux examens élevé (92-95 %) combiné à un taux d’abandon croissant (13-14 %) signifie que le filtre se déplace : du jury d’examen vers la première année de formation. La vraie mesure de l’efficacité du système est le ratio diplômés/entrants en première année — qui s’établissait à 76 % en 2022 selon les données antérieures, contre 81 % en 2021. Les données 2024 sur ce ratio ne sont pas encore disponibles dans le jeu de données DREES de référence.
Ce décalage entre réussite formelle et rétention réelle a des implications directes sur les projections de diplômés disponibles pour les recrutements. Voir également Étudiants en situation de handicap dans l’enseignement supérieur France 2025 pour comprendre comment les politiques d’aménagement peuvent atténuer certains facteurs d’abandon dans les formations de santé.
IFSI 2026 : 5 500 nouvelles places pour répondre à la pénurie
Le 29 janvier 2026, la ministre de la Santé a annoncé la création de 5 500 nouvelles places en Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) pour la rentrée de septembre 2026, portant la capacité nationale à environ 40 000 places. L’État a alloué 215 millions d’euros pour financer cette expansion, répartis entre les régions selon leurs besoins territoriaux. Ces ouvertures s’inscrivent dans le cadre d’un protocole État-régions signé en 2022, dont l’application avait été fragilisée par les incertitudes budgétaires de 2025.
La réforme de 2026 va au-delà du simple ajout de places. Le diplôme d’État infirmier sera désormais délivré par les universités, dans le cadre d’une formation de trois ans réorganisée autour de 66 semaines de stage clinique — un renforcement de la composante pratique qui vise précisément à réduire le choc de réalité à l’origine d’une partie des abandons. Cette universitarisation ouvre également des passerelles vers les masters de sciences infirmières.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Nouvelles places créées (rentrée 2026) | 5 500 |
| Capacité nationale IFSI estimée post-réforme | ~40 000 places |
| Financement alloué par l’État | 215 millions € |
| Durée de formation (inchangée) | 3 ans |
| Semaines de stage clinique (nouveau référentiel) | 66 semaines |
| Délivrance du diplôme | Université (universitarisation) |
Plusieurs acteurs du secteur, dont des syndicats infirmiers et des responsables d’IFSI régionaux, ont salué l’annonce tout en exprimant des réserves sur la capacité d’absorption des établissements : créer 5 500 places supplémentaires exige des locaux, des formateurs et, surtout, des terrains de stage supplémentaires dans un système hospitalier déjà sous pression. Si les conditions d’encadrement en stage se détériorent, le risque est d’amplifier le taux d’abandon plutôt que de le réduire. La réforme sera donc évaluée non seulement sur le volume d’entrées, mais sur le taux de rétention des cohortes élargies.
Enjeux de recrutement et perspectives sectorielles
La tension entre croissance des effectifs inscrits et progression des abandons se traduit directement dans les projections de diplômés disponibles pour les employeurs. Avec 67 800 diplômes délivrés en 2024 — dont une large majorité d’infirmiers (+4 % de diplômés infirmiers, reflet différé de la croissance 2020-2021) —, le secteur hospitalier et médico-social dispose d’un flux de nouveaux professionnels en légère amélioration. Mais ce flux reste insuffisant au regard des besoins exprimés par les établissements, notamment dans les déserts médicaux et dans les spécialités à forte usure professionnelle.
Trois axes conditionnent l’efficacité de la politique de recrutement pour les années à venir :
- Réduire l’abandon de première année : l’universitarisation et le renforcement de l’accompagnement des cohortes élargies sont les leviers les plus directs. Un gain de 3 points de rétention sur les 93 300 entrants 2024 représenterait environ 2 800 diplômés supplémentaires à horizon 2027.
- Développer l’apprentissage paramédical : les données sur l’apprentissage dans l’enseignement supérieur France 2025 montrent une progression de 657 900 apprentis dans le supérieur. Étendre ce modèle aux formations infirmières permettrait de réduire le choc de réalité grâce à une alternance dès la première année.
- Améliorer les conditions de stage : la qualité des terrains de stage est le facteur le plus cité dans les enquêtes qualitatives sur l’abandon. Les 5 500 nouvelles places IFSI 2026 ne produiront leur plein effet que si le réseau de stages est suffisamment dense pour absorber les cohortes élargies.
Pour le contexte démographique général de l’enseignement supérieur dans lequel s’inscrivent ces dynamiques, voir Chiffres clés de la rentrée universitaire France 2026-2027 et Parcoursup 2025 en chiffres : taux d’admission par filière.
FAQ — Formations paramédicales France 2024
Combien d’étudiants sont inscrits en formations paramédicales en France en 2024 ?
Selon la DREES, 181 130 étudiants sont inscrits en 2024 dans une formation aux professions de santé paramédicales, répartis sur 1 425 programmes. Cela représente une hausse de 2 % par rapport à 2023. Les femmes constituent 83 % des effectifs.
Quelle est la filière paramédicale avec le plus d’inscrits en France ?
Les infirmiers (IFSI) constituent la filière la plus importante avec 103 100 inscrits en 2024, soit 57 % du total. Les aides-soignants (IFAS) arrivent en deuxième position avec 31 900 étudiants. Ensemble, ces deux filières représentent 75 % des 181 130 inscrits.
Quel est le taux d’abandon en soins infirmiers en France en 2024 ?
Le taux d’abandon de première année en soins infirmiers s’établit à 13,5 % en 2024, marquant un premier plateau après une décennie de hausses continues. Chez les aides-soignants, le taux est de 13,2 %, en hausse par rapport à 11,9 % en 2023. Ces abandons interviennent principalement lors des premières semaines de stage clinique.
Quel est le taux de réussite aux diplômes paramédicaux en France ?
Le taux de réussite global aux examens paramédicaux est de 92 % en 2024 (contre 93 % en 2023). Ce chiffre élevé ne doit pas masquer que de nombreux étudiants abandonnent avant les examens : 67 800 diplômes ont été délivrés pour 93 300 entrants en première année, soit un ratio de rétention apparent inférieur à 73 % sur l’année en cours.
Combien de nouvelles places IFSI sont créées pour 2026 et pour quel coût ?
La ministre de la Santé a annoncé le 29 janvier 2026 la création de 5 500 nouvelles places en IFSI pour la rentrée de septembre 2026, portant la capacité nationale à environ 40 000 places. L’État finance cette mesure à hauteur de 215 millions d’euros, répartis entre les régions selon leurs besoins territoriaux.
Qu’est-ce que la réforme IFSI 2026 change concrètement pour les futurs infirmiers ?
À partir de septembre 2026, le diplôme d’État infirmier sera délivré par les universités et non plus par les seuls IFSI. La durée de formation reste de trois ans, mais le référentiel intègre désormais 66 semaines de stage clinique — davantage qu’avant. Cette universitarisation ouvre des passerelles vers des masters de sciences infirmières et aligne la France sur les standards européens.
Où trouver les données officielles DREES sur les formations paramédicales ?
Les données sont disponibles sur le site de la DREES dans la rubrique « Jeux de données » : le jeu de données Formations aux professions de santé (référence 251031) compile les séries annuelles depuis 2015. Les communiqués de presse associés donnent les chiffres commentés pour chaque millésime. Ces données sont accessibles gratuitement et en open data.
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