Comment Faire une Analyse de Contenu Thématique pour son Mémoire : Méthode Pas à Pas 2026
Vous avez réalisé vos entretiens, transcrit vos enregistrements et vous vous retrouvez avec 80 pages de verbatim. La question qui se pose maintenant : comment passer de cette masse de discours à des résultats structurés et défendables devant un jury ? La réponse est l’analyse de contenu thématique, la méthode qualitative la plus utilisée dans les mémoires de master en sciences humaines et sociales, éducation, gestion, psychologie et santé.
L’analyse de contenu thématique repose sur la méthode fondamentale de Laurence Bardin (L’Analyse de contenu, PUF, 1977, réédité régulièrement) et ses développements contemporains. Elle consiste à découper le corpus en unités de sens, à les coder, puis à les regrouper en thèmes et catégories qui permettent de répondre à votre question de recherche. Ce guide vous explique chaque étape concrètement.
Qu’est-ce que l’analyse de contenu thématique ?
Selon Bardin, l’analyse de contenu “fonctionne par opérations de découpage du texte en unités, puis classification de ces unités en catégories selon des regroupements analogiques”. L’objectif est de passer du manifeste au latent : ce que les personnes disent explicitement, mais aussi ce que leurs discours révèlent implicitement sur leurs représentations, pratiques ou vécus.
On distingue deux grandes approches de codage :
- Codage déductif (a priori) : vous partez d’un cadre théorique ou d’hypothèses préexistantes, et vous cherchez dans le corpus les unités qui correspondent à vos catégories prédéfinies. Avantage : cohérence avec votre cadre théorique. Inconvénient : vous risquez de “rater” les éléments qui ne rentrent pas dans vos cases.
- Codage inductif (a posteriori) : vous laissez les thèmes émerger du corpus. Vous codez sans grille préalable, puis vous regroupez les codes similaires en catégories. Avantage : ouverture aux éléments inattendus. Inconvénient : plus long et plus difficile à justifier théoriquement.
En pratique, la plupart des mémoires de master utilisent une approche hybride : quelques catégories déductives issues du cadre théorique, complétées par des catégories inductives émergent du terrain.
Étape 1 : Préparer et transcrire le corpus
Avant d’analyser, vous avez besoin d’un corpus écrit. Pour des entretiens enregistrés, cela signifie transcrire fidèlement les enregistrements audio. Voici les règles de transcription pour l’analyse de contenu :
- Transcrivez mot pour mot, y compris les hésitations (“euh”), les répétitions et les silences significatifs (notés [silence]).
- Identifiez les locuteurs clairement (I pour l’interviewer, P1, P2… pour les participants).
- Numérotez les lignes pour faciliter les renvois dans votre mémoire (ex. : P1, l. 34-36).
- Ne corrigez pas le style ou la grammaire des participants — leurs imperfections sont des données.
Des outils de transcription automatique peuvent accélérer le travail : Whisper (OpenAI, gratuit en local), Otter.ai ou Descript. Mais relisez toujours la transcription en écoutant l’audio pour corriger les erreurs.
Constituez votre corpus en un document consolidé avec toutes les transcriptions, ou en fichiers séparés par entretien selon votre préférence de travail.
Étape 2 : Lecture flottante et imprégnation
Avant de coder quoi que ce soit, lisez l’ensemble du corpus au moins une fois de manière “flottante” : sans grille de lecture, sans surligneur, en vous laissant imprégner des discours. L’objectif est de :
- Identifier les grandes récurrences thématiques qui traversent plusieurs entretiens.
- Repérer les discours atypiques ou contradictoires qui enrichiront votre analyse.
- Vérifier que votre question de recherche est bien addressée par votre corpus (sinon, c’est le moment de l’ajuster).
À l’issue de cette lecture, notez dans un mémo (document séparé) vos premières impressions, les thèmes pressentis et les questions qui émergent. Ce mémo fait partie de votre “journal de recherche”, utile pour justifier vos choix analytiques devant le jury.
Étape 3 : Coder les unités de sens
Le codage consiste à attribuer un code (un mot, une étiquette, une courte phrase) à chaque unité de sens du corpus. Une unité de sens peut être une phrase, un groupe de phrases ou un paragraphe — le critère est qu’elle exprime une idée complète.
Comment procéder concrètement :
- Copiez une transcription dans un tableau à deux colonnes : colonne gauche = verbatim, colonne droite = codes.
- Lisez chaque unité et attribuez-lui un ou plusieurs codes. En codage inductif, inventez un code qui décrit ce que dit l’unité. En codage déductif, cherchez le code de votre grille qui correspond le mieux.
- Soyez cohérent : utilisez le même code pour les unités qui expriment la même idée, même si les mots utilisés par les participants sont différents.
- Tenez un dictionnaire des codes : pour chaque code, notez sa définition et un exemple de verbatim. Cela garantit la cohérence de votre codage sur l’ensemble du corpus.
Exemple de codage :
| Verbatim (P2, l. 45-47) | Code attribué |
|---|---|
| “J’avais l’impression qu’on me demandait de tout gérer tout seul, sans filet. Mon directeur était injoignable pendant des semaines.” | isolement_manque_encadrement |
| “Au bout d’un moment j’ai arrêté d’envoyer des emails. De toute façon, pas de réponse.” | abandon_tentatives_contact |
Étape 4 : Construire les catégories et thèmes
Une fois tout le corpus codé, vous avez généralement 30 à 80 codes différents (parfois plus pour un corpus riche). L’étape suivante est le regroupement de ces codes en catégories, puis en thèmes de niveau supérieur.
Un bon regroupement suit trois règles, formulées par Bardin :
- Homogénéité : les unités regroupées dans une même catégorie doivent partager le même critère de classification.
- Exhaustivité : toutes les unités de sens doivent trouver leur place dans une catégorie (les unités non classables vont dans une catégorie “autre” temporaire).
- Exclusivité (relative) : idéalement, une unité n’appartient qu’à une seule catégorie. En pratique, le codage multiple est acceptable s’il est justifié.
Pour regrouper visuellement, utilisez un tableau de fréquences (combien de fois chaque code apparaît) ou une carte mentale pour visualiser les liens entre codes. Les codes proches se regroupent en sous-catégories, les sous-catégories en catégories, les catégories en thèmes principaux.
Les thèmes qui en résultent structureront vos résultats : chaque thème devient généralement une section de votre chapitre de résultats.
Étape 5 : Interpréter et rédiger les résultats
La phase d’interprétation consiste à donner du sens aux catégories identifiées en les mettant en relation avec :
- Votre cadre théorique (les thèmes confirment-ils, nuancent-ils ou contredisent-ils la littérature ?)
- Votre question de recherche (chaque thème doit contribuer à une réponse)
- Les liens entre thèmes (quelles relations de causalité, de contradiction ou de complémentarité ?)
Pour chaque thème, votre rédaction suit cette structure :
- Nomination et définition : nommez le thème en une expression courte et définissez-le.
- Présentation des données : citez 2 à 3 extraits de verbatim représentatifs, avec la référence (P1, l. 23-25).
- Analyse : commentez ce que les verbatims révèlent, les convergences et divergences entre participants.
- Mise en perspective théorique : reliez le thème aux auteurs de votre cadre théorique.
Les verbatims sont mis entre guillemets et en italique dans le texte. Assurez-vous que chaque participant cité est anonymisé, conformément à votre protocole RGPD.
Outils : Excel, Word ou logiciel CAQDAS ?
Pour un mémoire de master avec 6 à 15 entretiens, les outils bureautiques standards suffisent largement :
- Word : commentaires et surlignage de couleur par code. Simple, mais difficile à trier et à quantifier.
- Excel / Google Sheets : tableau à colonnes (verbatim | code | catégorie | participant). Permet le filtre et la fréquence facilement. La solution la plus utilisée dans les masters.
- ATLAS.ti ou NVivo : logiciels CAQDAS professionnels. Justifiés pour des corpus volumineux (20+ entretiens), des thèses de doctorat ou des revues systématiques. La courbe d’apprentissage est significative pour un usage unique.
- MAXQDA : version gratuite limitée disponible (MAXQDA Reader). Plus accessible qu’ATLAS.ti pour une première utilisation.
Quel que soit l’outil, la méthode reste la même. Le logiciel n’analyse pas à votre place — il organise et facilite le travail.
La saturation théorique : comment savoir qu’on a assez de données ?
La saturation théorique est atteinte lorsque les nouveaux entretiens n’apportent plus de codes ou de thèmes nouveaux : vous commencez à voir les mêmes idées revenir systématiquement. C’est le signal que votre corpus est suffisamment riche pour répondre à votre question.
Pour un mémoire de master, la saturation est généralement atteinte entre 6 et 12 entretiens selon la diversité du terrain et la complexité de la question. Si vous avez 10 entretiens et que le dernier n’a produit aucun code nouveau, vous pouvez défendre votre corpus devant le jury.
Mentionnez explicitement dans votre méthodologie à quel moment et après quel entretien vous avez considéré la saturation atteinte — c’est un critère de rigueur scientifique.
Rédigez votre mémoire plus efficacement
Une fois votre analyse terminée, Tesify vous aide à rédiger la section résultats et discussion de votre mémoire : structurez vos thèmes, reliez-les à votre cadre théorique et formulez vos conclusions avec l’aide de l’IA. Essayer Tesify gratuitement.
Foire Aux Questions
Combien d’entretiens faut-il pour une analyse de contenu thématique dans un mémoire ?
Il n’y a pas de nombre fixe. Le critère est la saturation théorique : vous arrêtez les entretiens quand les nouveaux ne produisent plus de thèmes nouveaux. En pratique pour un master, 8 à 15 entretiens sont courants. Ce qui compte, c’est la diversité des profils interviewés (variation maximale de l’échantillon) plutôt que la quantité.
Quelle est la différence entre analyse thématique et analyse de contenu ?
L’analyse de contenu (Bardin) est une méthode plus large qui inclut des approches quantitatives (fréquence des mots, lexicométrie) et qualitatives. L’analyse thématique est une forme qualitative d’analyse de contenu centrée sur l’identification et l’interprétation des thèmes. Dans les mémoires, “analyse de contenu thématique” et “analyse thématique” sont souvent utilisés comme synonymes pour désigner la méthode qualitative de codage et de catégorisation.
Faut-il citer tous ses verbatims dans le mémoire ou seulement les plus représentatifs ?
Citez les verbatims les plus représentatifs et, si possible, quelques verbatims “outliers” qui nuancent ou contredisent le thème dominant. Le jury n’attend pas une liste exhaustive de citations, mais une sélection argumentée qui illustre chaque thème. En règle générale, 2 à 4 verbatims par thème sont suffisants pour étayer votre analyse.
Comment justifier la fiabilité de mon codage devant le jury ?
Plusieurs stratégies : (1) la triangulation (faire coder un sous-échantillon par un second codeur et calculer le taux d’accord) ; (2) le journal de recherche (documentez vos décisions de codage) ; (3) la mise en cohérence avec le cadre théorique (montrez que vos catégories sont ancrées dans la littérature) ; (4) la présentation du dictionnaire des codes en annexe. Dans un mémoire de master, la triangulation avec un second codeur n’est pas toujours requise, mais la justifier dans les limites de l’étude est apprécié.
Peut-on utiliser ChatGPT ou un autre outil d’IA pour coder ses entretiens ?
Techniquement oui, mais avec précautions. L’IA peut suggérer des codes ou aider à regrouper des catégories, mais le chercheur reste responsable de l’interprétation. Si vous utilisez un outil d’IA, déclarez-le explicitement dans votre section méthodologie et précisez comment vous avez validé ou modifié les suggestions. Certains établissements ont des politiques spécifiques sur l’usage de l’IA dans l’analyse des données : consultez votre directeur.




Leave a Reply