Le mémoire peut-il être rédigé en anglais dans une université française ? (2026)
La question se pose pour de nombreux étudiants : étrangers souhaitant rédiger dans leur langue de recherche, étudiants en programmes internationaux, ou francophones dont le corpus de sources est majoritairement anglophone. La réponse courte est : oui, sous conditions. En France, la langue de l’enseignement supérieur est le français par défaut, mais des dérogations existent, et certains programmes l’autorisent d’emblée.
Voici le cadre légal, les pratiques par établissement et la procédure pour obtenir une autorisation si elle est nécessaire.
Le cadre légal : la loi Toubon et ses exceptions
La loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française (dite loi Toubon) pose le principe général que la langue de l’enseignement supérieur en France est le français. Cependant, l’article 11 de cette loi prévoit une exception importante : la langue étrangère peut être utilisée dans les formations « dont l’objet est l’enseignement d’une langue vivante étrangère » ou lorsque les enseignements sont dispensés dans le cadre d’un accord international.
La loi Fioraso de 2013 (loi n° 2013-660) a élargi ces exceptions, permettant aux établissements d’enseignement supérieur de dispenser des enseignements en langue étrangère dans certaines conditions définies par les statuts de l’établissement. Cette loi a ouvert la voie à la création de masters entièrement dispensés en anglais au sein des universités françaises.
En pratique, cela signifie que la langue du mémoire dépend du règlement interne de chaque formation et non d’une règle nationale uniforme.
Les programmes qui autorisent l’anglais d’emblée
Plusieurs catégories de formations permettent — ou même exigent — la rédaction du mémoire en anglais :
Les masters internationaux et double-diplômes
Les masters dispensés conjointement avec une université étrangère fonctionnent presque toujours en anglais comme langue de travail, et le mémoire y est rédigé en anglais. C’est le cas par exemple des double-diplômes proposés par Sciences Po, l’ESSEC, l’ESCP, HEC ou les universités de la PRES Paris-Saclay avec des partenaires anglophones.
Les programmes « taught in English »
Depuis la loi Fioraso, les universités françaises peuvent créer des programmes entièrement en anglais. Sciences Po Paris, par exemple, propose plusieurs masters dont l’enseignement et le mémoire final sont intégralement en anglais (Political Theory, Economics and Public Policy, European Affairs). La Sorbonne Nouvelle permet la rédaction en anglais ou en français pour son master English Studies.
Les masters des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs
Dans la quasi-totalité des grandes écoles (Polytechnique, Centrale, Mines, HEC, Sciences Po, ESCP), les masters entièrement en anglais sont la norme pour les étudiants étrangers et de plus en plus pour les étudiants français dans les programmes internationaux.
Comment obtenir une dérogation dans un programme francophone
Si votre master est dispensé en français mais que vous souhaitez rédiger votre mémoire en anglais (ou dans une autre langue), la procédure est la suivante :
Étape 1 — Vérifier le règlement d’études
Commencez par lire le règlement d’études de votre formation. Dans certains cas, la dérogation y est explicitement prévue (« sur demande motivée au directeur de formation ») ; dans d’autres, elle est absente, ce qui n’implique pas qu’elle soit impossible — cela signifie que vous devrez aller plus loin dans la procédure.
Étape 2 — Obtenir l’accord du directeur de mémoire
Votre directeur de mémoire doit d’abord accepter de vous encadrer dans cette langue — cela suppose qu’il est capable d’évaluer votre travail en anglais. Son accord écrit est généralement requis.
Étape 3 — Faire une demande formelle au directeur de formation
Rédigez une lettre de demande de dérogation adressée au responsable pédagogique de votre master, avec en pièce jointe l’accord du directeur de mémoire. Motivez votre demande : corpus de sources majoritairement anglophone, profil international, préparation à une carrière de recherche internationale, etc.
Étape 4 — Validation par la présidence si nécessaire
Dans certains établissements (notamment les universités publiques dotées d’un règlement strict), la dérogation doit être validée par la vice-présidence en charge des formations ou par le conseil d’administration de l’UFR. Ce niveau supplémentaire allonge le délai (comptez 3 à 6 semaines), il est donc préférable d’entamer la démarche dès le début du semestre.
Pratiques par établissement
| Établissement | Règle générale | Dérogation possible ? | Résumé en français requis ? |
|---|---|---|---|
| Sciences Po Paris | Anglais autorisé dans la majorité des masters | N/A (intégré) | Parfois (500-1000 mots) |
| Sorbonne Université | Français par défaut | Oui, selon UFR et directeur | Oui, généralement obligatoire |
| ENS Paris / Lyon | Français ou anglais selon département | Oui, selon thématique | Souvent exigé |
| Paris-Saclay | Français, sauf programmes labellisés EN | Oui, sur dossier | Oui, selon composante |
| Universités de Lyon | Français par défaut | Variable selon formation | Généralement oui |
Avantages et inconvénients de rédiger en anglais
Avantages
- Accès à un corpus bibliographique plus large — la majorité de la littérature scientifique internationale est en anglais, notamment en sciences, économie, gestion et sciences politiques.
- Valorisation sur le marché du travail international — un mémoire rédigé en anglais peut être partagé directement avec des recruteurs ou des laboratoires étrangers.
- Préparation à la recherche et au doctorat — si vous visez un doctorat en programme international ou une post-graduation à l’étranger, un mémoire en anglais constitue un premier jalon.
- Cohérence avec les sources — évite les allers-retours de traduction mentale lors de la rédaction.
Inconvénients
- Risque de niveau insuffisant — un mémoire académique en anglais requiert un niveau C1-C2. Un niveau inférieur peut nuire à l’évaluation.
- Jury moins à l’aise — tous les membres du jury ne lisent pas forcément l’anglais avec la même facilité, ce qui peut biaiser l’évaluation.
- Difficulté de diffusion en France — un mémoire en anglais sera moins facilement intégré dans les bases de données françaises (DUMAS, BU locale).
- Procédure de dérogation — dans les programmes francophones, la demande prend du temps et n’est pas garantie.
Le résumé en français : une obligation fréquente
Même lorsque la rédaction en anglais est autorisée, de nombreux établissements exigent un résumé substantiel en français, parfois appelé « résumé long » ou « abstract étendu ». Ce résumé est distinct de l’abstract court de 200-300 mots — il peut aller de 500 à 2 000 mots et doit couvrir la problématique, la méthodologie, les résultats principaux et la conclusion.
Vérifiez auprès de votre scolarité si ce résumé est requis, quel format est attendu et si son évaluation entre dans la notation du mémoire.
FAQ
La soutenance doit-elle aussi se dérouler en anglais si le mémoire est en anglais ?
Pas nécessairement. Dans beaucoup d’établissements, même si le mémoire est rédigé en anglais, la soutenance peut se dérouler en français. Dans d’autres (notamment les programmes internationaux), la soutenance se déroule dans la même langue que le mémoire. Vérifiez le règlement de votre formation au moment de la demande de dérogation.
Un étudiant étranger est-il automatiquement autorisé à rédiger en anglais ?
Non, pas automatiquement. Le statut d’étudiant étranger ne confère pas en lui-même le droit de rédiger dans une autre langue que celle prévue par la formation. Les mêmes conditions s’appliquent : accord du directeur, dérogation de l’UFR ou du responsable de master, et parfois validation par la présidence. Cependant, les jurys sont souvent plus indulgents sur la procédure pour les étudiants dont le français n’est pas la langue maternelle.
Peut-on rédiger un mémoire dans une autre langue que l’anglais ou le français ?
Oui, dans des cas très spécifiques — principalement les masters de langues, de littérature ou de civilisation (espagnol, allemand, arabe, chinois, etc.). La langue de rédaction est alors la langue d’étude. Pour les autres disciplines, une dérogation vers une langue autre que l’anglais est exceptionnelle et dépend entièrement du bon vouloir du directeur et de la direction de formation.
Un mémoire en anglais reçoit-il une notation différente d’un mémoire en français ?
Officiellement non — la langue ne devrait pas influencer la notation, et les critères d’évaluation (rigueur scientifique, cohérence argumentative, qualité bibliographique, originalité) sont les mêmes. En pratique, la maîtrise du registre académique dans la langue choisie entre dans l’évaluation, et un jury de langue française peut avoir des difficultés à apprécier des nuances stylistiques en anglais.
La dérogation pour rédiger en anglais peut-elle être refusée ?
Oui. Le refus est possible et il n’existe pas de recours réglementaire direct en cas de refus, sauf si vous pouvez démontrer une discrimination ou un traitement inégal par rapport à d’autres étudiants du même programme. En pratique, la plupart des refus sont motivés par l’absence de compétences linguistiques suffisantes au sein du jury ou par des contraintes réglementaires de l’UFR.
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